Rencontre avec Théodora Keravec, manager de transition supply chain

 Rencontre avec Théodora Keravec, manager de transition supply chain

Rencontre avec Théodora Keravec, manager de transition supply chain aux expériences variées dans les domaines de l’industrie des PGC et de la Grande Distribution.

 

Bonjour Théodora, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Bonjour, je m’appelle Théodora Keravec et je suis manager de transition supply chain. Après avoir passé le bac, et parlant allemand, j’ai commencé à travailler chez Benckiser en tant qu’assistante logistique et approvisionnement, dans un poste en construction.  J’ai ensuite arrêté ma carrière pendant sept ans pour fonder une famille et me consacrer à mes enfants. J’en ai profité pour reprendre des études, un BTS en alternance suivi d’un master en Supply Chain Management à l’ESSEC. A cette période, j’ai fait un stage chez Promodès (groupe Carrefour) en tant qu’assistante approvisionnement. Je suis restée treize ans dans ce groupe, avant de partir travailler pour le groupe Casino.

La supply chain a pris de l’importance, les fonctions supports (supply chain, logistique et S.I.) sont devenues la colonne vertébrale de l’entreprise. La supply chain représente les étapes d’approvisionnement, de la production à la distribution de la marchandise. Elle est constituée de différents flux : flux d’informations, flux physiques et flux financiers. Le défi de la supply chain d’une entreprise est de rendre ses produits accessibles au bon moment, au bon endroit et au meilleur prix.

Pour revenir sur mon parcours, j’ai effectué mon stage sur la mise en place des partenariats logistiques et des indicateurs de performance avec les industriels. J’ai ensuite travaillé en tant que responsable des plannings promotionnels, toujours dans le groupe Carrefour, qui était un poste très responsabilisant dans le sens où les catalogues promotionnels sont très suivis par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) afin de repérer les publicités mensongères et d’appliquer les sanctions correspondantes en cas de non détention d’un produit tracté par un magasin. Entre 2002 et 2003, j’ai été chef de projet sur la fusion des systèmes d’information de Promodès et de Carrefour, où j’ai été amenée à coordonner une équipe projet de 40 personnes, sécuriser et respecter le planning global de migration. Ensuite, j’ai occupé le poste de coordinatrice des flux, où j’ai veillé aux intérêts de l’hypermarché sur des entrepôts multi-formats, par exemple en sécurisant des évènements saisonniers ou en faisant baisser les délais de livraison pour l’enseigne. La dernière position que j’ai occupée chez Carrefour est experte approvisionnement, où j’ai eu l’occasion de travailler avec les équipes de la direction générale et de mettre en place les bonnes pratiques que j’avais acquises jusqu’ici. J’étais au service des pays pour les aider dans la résolutions de problématiques rencontrées et satisfaire les demandes métier. J’ai voyagé dans 7 pays et j’ai formé plus de 120 personnes sur les fondamentaux du métier d’approvisionneur. En résumé, j’ai travaillé 13 ans chez Carrefour où j’ai occupé des postes variés. C’était donc une expérience très complète.

En 2010, j’ai intégré le groupe Casino, où pendant trois ans j’ai mis en place le schéma directeur des produits frais et des indicateurs de performance sur les trois entrepôts que je devais gérer pour 1/3 du C.A. des enseignes Franprix et Leader Price. Je suis ensuite devenue chargée de mission flux et approvisionnements où pendant six mois j’ai participé à la refonte du référentiel et de la gestion commerciale de quatorze entrepôts. Enfin, en 2014, je suis devenue responsable relation fournisseurs. Je travaillais en amont de la chaine de valeur, où je négociais avec les fournisseurs les conditions générales des approvisionnements dans le cadre des accords commerciaux des centrales d’achat. La fonction approvisionnement prend de plus en plus d’importance, et c’est le seul levier qui permet de réduire les coûts, bien plus que la fonction achat. Il s’agit d’étudier les bons types de flux, les conditions d’approvisionnements, la qualité de la livraison, etc. pour faire des économies d’échelle gagnant/gagnant pour tous les acteurs de la supply chain. Au cours de mon parcours professionnel, j’ai eu beaucoup d’opportunités d’évolution qui m’ont permis d’occuper des postes variés !

