Voyager et faire carrière : impossible ? – Rencontre avec Olivier

 Voyager et faire carrière : impossible ? – Rencontre avec Olivier

Nous avons tous un rêve, un projet qui tourne en boucle dans notre tête et c’est peut-être un voyage 🛫. Partir 6 mois, 1 an, 2 ans, c’est difficile à envisager quand on a une famille et un emploi stable avec des responsabilités et que celui-ci nous plaît. Pourtant, c’est possible !
Cette fois-ci j’ai rencontré Olivier Dubray, consultant et globetrotteur 🌍. Nous sommes revenus sur son parcours académique et vous découvrirez pourquoi franchir le pas ne peut être que bénéfique !

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Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai d’abord fait une prépa HEC, puis j’ai intégré HEC en Programme Grande Ecole. J’ai opté pour l’option entrepreneur en dernière année. C’était très concret et j’aimais beaucoup le fait de rencontrer de vrais professionnels praticiens, issus d’entreprises variées, pour travailler sur des missions réelles, de redressement et de création d’entreprise.

J’ai ensuite postulé dans le marketing qui était la voie royale à l’époque, j’étais Chef de produit junior chez L’Oréal. Puis, j’ai travaillé pour Reckitt Benckiser, une multinationale en plein développement, c’était une expérience très gratifiante et vraiment formatrice car la société en était à ses débuts de la globalisation et j’ai pu vraiment naviguer d’une dimension à l’autre de la matrice, tantôt de leadership global, fonctionnel, technique, stratégique, à fort challenge d’influence et intellectuel, tantôt opérationnelle, géographique et d’encadrement de terrain, avec responsabilités humaine et financière au quotidien. C’est aujourd’hui un des leaders mondiaux de l’hygiène et des soins. Par la suite, j’ai pris une année sabbatique.

Puis je me suis lancé dans le conseil, j’ai créé 3 boîtes dont 2 qui existent encore : PINK, un incubateur virtuel sur l’innovation de rupture, à Paris et San Francisco, et ANTARCTICA, pour laquelle je fais du conseil en innovation, en stratégie et en positionnement de marque…

Je suis aussi External Advisor chez Bain & Company , c’est-à-dire que je suis indépendant et ils me consultent quand ils ont besoin d’une expertise particulière, dans mon cas, c’est sur la réconciliation de la stratégie business et marques avec le vaste champ de la « Sustainability », pour une résilience et une performance durables des entreprises.

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Comment s’est passée cette année sabbatique que vous avez prise ?

En ce qui me concerne, je l’ai faite à 40 ans, après avoir atteint les défis professionnels que je m’étais assignés.

J’ai voyagé pendant 14 mois autour du monde avec mon épouse. Selon moi c’est une excellente chose de faire une ‘Gap Year’, comme étudiant ou entre deux vies professionnelles. Cela permet de mieux se connaître, de faire des rencontres, de voir des cultures, des personnes ou même des entreprises et différentes façons de travailler. On a une vision plus claire et globale sur ce qu’on a envie de faire ensuite. Ça peut paraître étrange de dire ça mais on n’est plus la même personne, voyager vous fait évoluer, en profondeur, à votre insu et on ne revient jamais exactement d’où l’on est parti… pour certains c’est-là, la vraie raison du voyage !

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Cela a-t-il changé vos projets professionnels ?

Le voyage sur une longue durée vous change vraiment. Dans mon cas, il a créé une sorte de distance, de recul, par rapport aux entreprises pour lesquelles j’avais travaillé ou aurais pu vouloir travailler et il m’est arrivé, ensuite, par exemple, que je ne me reconnaisse pas dans le relatif manque d’éthique ou de prise en compte suffisante des impératifs sociaux et environnementaux.

J’ai décidé d’en faire une force personnelle et d’interpeller les marques et les entreprises sur ces sujets en réconciliant ce que l’on a parfois opposé trop longtemps : le business et l’éthique, la performance et la durabilité

En revenant de cette année sabbatique, j’ai choisi de conseiller les entreprises, plutôt que d’en intégrer une en particulier et c’est ce que je fais encore aujourd’hui. Cette distanciation permise par le voyage confère une autre relation au temps, à l’espace et aux autres et m’aide, au quotidien, à sensibiliser mes clients pour tendre vers des modèles plus soutenables.

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Aviez-vous déjà voyagé dans le cadre de votre travail ?

Oui, outre les fréquents déplacements permanents, j’ai travaillé pour quelques années, au sein de sièges d’entreprises, à Londres, puis Hambourg. J’ai également voyagé dans une dizaine de pays différents dans le cadre de mes missions de conseil.

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Que faites-vous maintenant ?

Depuis 2001, je fais du conseil en stratégie en innovation et en développement de marque. Il y a une réelle dimension de sustainability à accélérer, si l’on veut vraiment réduire nos impacts climatiques. Il y a vraiment un rapport humain dans le conseil et c’est ce qui me plaît. J’ai cultivé ce que j’ai retenu de mes voyages et choisi de pousser les sujets qui m’intéressaient pour pouvoir y sensibiliser les clients, cela me permet d’apporter une vraie dimension humaine dans mon travail.

