Le pouvoir grandissant des cabinets de conseil sur l’opinion publique

 Le pouvoir grandissant des cabinets de conseil sur l’opinion publique

Deux milliards d’euros. C’est le montant dépensé par l’Etat en quatre ans, en faisant appel à des cabinets de conseil. Et ces dépenses ne font qu’augmenter. En 2018, la République française avait dépensé 379 millions d’euros en conseils par des cabinets privés. En 2021, ce chiffre s’élève à 894 millions d’euros. Il a plus que doublé en quatre ans. Comment expliquer cette croissance impressionnante des dépenses publiques en cabinets privés ? Quelle influence ont ces multinationales sur l’opinion publique française ?  

 

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Pourquoi l’Etat fait-il appel à des cabinets de conseil privés ?

Le rapport du Sénat sur l’influence croissante des cabinets de conseil sur les politiques publiques, publié en mars 2022, révèle que des parties entières de politiques publiques ont été sous-traitées à des cabinets privés. Ainsi, les cabinets McKinsey, PwC, EY, Capgemini, et beaucoup d’autres, sont au coeur de la politique publique française, et leur influence n’a fait que s’accroître ces dernières années. 

Bien que difficile de pointer avec exactitude le moment où les cabinets de conseil ont commencé à prendre de l’ampleur dans la gestion de la politique publique française, on peut estimer que cela s’est accéléré pendant le mandat de Nicolas Sarkozy, et encore plus depuis qu’Emmanuel Macron est au pouvoir. 

 

Ces cabinets ont notamment géré des problématiques centrales de la vie de la population française, comme l’utilisation des masques, dès mars 2020, ou les problématiques de test et vaccination liées au Covid. 

Or, la gestion de ces problématiques en est la preuve, les cabinets ne proposent pas de solution miracle. Certains cadres publics estiment même qu’ils apportent une plus-value infime, voire nulle, à ce que l’administration française aurait pu faire par elle-même, pour des factures exorbitantes. Le rapport publié par le Sénat prétend que le recours à un cabinet de conseil « est devenu un réflexe, alors même que les compétences existent en interne ». 

 

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Tous les secteurs publics sont touchés par les cabinets de conseil

Malgré ces compétences déjà existantes en interne, l’Etat se dirige plus naturellement vers des prestataires externes pour résoudre les problématiques publiques. Cela concerne des secteurs divers et variés, tels que :

  • La gestion de l’utilisation des masques au début de la crise sanitaire
  • La diffusion des tests PCR et antigéniques
  • La politique vaccinale 
  • L’utilisation et gestion des radars routiers
  • La réforme des aides personnalisées au logement (APL)
  • La réforme des retraites
  • La mise en place et régulation du télétravail

 

Pour chacune de ces problématiques, les cabinets facturent des rapports et interventions à des montants qui dépassent bien souvent les 300 000€. Or, la mise en place de ces rapports n’est pas nécessairement appliquée, ou même suivie, par les consultants privés. Il peut même arriver que ces rapports ne soient que très peu utilisés, voire ignorés. Cependant, cela n’a pas d’impact sur le montant versé aux cabinets, qui reste le même, que leurs conseils soient appliqués ou non. 

 

Comment expliquer l’augmentation exponentielle des dépenses publiques en cabinets de conseil ? 

Il est important de souligner que 85% des dépenses de l’Etat envers les cabinets de conseil sont concentrés en 5 ministères : 

  • Le ministère de l’Economie et des Finances
  • Le ministère de l’Intérieur
  • Le ministère des Armées
  • Le ministère de la Transition Ecologique
  • Les ministères sociaux

Or, dans chacun de ces ministères, la majorité des dépenses concerne la transformation numérique de l’Etat. En effet, l’administration publique rencontre des difficultés à recruter des talents dans le domaine de l’informatique et du numérique, puisque les salaires sont 3 à 5 fois inférieurs à ceux qui peuvent être perçus dans le privé. Ainsi, l’Etat se voit dans l’obligation de faire appel à des prestataires externes pour gérer la transition numérique et s’adapter aux besoins de la population. 

 

C’est dans ce contexte que les cabinets de conseil se révèlent utiles et très sollicités par l’Etat. Dans le cadre de la réforme des aides au logement, par exemple, le rôle du cabinet McKinsey était de mettre en oeuvre la partie informatique de la réforme, notamment pour tester la viabilité des services mis en place et la vérification des systèmes d’information. 

 

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Un pouvoir public contrôlé par des entreprise privées ?

Face à la présence quasi-permanente des cabinets de conseil privés dans l’administration publique française, la question qui mérite d’être posée est celle de la dépendance de l’Etat aux cabinets privés. Peut-on encore réellement parler d’un pouvoir public ? Selon les agents et cadres publics, la France n’est aujourd’hui plus capable de mettre en place des politiques publiques par elle-même. On assisterait donc à une privatisation de l’administration. 

Or, la France n’est pas la seule dans ce cas, et est même loin d’être la plus soumise à la privatisation de son administration. En effet, elle n’arrive qu’en 3ème position (en termes de budget alloué aux cabinets de conseil privés) après le Royaume-Uni et l’Allemagne. Cependant, comparer les administrations britannique et française n’est pas le plus pertinent, puisque le Royaume-Uni suit un modèle beaucoup plus fondé sur la privatisation et la sous-traitance, contrairement à la France qui se veut doter d’une administration de fonctionnaires forte. 

 

Ainsi, l’utilisation accrue de cabinets de conseil dans le cadre de problématiques liées à l’Etat français semble bien se rapprocher d’une privatisation de l’administration. C’est d’autant plus vrai que la France se dit pourtant fière de son indépendance et de son pouvoir public fort. 

 

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