ENQUÊTE : comment les étudiants des grandes écoles envisagent-ils le futur ?

 ENQUÊTE : comment les étudiants des grandes écoles envisagent-ils le futur ?

Le Boston Consulting Group (BCG), la Conférence des grandes écoles et Ipsos ont publié les résultats de leur troisième baromètre « Les talents, ce qu’ils attendent de leur emploi ». Cette enquête, réalisée auprès de plus de 2 000 étudiants et diplômés de 138 écoles aux mois de mars et avril 2021, a révélé l’inquiétude de bon nombre des répondants quant à leur avenir professionnel dans ce monde grandement affecté par la crise liée à la Covid-19.  

 

Les étudiants et les jeunes diplômés des grandes écoles ont vu leur quotidien bouleversé par la crise sanitaire et redoutent, pour beaucoup, leur entrée dans le monde du travail. Mais malgré le choc, l’enquête révèle que ces jeunes talents aspirent toujours aux mêmes choses qu’avant et les tendances de fond, elles aussi, restent très similaires à celles des années précédentes. Et même, ils sont de plus en plus exigeants en matière d’engagement des acteurs économiques et en quête de sens à l’échelle individuelle. 

 

Des étudiants profondément touchés par la crise sanitaire

Le premier point mis en avant par l’enquête est que les étudiants et jeunes diplômés ont été grandement affectés par la crise et que celle-ci a chamboulé leur façon d’appréhender l’avenir : les étudiants éprouvent inquiétudes et difficultés à se projeter à un niveau sans précédent.

Premièrement, la crise sanitaire a changé leur manière de travailler. Le passage forcé aux cours à distance a fortement modifié les méthodes de travail et 83% des étudiants jugent que la qualité de leur formation a été impactée par la crise sanitaire. Ce changement dans la manière de dispenser les cours n’est pas sans conséquences. En effet, quand on demande aux étudiants si la crise sanitaire et les restrictions qu’elle occasionne leur ont donné le sentiment de décrocher, 2/3 des étudiants répondent à l’affirmative. Cette génération Covid a le sentiment d’avoir été sacrifiée au nom de la sécurité sanitaire (pour 71% d’entre eux). 

Ensuite, un autre volet abordé par l’enquête concerne plutôt le futur des répondants et comment ils envisagent leur entrée ou leur avenir sur le marché du travail. Globalement, les étudiants sont assez pessimistes. Sur le court terme, un étudiant sur 2 se dit inquiet quant à la recherche de son premier emploi et 2 sur 3 pensent avoir à faire des concessions par rapport à ce qu’ils envisageaient pour leur premier emploi. Parmi ceux qui sont inquiets plus de la moitié est en école de commerce et 1/4 en école d’ingénieur, 55% sont des femmes contre seulement 36% d’hommes. Enfin, quand on demande aux étudiants et alumni de se projeter à plus long terme, les étudiants semblent bien plus anxieux que les jeunes actifs. 61% des étudiants pensent que leur parcours professionnel va être durablement impacté par la crise de la covid-19 face à 35% des alumni qui semblent être mieux préservés.

« A court terme, la crise a profondément marqué les étudiants des grandes écoles qui ont souffert à bien des égards de cette situation inédite. A long terme, nul ne peut prédire comment le sentiment largement éprouvé d’injustice va se traduire. Les entreprises et les managers devront sans aucun doute redoubler d’attention pour intégrer au mieux cette prochaine génération d’actifs », constate Jean-Michel Caye, Directeur Associé senior au BCG

enquête BCG
Source: Boston Consulting group

 

Malgré la crise, les schémas classiques demeurent en tête et la quête de sens se renforce

Malgré le choc, la crise n’a pas bouleversé les tendances de fond et les aspirations professionnelles des jeunes talents, de plus exigeants en matière d’engagement des acteurs économiques et en quête de sens. La hiérarchie des critères dans la recherche d’un travail reste inchangée, avec en première position l’intérêt du poste important pour 91 % des répondants, suivi de l’ambiance, et des valeurs de l’entrepriseLa rémunération ou la possibilité de télétravailler arrivent loin derrière, respectivement 11ème et 19ème.

Par ailleurs, les grandes entreprises sont toujours le premier choix des étudiants et gagnent en attractivité chez les diplômés qui, pour la moitié d’entre eux, aimeraient y travailler. A l’inverse l’intérêt pour les startups recule avec seulement 14% des étudiants et des diplômés des grandes écoles qui aimeraient travailler dans cet univers. 

Pour ce qui est des secteurs les plus prisés, c’est l’environnement qui arrive en tête du classement avec 71% des étudiants et 81% des diplômés qui souhaitent travailler dans ce domaine. Les énergies, le conseil et l’humanitaire arrivent juste après ce qui souligne bien la volonté des jeunes talents d’exercer un métier qui a du sens. En effet, lorsqu’on leur demande ce qui les rendrait fiers au cours de leur vie professionnelle, la réponse qui est donnée le plus souvent est « Avoir été utile, avoir apporté des changements positifs à la société ».

Ainsi, dans cette quête de sens que nous avons remarqué chez les jeunes, plus de 60% des talents sont prêts à prendre un poste plus précaire pour un emploi porteur de sens, et les jeunes actifs, eux, seraient prêts à réduire leur salaire de 12% en moyenne pour aller travailler dans une entreprise davantage en accord avec leurs convictions sociales et environnementales.

 

Des jeunes plus exigeants vis à vis des entreprises et qui souhaitent être « utiles »

Si les attentes des jeunes talents envers les grandes entreprises sont fortes, ils jugent qu’elles ne sont pas au niveau de leur capacité d’action. 86% des personnes interrogées perçoivent les grandes entreprises comme les plus à même de changer les choses mais ces-dernières sont considérées comme peu voire pas engagées même si cette perception est en légère hausse par rapport aux années précédentes. En outre, quand engagement des grandes entreprises il y a, celui-ci est encore perçu comme peu sincère : quand on demande aux 2000 répondants quelle raison pousse les entreprises à mettre en place une politique et des actions d’engagement en matière social et environnemental, 50% estiment qu’il s’agit d’opportunisme et 20% que c’est par obligation.

Au-delà de la question des engagements de l’entreprise, les jeunes talent aspirent surtout à être utile dans leur métier au quotidien. A la question « Qu’est-ce qui est plus important pour vous lorsqu’on vous parle de sens au travail en entreprise ? », le fait d’avoir une visibilité sur l’intérêt de ses tâches et en quoi elles participent à Ia performance de l’entreprise arrive en première place. « Pas question de se retrouver à faire « un job vide de sens ». Les jeunes regardent évidemment l’engagement des entreprises et leur sincérité mais regardent aussi, et surtout l’utilité de leurs missions et leur apport au sein de l’entreprise. » Selon Laurent Champaney, Vice-président de la Conférence des grandes écoles.


Ainsi, après plusieurs semestres bouleversés par l’épidémie de la Covid-19, nombreux sont les étudiants et jeunes diplômés qui appréhendent leur entrée sur le marché du travail. En effet, du fait de la crise sanitaire que nous connaissons, les emplois se sont faits plus rares et plus précaires et la concurrence entre les jeunes diplômés s’est accrue.

Mais si cette étude montre que leur entrée sur le marché du travail inquiète les étudiants, le baromètre linkedIn 2021 des jeunes diplômés révèle que la situation se décoince quelque peu et présente les régions et secteurs qui recrutent le plus afin d’aider ces jeunes diplômés dans leur recherche d’emploi. 

Lola Pelouas