Le conseil est véritablement au carrefour des nouveaux enjeux. On invite les entreprises à concevoir des produits plus vertueux et des systèmes plus inclusifs et collaboratifs tout en leur permettant toujours de gagner de l’argent et de créer de la valeur et du sens, pour toutes leurs parties-prenantes. Les grandes entreprises touchent des milliards de personnes au quotidien et sont le meilleur vecteur avec le plus fort impact. Elles ont fait partie du problème, elles doivent donc faire partie de la solution. On sensibilise les marques pour qu’elles portent ce nouveau combat, au quotidien et assument leurs responsabilités étendues et systémiques, dans ce nouveau rapport nécessaire à la consommation responsable, à l’économie circulaire, au respect de l’environnement, au développement des communautés que les entreprises font vivre, mais dont elles dépendent également.

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Est-ce difficile de revenir dans le monde de l’entreprise après avoir voyagé une certaine durée ?

A titre personnel, non. Les entreprises sont beaucoup plus ouvertes aujourd’hui. Les entreprises sont aussi plus flexibles sur les opportunités qu’elles donnent à leurs collaborateurs. Il est possible de repartir en voyage, pour vivre une expérience terrain personnelle, si on montre que cela apportera une valeur ajoutée à l’entreprise.

Au contraire, on en apprend plus sur nous-mêmes et ce que l’on veut faire vraiment. C’est intéressant pour un employeur de savoir que votre projet est muri, que vous avez à cœur de surmonter les obstacles, que vous êtes un intellect performant, mais aussi un « doer » à l’aise avec l’action concrète, dans des milieux culturels, géographiques et sociaux différents. On a également plein d’idées à mettre à profit. Voyager a eu pour moi un impact direct sur la créativité, on revient avec mille idées et projets, gonflé d’énergie nouvelle et d’envies !

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Continuez-vous à voyager ? Est-ce difficile d’avoir une vie familiale ?

Oui, j’ai continué à voyager. Je continue d’être très sensible à l’écologie. Lorsque l’on voyage on a un impact négatif à cause des émissions de Gaz à effet de serre, mais en même temps, on se reconnecte à la nature et aux autres et cela permet aussi de voir de ses propres yeux la fragilité des écosystèmes naturels ou la situation de certaines personnes, cultures ou populations. Cela permet vraiment de se rendre compte que les entreprises sont le maillon-clé pour changer le monde. Les entreprises ont les ressources et l’intelligence, elles ne sont pas prisonnières des frontières. Je suis convaincu, qu’il faut repenser l’idée de performance, elle doit être plus responsable. Les jeunes l’ont bien compris et y sont d’ailleurs de plus en plus sensibles et pas seulement dans les ONG ou les entreprises de l’économie sociale et solidaire.

Ce n’est pas toujours facile d’avoir une vie familiale et de voyager mais c’est possible quand on est organisé. J’ai toujours beaucoup voyagé avec mes enfants. Ils faisaient leur scolarité au CNED (à distance) et on partait en famille. C’est un choix de vie, qui ouvre l’esprit et stimule également l’intelligence émotionnelle.

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Y a-t-il une année idéale pour effectuer une gap year ?

L’idéal selon moi serait juste avant ou juste après les études supérieures, mais il est bien de se poser la question tous les 3 ou 5 ans de l’adéquation de notre travail avec nos valeurs. En cas de forte dissonance, voyager permet le questionnement de soi approfondi et parfois, une césure salvatrice, le retour est alors paradoxalement souvent un nouveau départ !

Les entreprises aujourd’hui sont beaucoup plus à l’écoute des besoins de mobilité des jeunes, de leur recherche de sens, donc j’encourage vraiment les jeunes à partir, on y apprend énormément sur soi, cela n’a pas de prix !

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Comment franchir le pas ?

Plus on attend, plus c’est difficile. On se crée progressivement son propre modèle financier, ses contraintes : avec des emprunts, des habitudes, un niveau de vie… et ça paraît impossible, mais on trouve toujours une solution (louer sa maison pour qu’elle paye les mensualités d’emprunt, par exemple, travailler en voyageant…). Il faut trouver le courage, s’écouter et se lancer pour ne pas avoir de regrets. Ensuite on y prend goût. Dans tous les cas on en retire toujours des expériences enrichissantes.

En ce qui concerne les enfants, c’est une expérience générale, ils ont appris énormément et le programme du CNED est très bien dans ce genre de voyage au long cours.

Enfin, aujourd’hui il n’a jamais été aussi simple de voyager, situation sanitaire mise à part, bien entendu. On peut travailler réellement de partout, grâce aux moyens de communication ! On peut même rencontrer des opportunités et se créer un réseau ! L’âge ne doit pas être une frontière, c’est une expérience qui permet de se réinventer !