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 Bâtir sans compromis : itinéraire d’un pionnier de la finance éthique

Bâtir sans compromis : itinéraire d’un pionnier de la finance éthique

Il est des parcours qui s’écrivent en dehors des lignes toutes tracées, guidés non par l’ambition seule, mais par une fidélité indéfectible à des principes. Celui de Baghdad Chijii, conseiller en gestion de patrimoine spécialisé dans la finance islamique, incarne cette exigence : conjuguer performance et éthique, au sein d’un paysage français où les questions de patrimoine prennent un relief inédit. 

Issu d’un milieu modeste, il découvre très tôt le monde du travail aux côtés de son père, qui alternait les périodes d’emploi salarié et les aventures entrepreneuriales — du bazar familial à la pizzeria du quartier. Ce mélange de rigueur et d’ingéniosité forge chez Baghdad une conscience des enjeux financiers du quotidien. Très tôt aussi, se forge en parallèle une conviction : il est possible – et nécessaire – de construire une trajectoire professionnelle sans transiger avec ses valeurs, en particulier sur un principe central de l’éthique islamique : l’interdiction du riba, défini par le gain garanti sans risque ni effort, interdit car perçu comme une injustice économique structurelle.

Diplômé de l’ESCE et de l’IAE de Poitiers, puis de Paris-Dauphine et de l’École Supérieure de la Banque, il rejoint 570easi, pionnier de la finance islamique en France. Il participe alors au développement de solutions jusqu’alors inexistantes comme le financement immobilier, la SCPI, l’assurance-vie et l’épargne retraite… autant d’alternatives concrètes pour une clientèle longtemps ignorée des circuits financiers. Il participe à la création du pôle patrimoniale de 570easi (Conexcap Patrimoine), puis en tant que directeur de l’ingénierie patrimoniale, il cofonde Athl’ethics Wealth Advisors, cabinet spécialisé dans l’accompagnement sur mesure de dirigeants, sportifs de haut niveau et clients fortunés.

Fiscalité, planification successorale, retraite, transmission d’entreprise, Zakat…Le tout dans une approche rigoureuse, à la fois conforme au droit français et aux principes de la finance islamique.


« Je me vois comme un GPS du patrimoine : je trace la route de A à B en tenant compte des valeurs et des contraintes de chacun », résume-t-il.

 

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« L’éthique, c’est l’ADN. Si tu l’enlèves, il ne reste rien. »

La finance éthique ? Beaucoup n’en connaissent que le nom, peu en maîtrisent la substance. Certains la réduisent à un marché de niche, réservé à une poignée de convaincus, voire à une démarche communautaire. Pourtant, au-delà des étiquettes, elle repose sur des principes universels de bon sens et de responsabilité : éviter la spéculation, refuser les revenus issus de la dette sans contrepartie productive, favoriser l’investissement utile, le partage du risque, la transparence, exclure les secteurs nuisibles pour l’individu comme pour la société dans son ensemble.

Dès les premières minutes de notre échange, Baghdad pose le cadre :

« Si on enlève l’éthique, on n’a plus rien. Ce qui motive certains acteurs de ce marché, c’est surtout le potentiel de marché. Tant mieux s’il y a du potentiel, cela nous permet d’exister. Mais pour nous, l’éthique reste la ligne rouge. » affirme-t-il.

Il insiste sur une distinction souvent négligée : certains produits financiers peuvent respecter les règles charaïques, sans pour autant servir l’intérêt général ni répondre à une exigence de justice ou d’utilité sociale.

« On peut consommer des produits certifiés tous les jours et nuire à sa santé. En finance, c’est pareil. Il faut que ce soit sain et utile. » soutient-il.

Il cite l’exemple de certaines sociétés certifiées halal, mais dont l’impact environnemental ou social est discutable.

« Peut-on y investir ? C’est une décision personnelle. Est-ce halal au sens strict ? Oui. Mais est-ce éthique au sens large ? Pas toujours. »

Ainsi, au cœur de sa pratique, l’éthique n’est pas une option marketing, mais une exigence structurante : un filtre qui va au-delà des règles formelles pour interroger le sens.

 

Entreprendre dans le désert : solitude, doutes et sacrifices

Ce choix n’a rien d’évident dans une société où les écarts de patrimoine n’ont jamais été aussi profonds. Aujourd’hui, près de 60 % du patrimoine des Français provient de l’héritage, contre 35 % au début des années 1970. Seuls 13 % des ménages héritent de plus de 100 000 euros, tandis que les 0,1 % les plus riches reçoivent en moyenne 13 millions, soit 180 fois plus que l’héritage médian estimé à 70 000 euros. Le travail, quant à lui, ne permet plus de progresser comme avant : il faut désormais 70 ans pour doubler son niveau de vie, et les transmissions se font de plus en plus tard, souvent après 50 ans, à un âge où les projets de vie sont déjà stabilisés, voire clos.

Dans ce contexte, le rôle du conseiller en gestion de patrimoine prend tout son sens : aider à structurer, protéger et transmettre avec lucidité un patrimoine, mais surtout une vision du monde. C’est cette conviction qui pousse Baghdad Chijii à sortir des sentiers battus.

À sa sortie d’école, les perspectives étaient pourtant alléchantes : intégrer une grande banque ou un cabinet prestigieux et obtenir un salaire élevé. Baghdad fait un autre choix, celui de construire un modèle de finance alternatif adapté aux convictions d’une partie de la population. Il quitte un poste stable dans un grand groupe pour s’investir pleinement dans cette aventure, à une époque où la finance islamique est quasiment absente du paysage français.

