Rencontre avec Thomas Norman Canguilhem – Cofondateur et directeur international d’EcoTree

 Rencontre avec Thomas Norman Canguilhem – Cofondateur et directeur international d’EcoTree

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Bonjour, je m’appelle Thomas Norman Canguilhem, j’ai 43 ans, je suis franco-autrichien, j’ai grandi en France jusqu’à mes 20 ans où j’ai effectué un double cursus en étant diplômé de Science Po Paris et un Master « Entrepreneurs » à HEC Paris. Il était pour moi important de combiner la culture générale que m’offrait Science Po et les compétences entrepreneuriales que j’ai pu acquérir à HEC. Après ces études, j’ai pris une année sabbatique pour faire le tour du monde des plus belles destinations de ski avec mon frère et mon meilleur ami (un ancien de l’EM-Lyon !) car nous sommes tous 3 fans de ce sport. Plutôt original comme début de carrière, ce tour du monde de ski n’en fût pas moins très enrichissant et bénéfique. Par la suite je quitte la France pour aller au Danemark et me rapprocher de ma famille. C’est là-bas que je lance ma première aventure entrepreneuriale dans une entreprise de sourcing et de trading entre la Chine et l’Afrique. Cette expérience me pousse à partir à Hong Kong pendant 4 à 5 ans pour développer cette entreprise que j’aurais menée pendant 15 ans et revendue en 2014. Après cette première aventure entrepreneuriale je décide de suivre ma femme en Suisse, dans le cadre de sa carrière de diplomate. J’ai alors l’opportunité de reprendre une ancienne startup suisse qui battait de l’aile pour mettre en œuvre un redressement pendant 4 ans. Cette entreprise était l’un des premiers « spin-off » de l’incubateur de l’EPFL (l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne) et l’un des pionniers dans l’IoT (Internet of Things) à ce moment-là. Finalement après cette mission en Suisse, nous retournons au Danemark et c’est à cet instant que mes amis, cofondateurs d’EcoTree, me propose de les rejoindre. Je suivais déjà leurs exploits depuis 2016 et ce fût pour moi un plaisir et une évidence de les rejoindre !



Pouvez-vous nous en dire plus sur EcoTree ?

EcoTree, c’est un modèle nouveau, je dirais même révolutionnaire, qui permet à chacun, particulier comme entreprise, de devenir propriétaire d’arbres. Nous voulons proposer un modèle durable, différent des services classiques, qui serait bénéfique à nos clients de 2 façons.

  • 1) Un bénéfice environnemental : en devenant propriétaire d’un ou plusieurs arbres, nos clients participent à la reforestation et donc à la séquestration du C02 et à la préservation de la biodiversité. Nous tenons à préciser qu’avec EcoTree, nous plantons différentes espèces d’arbres, pas de monoculture !
  • 2) Un bénéfice financier: quand l’arbre arrive à maturité et au moment de l’éclairci, la coupe sélective de l’arbre, le bois sera revendu à une scierie et l’investisseur récupère 100% du produit de la coupe. Cela permet alors de doubler voire tripler le montant investi initialement.

Bien évidemment, en investissant chez EcoTree, en devenant propriétaires d’arbres, le but premier est tout d’abord environnemental. A chaque arbre coupé et vendu, nous en replantons des nouveaux. Notre but premier est la reforestation même si nous cherchons à créer un « incentive financier » pour susciter le maximum d’engagement des acteurs privés, particuliers comme entreprises.  Le modèle d’EcoTree s’est en fait inspirée du modèle scandinave de recyclage de bouteilles et de cannettes usagées. Pour chaque pièce recyclée, le particulier perçoit quelques centimes. Il est donc incité à recycler. La preuve, nous avons constaté que 90% des bouteilles étaient recyclées en Scandinavie contre 50% en France. Nous voulons donc soutenir ce mouvement « d’écologie positive » en proposant un modèle innovant similaire, adapté à la plantation d’arbres !



Quant à vous, quel est votre rôle chez EcoTree ?

Mon rôle se situe en dehors du marché français, notre première cible étant la Scandinavie, le Benelux et le Royaume-Uni, je dois faire en sorte de développer notre activité sur ces marchés. Par la suite, nous aimerions nous étendre dans le reste de l’Europe et aux Etats-Unis et je dois donc aussi rentrer en contact avec ces marchés. Nous avons notamment constaté qu’au départ, nous étions surtout populaires en BtoC et grâce à nos parutions dans les médias nous avons pu gagner en notoriété et proposer des offres en BtoB. Aujourd’hui l’offre EcoTree tend vers davantage de BtoB, mais nous prévoyons d’adresser les 2 segments conjointement dans notre approche de nouveaux marchés.

