Rencontre avec Marianne URMES, Head of People and Culture chez Too Good To Go

 Rencontre avec Marianne URMES, Head of People and Culture chez Too Good To Go

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de vos études ?

Je suis un exemple de parcours – parmi plein d’autres ! – qui illustre que rien n’est écrit dans sa vie professionnelle. De l’administration française au grand groupe à la start-up ; de la communication, au conseil, au management d’artiste pour finir aux RH, mon parcours m’amené à expérimenter différents métiers, secteurs, employeurs ou encore contrats de travail.

Ne sachant pas où m’orienter, j’ai opté pour des études généralistes : bac scientifique, prépa hypokhâgne/khâgne BL, avant d’atterrir comme beaucoup en école de commerce. Je ne projetais pas dans les métiers qu’on me présentait à l’école et j’ai essayé de marier mon intérêt pour la littérature et la culture avec mes études. J’ai ainsi effectué l’ensemble de mes stages dans le secteur culturel. A la fin de mes études, j’ai postulé à des VIA (Volontariat International en Administration) et j’ai eu la chance de travailler à l’ambassade de France de Malaisie comme responsable de la programmation culturelle française. Très autonome à ce poste, j’ai beaucoup appris et entrepris, mais à la fin de cette expérience j’ai ressenti le besoin de rejoindre une entreprise où j’allais être davantage accompagnée pour me développer.

 

Quels ont été vos premiers emplois en rentrant de Malaisie ?

En rentrant de Malaisie, j’ai rejoint le groupe Mazars en CDI pour coordonner un projet de mécénat culturel. Ce dernier n’a jamais vu le jour et je me suis retrouvée chargée de communication dans un cabinet d’audit, bien éloignée de toute la dimension culturelle qui alors m’animait ! Durant 3 ans, j’ai découvert le management et les modes de fonctionnement de grands groupes, mais je ne me sentais pas à ma place. Heureusement, j’ai pu dépasser le périmètre strict de mon poste en initiant avec ma responsable de l’époque des projets sur la problématique de l’égalité hommes/femmes pour Mazars. J’ai fait de belles rencontres, ai développé mes convictions personnelles et surtout, j’ai réalisé que je ne pouvais pas travailler pour une entreprise avec laquelle je n’étais pas en phase. J’ai donc décidé de démissionner et me suis fait confiance pour rebondir. 
Une jeune femme me propose alors de l’accompagner dans le développement de sa toute jeune entreprise : The Boson Project. J’accepte le challenge et passe du CDI à l’auto-entrepreneuriat ; je devais rester quelques mois et suis restée 7 ans. C’est un cabinet de conseil qui guide les entreprises dans leur transformation en termes de management, de leadership, d’engagement des équipes. Ce projet était loin de mes précédentes expériences mais correspondait à mes valeurs ; je m’y suis épanouie et ai grandi sur différents métiers. J’ai été consultante et ai accompagné de nombreux clients dans leurs problématiques humaines. Au fil des missions, j’ai réalisé que je tirais ma satisfaction non pas de l’impact chez mes clients mais de l’impact en interne au sein de l’équipe et ai demandé à devenir à mi-temps la RH à de l’équipe. Puis j’ai eu envie de renouer avec le monde de la culture. Le hasard faisant bien les choses, un de mes amis artistes m’a demandé de l’aide à un moment de sa carrière professionnelle. Je suis devenue 4 jours sur 5 consultante et RH de The Boson Project et manageur d’artiste le 5ème et j’y ai trouvé mon équilibre personnel.


Vous évoquez les termes « d’alignement » et « d’équipe » dans votre témoignage, à quel point ces facteurs sont-ils importants pour vous lorsque vous postulez pour un emploi ?

Je pense que le fameux graal du « sens au travail » passe par un « alignement » avec soi, avec ses convictions personnelles, ses modes de vie, ses motivations. Il s’agit de trouver sa cohérence entre vie perso et pro et de limiter le tiraillement entre le moi citoyen et le moi professionnel.

