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Dr Sidy Bouaré : Bâtir la finance islamique au Mali, un combat de conviction
Dans un paysage financier ouest-africain en pleine mutation, des pionniers tracent la voie d’une finance éthique, plus alignée avec leurs valeurs. Le Dr Sidy Bouaré est l’un d’eux. Son parcours, marqué par la persévérance face aux obstacles réglementaires et culturels, illustre la naissance et l’affirmation de la finance islamique au Mali. Un combat mené avec la conviction que l’économie doit être au service du développement humain.
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La genèse du projet de finance islamique : quatre ans d’attente pour une révolution silencieuse
L’histoire de la finance islamique moderne au Mali est indissociable de la détermination du Dr Sidy Bouaré. Tout commence par une attente, longue et éprouvante : quatre années pour obtenir un agrément pour la Caisse Intermédiaire de Développement (CID). Le dossier, initialement rejeté à cause de sa terminologie jugée trop religieuse, est finalement accepté en novembre 2018 après une adaptation sémantique. Dans un environnement vierge d’une réglementation sur la Finance Islamique, la persévérance et l’agilité du Dr Bouaré ont permis d’embarquer les autorités et d’initier les premières marches d’une finance islamique qui éveille les curiosités à une finance islamique reconnue et inscrite dans les textes réglementaires. La CID obtient un agrément conventionnel, mais son mode opératoire, lui, reste fidèle aux principes de la finance islamique. Cette première victoire, obtenue par la force d’adaptation et la patience, donne le ton de ce que sera son parcours : une navigation constante entre les contraintes d’un système établi et la fidélité à une vision.
Le lancement de la CID n’est que le début des défis. Le Dr Bouaré, véritable pionnier, doit opérer dans un environnement où la finance islamique est largement méconnue, voire regardée avec méfiance dans un contexte géopolitique tendu. Le marché malien, majoritairement tourné vers le commerce à court terme, peine à comprendre la logique d’investissement et de partage des risques qui est au cœur de la finance islamique. À cela s’ajoutent des difficultés de refinancement et une confusion persistante avec les banques conventionnelles. Pourtant, malgré ces vents contraires, la CID réussit à s’implanter et à ouvrir plusieurs agences régionales, posant ainsi les premières pierres d’un écosystème naissant.
De la banque à l’assurance : la construction de l’écosystème de la finance islamique
Fort de cette première expérience, le Dr Bouaré voit plus grand. Il comprend que pour être viable, la finance islamique a besoin d’un écosystème complet. En 2020, il lance Takaful Mali, une compagnie d’assurance islamique, avec un double objectif : offrir des produits d’assurance conformes à l’éthique musulmane et, surtout, créer une source de refinancement pour la CID. Le projet est ambitieux, avec un capital initial fixé à 3 milliards de FCFA, compliquant la mobilisation des fonds.
C’est à ce moment, en mars 2022, que le Dr Bouaré prend une décision difficile mais nécessaire : il quitte la direction de la CID pour se consacrer à une vision plus large, celle de la construction de l’écosystème dans son ensemble. Ce départ provoque une crise de gouvernance et une instabilité financière au sein de l’institution. Cette expérience, bien que douloureuse, lui enseigne une leçon cruciale sur l’importance de la gouvernance et de l’alignement entre la vision stratégique et l’action opérationnelle. Elle renforce sa conviction que le leadership ne consiste pas seulement à avoir des idées, mais aussi à savoir les communiquer et à embarquer ses équipes.
« Mes principales difficultés résident dans la gouvernance, le financement et le contexte institutionnel, mais elles ont forgé ma résilience et ma vision. »
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La finance islamique, un levier de développement pour l’Afrique
Au-delà des défis institutionnels, le Dr Bouaré est animé par une conviction profonde : la finance islamique est un levier essentiel pour le développement durable des pays émergents. Dans des contextes où les financements classiques sont souvent inadaptés ou assortis de conditionnalités politiques, elle offre une alternative crédible. Il cite l’exemple de la Côte d’Ivoire, qui a levé 300 milliards de FCFA en 2015-2016 via la finance islamique pour financer des infrastructures majeures. Au Mali, malgré des projets importants financés par la Banque Islamique de Développement, les fonds restent souvent bloqués faute d’instruments adaptés.
Le Dr Bouaré insiste sur l’importance de sensibiliser les autorités et les acteurs économiques pour mieux mobiliser ces ressources. Il voit la finance islamique non pas comme une alternative religieuse, mais comme une solution économique pragmatique pour répondre aux besoins d’emploi et d’investissement des pays à majorité musulmane. Son impact social est déjà visible à travers des produits comme le « Dutki », qui aide les familles à construire leur patrimoine sans recourir à des prêts à intérêt, favorisant ainsi l’inclusion financière et l’employabilité.
Former la relève : la création de l’IPAFIM
Conscient que le développement de la finance islamique ne peut se faire sans des ressources humaines qualifiées, le Dr Bouaré franchit une nouvelle étape en 2024 avec la création de l’Institut Privé Africain de la Finance Islamique et du Management (IPAFIM). L’objectif : combler le vide en matière de formation professionnelle en proposant une véritable business school dédiée à la finance islamique. Le succès est immédiat : les deux premières promotions comptent déjà une soixantaine d’apprenants aux profils variés : banquiers, entrepreneurs, fonctionnaires, acteurs d’ONG.
Le modèle pédagogique de l’IPAFIM est à l’image de la vision de son fondateur : il associe formation académique rigoureuse et accompagnement professionnel, avec des stages assurés dans des institutions locales comme la CID ou Takaful Mali. Mais au-delà des compétences techniques, le Dr Bouaré cherche à transmettre une vision entrepreneuriale. Il encourage ses étudiants à oser créer, à innover, à aller à la rencontre des décideurs et des investisseurs.
« La réussite ne se mesure pas seulement aux chiffres financiers, mais à l’impact social et à la création d’opportunités économiques. »
Un appel à la jeunesse : l’effort intellectuel
Le message du Dr Sidy Bouaré à la jeunesse est un appel à l’action, un appel à un effort intellectuel et professionnel. Il les exhorte à ne pas se limiter à la recherche d’un emploi, mais à devenir des créateurs de valeur, des bâtisseurs d’un avenir économique plus juste. Il les encourage à cultiver la foi dans leur mission, à voir la finance islamique comme un engagement spirituel autant qu’économique.
Son parcours, fait de résilience et de vision à long terme, est une source d’inspiration. Il montre que les échecs sont des étapes nécessaires à l’apprentissage et que la véritable réussite réside dans l’impact durable que l’on laisse derrière soi. En bâtissant, pierre par pierre, l’écosystème de la finance islamique au Mali, le Dr Sidy Bouaré ne construit pas seulement des institutions financières ; il ouvre un chemin pour toute une génération d’entrepreneurs africains.
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La Rédaction – Cet article a été rédigé à partir d’une interview menée en collaboration avec les étudiants du MBA en Finance Islamique de Financia Business School.