Interview de Théo, Polytechnicien et pompier de Paris

 Interview de Théo, Polytechnicien et pompier de Paris

Aujourd’hui, rencontre avec Théo Manière, étudiant en première année à Polytechnique après avoir obtenu une moyenne générale de 14/20 aux concours.

 

  • Les années de prépa

 

Salut Théo, peux-tu te présenter rapidement ?

Salut ! Je m’appelle Théo Manière, j’ai 21 ans et j’ai intégré cette année l’Ecole Polytechnique après 3 ans de classe préparatoire au Lycée Descartes de Tours. Je suis aujourd’hui Polytechnicien, et pompier de Paris.

 

Comment organisais-tu ton travail pendant ces 3 ans de prépa ?

La première chose dont j’ai rapidement pris conscience était qu’il me fallait optimiser mon temps pour préparer au mieux le concours. Par exemple, dans la queue pour aller à la cantine le midi, j’avais pris l’habitude de réviser mes cours, à l’aide d’applications comme Anki.

Dans le même esprit, mon emploi du temps était toujours bien structuré pour ne pas perdre de temps : après les cours, il m’arrivait souvent de rester au lycée pour travailler avec des amis ou bien en présence de certains profs. C’était un moyen de comprendre plus en profondeur le cours et les exercices. Ensuite venait l’heure du repas, et de la « détente », le plus souvent jusqu’à 21h avant de reprendre mon travail jusqu’à minuit.

 

Quels résultats as-tu obtenus lors de ta première tentative au concours ?

La première fois, j’ai notamment été admis à Supaero et à l’ENS Saclay.  Malheureusement, je n’étais pas admissible à l’X.

 

Tu as choisi de redoubler après avoir été admis à l’ENS, pourquoi ? As-tu regretté ce choix ?

Je me suis toujours senti à mon aise en prépa, je n’ai jamais subi cette formation comme une contrainte. Je me sentais donc à ma place, et ce redoublement ne m’a jamais posé problème. De plus, je savais que seule l’Ecole Polytechnique pouvait me permettre de réaliser mon projet professionnel, à savoir intégrer le corps des IPEF (Ingénieur des ponts, des eaux et des forêts).

 

Quelles méthodes de travail as-tu modifié entre ta 2eme et 3eme année de prépa ?

Il faut savoir que faire une troisième année de prépa permet d’acquérir une toute nouvelle dimension de compréhension du programme. En effet, on obtient assez de recul pour comprendre la structure des choses (en maths) et les analogies (en physique).

Personnellement, mon année de cube a été beaucoup plus structurée que les deux précédentes. Par exemple, une stratégie efficace que j’ai mise en place était de noter les erreurs/hésitations/idées de contenus à creuser dans un tableau, pour ne pas oublier de travailler les points fragiles.

 

Tu as vécu les oraux de l’X, comment se sont-ils passés ? Pensais-tu les avoir réussis en sortant ?

Je pense qu’il ne faut pas se laisser impressionner par le jury, peu importe l’école. A l’X, le jury n’était pas plus vicieux qu’ailleurs, bien que les sujets aient été assez difficiles. En sortant, je n’étais en effet pas du tout serein, j’ai même pris le temps de faire mes adieux au campus ! Et pourtant, je m’en suis malgré tout sorti avec un 11/20 en maths et un 13/20 en physique.

 

Finalement, quels ont été les résultats qui t’ont permis d’intégrer l’X ?

Mes résultats ont été au-delà de mes espérances : 15e à CCP, 82e à Centrale, 177e à Mines-Ponts, 17e à l’ENS Saclay et 10e à ULM ! Le plus important est que j’ai fait 40e à l’X, ce qui me permet d’être admis avec 1094.10/1560, soit 14/20

 

  • La vie d’un polytechnicien

 

Peux-tu nous raconter comment s’est passée ta formation militaire ?

Cette formation s’est déroulée au camp de la Courtine, et a duré un mois. Au programme : tir au FAMAS, bivouacs, courses d’orientation, combat rapproché et autres activités qui m’ont permis de découvrir le monde militaire.

 

Tu as ensuite fait ton stage à la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris. Pourquoi ce choix ?

Ce qui fait la beauté et l’attrait de ce stage, c’est le fait qu’on soit à terme amené à être chef d’agrès Véhicule de secours et d’assistance aux Victimes (VSAV). Cela consiste à diriger un VSAV avec sous nos ordres un conducteur et un équipier. On a la responsabilité de la vie des personnes, on peut potentiellement faire des accouchements, des arrêts cardiaques, des défenestrations, des accidents de la route, des attaques terroristes. Toutes ces interventions mythiques et marquantes m’ont donné envie de choisir ce stage.

 

Qu’as-tu appris pendant cette période ?

Pendant les trois premiers mois, j’ai appris le métier de chef d’agrès VSAV, pour l’exercer les trois mois suivants. Le chef d’agrès VSAV est le commandant des opérations de secours et dirige un équipage de deux personnes. J’ai pris douze gardes de 24h chaque mois, de janvier 2021 à mars 2021 inclus.

La vie de pompier est éprouvante, tant physiquement que mentalement. Le lever se faisait à 6h30 chaque matin, et je devais être prêt à intervenir dès 7h30. Lorsque l’alarme retentissait, je devais partir sur le terrain, peu importe si j’étais en train de dormir, de manger ou de me laver.

Néanmoins j’ai beaucoup aimé être un véritable pompier l’espace de quelques mois, si bien qu’il a été dur de quitter les casernes, où je me suis fait des amis, et de rendre l’uniforme auquel je m’étais attaché. Mais ce n’était qu’un au revoir, car les formations que j’ai suivi pendant ce stage m’ont rendu titulaire de diplômes acquis à vie. J’ai donc la possibilité de reprendre des gardes à la BSPP en tant que réserviste, et je compte bien en profiter.

Aujourd’hui, j’ai assez de recul pour me rendre compte à quel point ce stage est enrichissant. Il a agi pour moi comme un catalyseur de maturité et m’a permis de faire grandir mes capacités relationnelles et de commandement.

 

Qu’envisages-tu de faire une fois diplômé ? Vers quel secteur comptes-tu te diriger ?

L’avantage d’être diplômé de l’X est que les possibilités de carrière sont presque infinies ! Pour ma part, je suis intéressé par beaucoup de domaines très différents. Travailler au sein d’une centrale nucléaire est par exemple quelque chose qui pourrait me plaire., toujours avec la ferme intention d’être acteur d’un monde plus éco-responsable, en réduisant les émissions de CO2.

Dans tous les cas, je ressens l’envie de bouger, de découvrir de nouveaux lieux et de nouvelles personnes. Je n’exclus pas l’idée de pouvoir travailler à l’étranger.

 

Le mot de la fin : quels conseils donnerais-tu aux candidats de cette année ?

Pas facile de faire un mot de la fin sans tomber dans les clichés ! Bien évidemment, croyez en vos capacités et ne lâchez rien. Et n’oubliez pas, si vous visez l’X, tout ce que vous faites c’est :

« Pour la patrie, les sciences et la gloire ».

Maxime Yahia