 

EcoTree c’est actuellement 100% de croissance (waouh !) : comment expliquer ce succès ? Comment le maintenir ? Quel travail cela représente ?

Je pense sincèrement que notre hyper croissance est due à notre modèle unique. En seulement quelques clics, on peut à la fois faire une bonne action et avoir un retour sur investissement. C’est donc à la fois attractif pour les particuliers et les entreprises qui peuvent soutenir leurs forêts locales et investir sans voir un coût apparaître dans leur compte de résultat. Evidemment cela a demandé énormément de travail et d’énergie pour mettre en place la création du modèle et pour améliorer notre site web. Aujourd’hui il est donc possible sur le site de voir l’impact carbone et économique de ses propres arbres, observer la forêt en direct via des caméras avec « forest view », voir l’évolution concrète dans le temps des forêts avec une caméra « Timelapse », … Il a fallu nous améliorer conjointement dans les domaines financiers, juridiques, techniques, mais notre travail a été reconnu car nous sommes aujourd’hui labélisés FSC, B Corp, validés par des experts forestiers, et nous sommes inscrits à l’AMF (Autorité des Marchés Financiers).

 

Vous avez récemment été labelisés B Corp justement, un label difficile à obtenir, que faut-il pour devenir B Corp ? Que cela représente pour vous ?

Effectivement le label B Corp est assez exigeant car il ne se concentre pas uniquement sur un seul aspect RSE mais bien sur une panoplie à 360° de critères. Même si EcoTree a toujours été engagée nous avons dû, nous aussi, faire de profonds changements. Un label très exigeant mais que nous sommes très contents d’avoir car il souligne nos efforts.

 

Si vous poursuivez dans cette lancée, et on vous le souhaite, EcoTree devrait passer de la startup au grand groupe. Quels changements cela impliquerait pour EcoTree ? Pensez-vous qu’il est possible de maintenir un engagement environnemental aussi fort en tant que grand groupe ?

Je n’ai aucun doute à ce que nous conservions notre proposition de valeur. EcoTree veut œuvrer pour la protection environnementale et il est impossible que cela change. Là où les obstacles risquent d’être plus compliqués, c’est plutôt pour maintenir l’attraction commerciale, puis, d’un point de vue international, toutes les questions relatives aux domaines légal et financier. Chaque pays ayant des systèmes financier et juridique différents, nous devrons adapter notre modèle en fonction de ces derniers. 

 

En tant que directeur international, quelles sont vos relations avec les fondateurs ? Pensez-vous que de bonnes relations entre directeur et fondateur sont importantes pour une entreprise ?

Pour moi la relation entre associés est essentielle et détermine la réussite d’un projet. Durant mes deux projets d’entreprise réalisés par le passé, j’étais seul à diriger. Chez EcoTree, nous avons un système collégial qui offre une bonne communication et coordination. Nous sommes tous très complémentaires, aussi bien à travers nos compétences et nos personnalités, ce qui est source d’interactions naturelles et de force pour la startup. Je pense donc qu’il est primordial de bien choisir les personnes avec qui l’on souhaite travailler.

 

Des conseils pour les étudiants ?

J’aurais principalement deux conseils. Le premier, c’est de ne pas avoir peur de l’échec en tant qu’entrepreneur. Quand on parle d’entrepreneur on a souvent en tête Steve Jobs, Elon Musk qui ont cette assurance qui donne l’impression qu’ils savent exactement où ils vont. En réalité, je pense que 99% des entrepreneurs doutent. Un de mes mentors m’a dit un jour que la qualité d’un bon entrepreneur est « d’avoir la capacité de rebondir d’un échec à un autre avec un enthousiasme intact ». Il faut donc apprendre de ses échecs. Le second, serait bien évidemment d’être « riche » académiquement, mais de ne pas oublier de voyager, d’apprendre sur le terrain, d’apprendre des autres, et sortir parfois du cadre purement scolaire. Adopter une attitude « school smart », mais aussi « street smart ».

 

On remercie chaleureusement Thomas Norman Canguilhem pour le temps qu’il nous a accordé !