« Je voyais les autres décrocher des salaires à 7 000 euros pendant que je galérais. Je ne le cache pas : j’ai souvent douté. Mais j’étais porté par une conviction. » se confie-t-il.

« Il faut être prêt à faire des sacrifices. Mais quand tu mesures l’impact concret que tu peux avoir sur la vie des gens, ça devient une véritable source de force. » assure-t-il.

Il rend hommage à ceux qui l’ont accompagné dans cette démarche : Anass Patel, Amine Naït-daoud, Hassan Naciri. Des pionniers qui ont aussi quitté des situations très confortables pour poser les premières pierres d’un modèle alternatif. Baghdad les décrit comme des modèles de sincérité, de courage entrepreneurial et de loyauté fraternelle.

« On ne se fait pas seul. Ils m’ont formé et surtout, ils m’ont montré qu’un autre modèle était possible. », dit-il avec une infinie gratitude et un brin de nostalgie.

 

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Finance islamique : quand la loi française ouvre des portes

L’un des défis récurrents est d’adapter les produits existants à une éthique exigeante sans les dénaturer. C’est notamment le cas de l’épargne retraite, un pilier essentiel de la planification patrimoniale. 

Avant la réforme de la loi PACTE en 2019, les anciens dispositifs imposaient une conversion partielle du capital en rente viagère, un mécanisme non conciliable avec les principes de la finance islamique dans la mesure où il repose sur des calculs actuariels opaques, une répartition incertaine des fonds, et un transfert de risque potentiellement déséquilibré entre les parties, sans parler de l’absence de lien entre l’épargnant et les actifs sous-jacents aux investissements. 

La réforme PACTE a marqué un tournant en introduisant le nouveau PER (Plan d’Epargne Retraite) — un produit unifié en trois compartiments (individuel, collectif, obligatoire). Ce dernier offre désormais permet désormais la sortie en capital à 100 % au moment de la retraite, en une ou plusieurs fois. Ce changement majeur a ouvert la voie à la création de supports conformes à l’éthique musulmane, en facilitant l’alignement entre les obligations juridiques, les attentes des épargnants, et les principes de la finance islamique.

« Il faut toujours être en veille. Comprendre les lois, les adapter, innover sans trahir ses principes. »

Son équipe travaille avec des comités d’experts indépendants pour valider chaque support financier. Parfois, les filtres sont plus stricts que ceux de la réglementation classique.

« L’objectif, c’est que nos clients sachent exactement où va leur argent. Et qu’ils puissent dormir tranquilles. »

Dans cette perspective, la transparence n’est pas un slogan, et l’assurance que la finance peut redevenir un outil au service de l’humain non plus.

 

IA, cryptomonnaies et vie de couple : la finance au XXIe siècle

Dans un monde où tout s’accélère, chaque innovation est porteuse d’opportunités comme de risques uniques. L’intelligence artificielle, par exemple, pourrait rendre la gestion de patrimoine plus accessible, automatiser certaines tâches complexes, mais elle soulève aussi la question fondamentale de la responsabilité. Pour Baghdad, cette innovation doit servir le jugement humain, et non le remplacer.

Quant aux cryptomonnaies, il nous confie qu’il les aborde avec prudence et ne les recommande pas proactivement.

« Beaucoup y vont comme au casino. Ce n’est pas sain. Je les aborde avec prudence, et seulement dans une logique de diversification. »

Au-delà des marchés et des produits, c’est souvent au cœur de la vie privée que s’exerce son métier puisqu’il accompagne de nombreux couples dans l’organisation de leur patrimoine, avec un souci constant d’équilibre et de prévention : choix du contrat de mariage, protection du conjoint survivant, anticipation des accidents de la vie, transmission intergénérationnelle.

« Quand tu parles d’argent dans un couple, tu entres dans l’intime. Il faut y aller avec tact, poser des graines, puis observer. » glisse-t-il avec l’esquisse d’un sourire.

Ce travail, souvent délicat, est fondamental.

« Un mauvais montage peut mettre en danger toute une lignée. Il faut protéger les conjoints, les enfants, anticiper les accidents de la vie. »

Ainsi, la gestion de patrimoine n’est pas seulement une suite d’outils techniques, mais un langage humain, un espace de confiance, un levier de protection. Et dans un monde instable, cette dimension humaine devient plus précieuse que jamais.

 

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Etudiants : la finance éthique a besoin de vous !

Le message de Baghdad Chijii aux étudiants est sans détour, presque pressant :

« On a besoin de jeunes motivés, compétents, et sincères. Il y a tant à faire. Vous pouvez rejoindre ce secteur avec des compétences en droit, en data, en IA, en marketing, en design… Il faut juste une volonté d’entreprendre en acceptant de prendre des risques »

Il voit émerger une nouvelle génération en quête de sens, de cohérence, qui ne veut plus choisir entre carrière et conscience.

« Ce n’est pas une utopie. C’est un réel modèle d’avenir. Et il est encore à construire. » Conclue-t-il avec espoir.

 

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Co-fondateur du média, je gère les relations avec les entreprises partenaires et les Grandes Ecoles. Diplômé de Sciences Po Paris et emlyon business school, j'interviens aussi régulièrement dans des business schools (data, entrepreneuriat et personal branding).