Il faut arriver à trouver ce qui est le plus important pour soi et identifier les points pour lesquels il est possible de faire des concessions. Mon « sens » passe en effet par l’équipe : je suis prête à faire des compromis sur des aspects du poste (localisation, rémunération) mais pas sur mes collègues directs et encore moins sur mon manager. La relation que j’entretiens avec lui/elle est primordiale. A titre personnel, j’ai besoin d’un manager qui me fasse confiance et qui m’aide à détecter les angles morts dans mes projets. Je pense qu’il est très important de bien choisir son manager. C’est grâce aux différents managers que j’ai pu avoir que j’ai pu enrichir mes compétences et explorer des pistes que je n’aurais jamais prises toute seule.

 

Aujourd’hui vous êtes Head of People and Culture chez Too Good To Go, en quoi consiste votre rôle ?

Comme le titre l’indique, mon rôle est double. Sur le volet « people », ma mission est de nourrir le développement et l’engagement des “Waste Warriors” durant leur aventure chez Too Good To Go (du recrutement au développement des compétences, aux conditions de travail adaptées). Je suis aussi en charge de prendre soin de la culture singulière de Too Good To Go et de m’assurer que nos valeurs sont incarnées pour de vrai. Pour ce faire, je veille à ce qu’elles vivent et se traduisent dans nos modes de fonctionnement.



En tant que recruteuse, pensez-vous qu’il est important de partager la culture d’une entreprise pour espérer être recruté ?

C’est obligatoire ! Le processus de recrutement permet de transmettre l’ADN de Too Good To Go et de vérifier l’alignement des candidats avec nos valeurs. L’engagement par rapport à notre mission et le partage de nos valeurs sont tout aussi importants que les compétences liées au poste. Nous testons ainsi beaucoup nos candidats sur les savoir-être. A titre d’exemple, nous avons une valeur nommée « We Raise The Bar » chez Too Good To Go : durant le process, nous allons tester l’exigence de nos candidats envers eux-mêmes ou leur capacité à se remettre en cause.


Si vous le pouviez, que voudriez-vous changer dans vos métiers ?

Comme dans tous métiers, je pense, il y a toujours certaines tâches qui nous plaisent moins, mais qui n’en demeurent pas moins essentielles. Dans mon cas, il s’agirait plutôt du volet administratif et du droit social. Mais cela fait partie des prérequis pour faire ce qui me plait J.

 

Avez-vous une forte dimension internationale dans votre métier ?

Plutôt, oui ! Too Good To Go est présent dans 15 pays différents, dont les États-Unis lancés récemment ! J’échange donc avec de nombreux homologues sur leurs bonnes pratiques.

 

Les pratiques internes chez Too Good To Go sont-elles différentes en fonction du pays dans lequel vous êtes implanté ?

Les valeurs sont communes à tous les pays. Ce qui peut changer, c’est la façon de les mettre en place et de les transmettre. En France, nous choisirons par exemple de faire un séminaire inter-équipes pour renforcer notre valeur « We Fight Together » tandis qu’un autre pays la traduira différemment.    

 

Quelques conseils pour les étudiants ?

J’aurais 3 humbles conseils à partager.

Le 1er premier serait écoutez-vous : écoutez votre intuition, écoutez votre petite voix intérieure et osez lui faire confiance. Elle dit souvent l’inverse de ce que vous dit votre entourage, mais qui se connait mieux que vous ?! Certaines décisions font peut-être peur à l’instant T mais prennent souvent ensuite tout leur sens.

Deuxièmement, il me semble important de préciser son « sens à soi ». Le sens pour l’un sera l’impact de son employeur sur la société ou l’environnement, pour l’autre cela sera l’impact via la dynamique d’équipe ou encore via l’innovation managériale. Il y de nombreux leviers pour avoir de l’impact au sein ou à l’extérieur de l’entreprise : il faut bien choisir le sien.

Et enfin, même si cela peut paraître un peu lointain aujourd’hui, commencez dès maintenant à bâtir vos convictions managériales. Quel manager souhaitez-vous être ? Que souhaiteriez-vous apporter à vos équipes ? On peut espérer via son emploi avoir un grand impact pour la planète mais cela commence aussi par penser impact direct pour son équipe au quotidien.

 

On remercie chaleureusement Marianne URMES pour le temps qu’elle nous a accordé !

Lou Tardy

Etudiant à emlyon business school, je tiens à proposer aux étudiants des carrières porteuses de sens !