Rencontre avec Yannis EL AMRAOUI, fondateur de Lycées en transition

 Rencontre avec Yannis EL AMRAOUI, fondateur de Lycées en transition

Nous avons rencontré Yannis EL AMRAOUI, fondateur et coordinateur de Lycées en transition, réseau social de l’éco-action lycéenne. Cette plateforme permet de recenser des idées d’action, de mutualiser des ressources et d’organiser des événements inter lycée.

 

Bonjour Yannis, peux-tu te présenter en quelques mots, nous parler de ton parcours ?

Bonjour. Je suis un étudiant toulousain engagé pour la transition écologique. Après un an en école d’architecture, je retrouve l’année prochaine des études scientifiques. Je vais en école d’ingénieur à l’UTC, à Compiègne. A l’âge de 15 ans, j’étais déjà très actif dans le milieu associatif toulousain : Alternatiba, 2pieds2roues, Warn et Alternatives Territoriales. Puis en Première, j’ai créé un groupe écologique dans mon lycée, le lycée Berthelot de Toulouse. Un an après, j’ai cofondé le premier réseau d’éco lycéen.ne.s : Lycées en Transition.

Je suis aussi ambassadeur de Little Citizens For Climate, une association qui fédère des jeunes engagé.e.s de différents pays. Enfin, je suis également auteur de la Certif’climat, une auto-formation certifiante sur les enjeux énergie-climat.

 

Pourquoi avoir décidé de créer les Lycées en transition ? Qu’est-ce-qui t’a motivé à te lancer dans un projet d’une telle ampleur ?

Au lycée Berthelot, nous avons réussi à organiser des évènements et à mettre en place des actions intéressantes : cendrier sondage, pique-nique zéro déchet, ateliers de sensibilisation, ruches, tri à la cantine… Nous avons communiqué à propos de ces actions, notamment sur les réseaux, ce qui a amené d’autres lycéen.ne.s à nous contacter pour avoir des conseils ou pour nous poser des questions. C’est à ce moment là que je me suis dit qu’il fallait un outil pour que les lycéen.ne.s puissent s’entraider.

En créant Lycées en Transition, j’ai ainsi créé un outil et une communauté pour faciliter les initiatives lycéennes. Pour moi, le lycée doit être vu comme un lieu d’éducation, mais aussi d’expérimentation. 

 

Comment s’est passée la création de Lycées en transition ? Par quelles étapes es-tu passé ? Quels challenges / difficultés as-tu du relever ?

Comme tout projet, l’idée ne suffit pas. La première difficulté était que je ne savais pas créer de site. En communiquant sur l’idée du projet, j’ai rencontré un informaticien retraité, Jacques Soulé, ancien élève de mon lycée qui nous a proposé son aide. Jacques a créé le site, puis nous a formés. Le site a ensuite été amélioré pour être plus collaboratif et le design des pages a beaucoup évolué.

En octobre dernier, nous avons été lauréat du prix Éducation Climat 2020. Cela nous a permis de gagner en visibilité. Plusieurs médias se sont intéressés au projet et le réseau a encore pris de l’importance.

 

En parlant de challenges, le sujet de l’écologie et du développement durable est de plus en plus compétitif au sein de notre société, comment as-tu réussi à t’imposer dans ce domaine ?

Personnellement, je trouve dommage de voir l’écologie comme un secteur économique compétitif. Pour moi, c’est la recherche d’un meilleur équilibre entre Hommes et son environnement pour garder un avenir à peu près stable. Au lieu de chercher à « s’imposer » individuellement, je pense que nous devons collectivement co-construire la transition écologique et heureuse.

 

En tant qu’étudiant, comment arrives-tu à allier tes projets au sein des Lycées en transition au temps que tu consacres à tes études ?

Au fur à mesure, j’ai trouvé un équilibre entre mon engagement et mes études. Nous sommes aujourd’hui une dizaine de personnes à faire vivre le réseau Lycées en Transition. Cette répartition des tâches permet de lancer de gros projets tels que la traduction anglaise du site, le webinaire avec Jean Jouzel et des grandes actions communes à plusieurs lycées. Une bonne méthodologie de travail, une bonne communication et une bonne entente rendent l’action plus efficace.

 

Peux-tu nous en dire plus sur ton auto-formation certifiante : la Certif Climat ? Cette formation a d’ailleurs reçu 2 prix aux ANEDD de TBS.

La Certif’ climat qui a reçu 2 prix aux ANEDD 2021 est une auto-formation certifiante sur les enjeux énergie-climat. Dans un premier temps, elle sera dédiée aux lycéen.ne.s. On parle de plus en plus du changement climatique sans prendre le temps de bien comprendre le problème. Plus que de sensibiliser, la Certif’ climat permettra de former les décideuses et décideurs de demain à ces enjeux contemporains.

Pour cela, le livret d’auto-formation est divisé en 3 parties : énergie, climat et solutions. Des training quizz permettent de préparer à l’exam’ climat. Quel est le mix énergétique mondial ? D’où̀ viennent nos émissions de co2 ? Quelles sont les boucles de rétroaction ? Qu’est-ce que l’équation de Kaya ? Tant de questions auxquelles les lycéen.ne.s sauront répondre grâce à la Certif’ climat.

 

Qu’est-ce-qui t’a motivé à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

Rencontrer des porteuses et porteurs de projets a été pour moi très inspirant. A l’âge de 15 ans, j’ai organisé un jeu de piste des alternatives écologiques à Toulouse. La préparation de l’évènement m’a permis de faire un certain nombre de rencontres, ce qui m’a inspiré pour entreprendre et aller au bout des projets qui me tiennent à cœur.

 

Comment vois-tu l’avenir de Lycées en transition ? Tu dis avoir pour objectif de collaborer avec 50 lycées, quelle sera la prochaine étape ?

Lycées en Transition monte en puissance car cet outil répond à un réel besoin des lycéen.ne.s ayant envie de faire changer les choses. Nous continuons à améliorer l’outil et nous préparons de nouvelles ressources : liste des dispositifs pour le financement, liste des concours et des obligations légales des lycées en termes de développement durable…

A la rentrée, nous allons démarrer des actions communes sur plusieurs établissements. La première sera une collecte d’habits pour sensibiliser à la fast fashion et répondre dans le même temps à un besoin social. La rentrée sera aussi marquée par un webinaire avec François Taddei dans le cadre de l’anniversaire de l’Agenda 2030 organisé par le Ministère de la Transition Écologique. François Taddei est le directeur du Centre de Recherches Interdisciplinaires et l’auteur du livre « Apprendre au XXIe siècle ». Nous parlerons alors d’innovation de l’éducation dans l’ère de l’anthropocène.

Enfin, après avoir traduit le site en anglais, nous cherchons encore plus à internationaliser le réseau. Nous travaillons notamment avec l’AEFE, les lycées français à l’étranger, et le lycée de Quito a rejoint le réseau récemment. Le changement climatique n’a pas de frontière, notre réseau non plus !

 

As-tu des conseils à donner aux étudiants / jeunes actifs qui souhaiteraient, eux aussi, se lancer dans l’entrepreneuriat ?

Entreprendre des projets permet de gagner en compétence. Animer des réunions, communiquer sur les réseaux sociaux, organiser des évènements et faire de la gestion de projets, ce sont des compétences que l’on voit rarement en cours et qui sont très utiles.  Lorsque le projet est porteur de sens, on prend plaisir à s’y investir