Pourquoi avoir choisi ce domaine/ secteur d’activité ?

C’est plutôt ce domaine qui m’a choisie, puisque Benckiser, la première société pour laquelle j’ai travaillé, m’a donné l’opportunité d’évoluer en même temps que mon directeur. J’étais intéressée par l’informatisation des processus (planification des plans d’approvisionnement et mise en place de la gestion de production assistée par ordinateur), c’est pourquoi j’ai décidé de valider mes acquis par un BTS puis un master.

Aujourd’hui, j’ai quitté Casino depuis un an et demi, et je me lance en tant qu’indépendante dans le management de transition de la supply chain. J’interviens auprès d’entreprises pour les aider à se transformer et à optimiser leur chaine d’approvisionnement vers l’excellence opérationnelle. La supply chain se transforme face aux changements des besoins clients, les modèles de distribution évoluent, notamment avec le développement du e-commerce.

 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

J’ai appris mon métier auprès des opérationnels, et je suis maintenant experte dans mon domaine, c’est pourquoi je peux apporter mon expérience et ma compréhension du fonctionnement de la supply chain aux entreprises auprès desquelles j’interviens. Ce que j’aime, c’est que je suis très connectée à la réalité. J’échange constamment avec des opérationnels, je vais sur le terrain, dans le but de comprendre les besoins et de trouver des réponses. C’est un secteur riche et réactif, puisque la grande distribution et les industriels des Produits de Grande Consommation se renouvellent constamment.

 

Quelles sont les difficultés de la supply chain ?

Une des grandes difficultés est d’attirer les jeunes talents vers ces métiers, tout en leur donnant les moyens de s’exprimer, de se réaliser et d’évoluer. Nous sommes dans une société où les talents s’échangent et il faut les écouter, il ne s’agit plus de seulement faire ses preuves.

 

Quels sont les défis de la supply chain vis-à-vis de l’environnement ?

Il faut trouver l’équilibre entre les clients qui veulent les produits le plus rapidement possible et l’impact environnemental de la supply chain. On parle de rentabilité écologique et le principal levier d’action est le transport. Par exemple, pour ne parler que de ma dernière expérience, Monoprix livre avec des vélos cargo de la start-up K-Ryole, des camions au gaz et le transport fluvial pour Franprix. Mais il faut aussi faire comprendre aux consommateurs qu’ils ne peuvent pas toujours avoir un service propre avec une livraison très rapide. Les défis sont nombreux, il s’agira de faire des partenariats avec d’autres distributeurs pour livrer les centres villes afin de ne pas multiplier les surfaces de stockage, améliorer l’approche client en minimisant l’impact carbone, et relocaliser le plus possible pour s’approvisionner à moindre coût, tout en gardant des produits de qualité.

 

L’international : souvent amenée à travailler à l’étranger ? des possibilités ou difficile ? 

J’ai formé les équipes approvisionnement de Carrefour en Europe, en Amérique Latine et en Asie. C’est un vrai point positif d’être à l’international, car cela permet de dispenser les bonnes pratiques. En Asie par exemple les processus sont plus aboutis du fait de leur situation géographique. En Amérique Latine, les équipes, plus jeunes, ont un intérêt plus centré sur le service aux clients. On se nourrit des autres pays en apprenant comment chacun utilise les outils et les systèmes d’informations. De plus, dispenser des formations permet d’en faire des leviers majeurs d’amélioration opérationnelle.

 

Des conseils pour des étudiants intéressés par le secteur de la supply chain ?

Le choix du stage ainsi que du secteur où il est effectué est très important, puisqu’il peut être révélateur et il détermine la suite du parcours. Il faut alors s’y prendre à l’avance, et ne pas prendre un stage par défaut mais l’avoir choisi. Pour une entreprise, un stagiaire est considéré comme un effectif plein temps. S’ils sont investis, les stagiaires comprennent rapidement les problématiques et sont rapidement amenés au travail de groupe. Vous faites partie de l’équipe et vous allez mettre en œuvre ce que vous avez appris pendant vos études, donc n’arrivez pas en tant que stagiaire mais en tant qu’élève cadre. La position dans laquelle vous abordez votre stage est très importante !

 

Nous remercions Théodora Keravec pour le temps qu’elle nous a accordé !