Maxime Durand, co-fondateur de la startup BioDemain

 Maxime Durand, co-fondateur de la startup BioDemain

Maxime Durand et Stéphane Delebassé, Biodemain

Maxime Durand et Stéphane Delebassé sont fondateurs de la startup BioDemain. Vous en avez sans doute entendu parler sur M6 dans Qui veut être mon associé. C’est dans cette émission qu’Anthony Bourbon est entré au capital de BioDemain. Découvrez l’interview exclusive de Maxime Durand pour Planète Grandes Ecoles.

 

Bonjour Maxime Durand. Tu es co-fondateur de BioDemain. Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Maxime Durand et je suis co-fondateur de BioDemain. J’ai fait l’ITEM à Lille, un double diplôme entre l’école de commerce Skema et l’école d’ingénieur Centrale. J’ai toujours été intéressé par le développement durable. J’ai eu l’idée de la startup BioDemain en voyant en avant-première le film Demain en 2015. C’était le premier film du genre que je voyais. Le film met en avant qu’il y a un gros problème écologique – ça, je le savais déjà – et qu’il est possible de trouver des solutions. Or, nous, en tant que personnes culturellement aisées, nous avons le devoir de nous mobiliser pour trouver des solutions.

A la suite de ce film, je suis parti en année de césure pendant deux ans pour réaliser quatre stages de six mois, notamment un dans une ONG philippine dans laquelle j’ai accompagné une entreprise sociale. J’ai aussi fait du coaching à Paris en entreprise sociale. Ensuite, je suis parti à Toulouse travailler dans les biomatériaux. J’ai fini par monter la filiale France d’une startup néerlandaise qui fait des solutions zéro déchets pour les festivals. Je me suis donc beaucoup investi dans le social et l’environnement.

En revenant en cours, j’ai voulu monter mon entreprise sociale. Avec Stéphane, un ami d’école, nous faisions beaucoup de projets ensemble au niveaux associatif et personnel. Nous nous sommes vite rendu compte qu’il était intéressant de monter une entreprise ensemble. Cela nous a fait réfléchir pendant l’été 2018 à ce que l’on voulait mettre en place. Au même moment, mon grand-oncle André, agriculteur en Bretagne, a voulu passer au bio et a malheureusement échoué. Cela a été le déclic. Nous avons compris que l’agriculture durable était un enjeu considérable et qu’il était très compliqué pour les agriculteurs de l’adopter. C’est ainsi que nous avons créé BioDemain.

 

Peux-tu pitcher BioDemain ?

BioDemain est une marque éthique qui aide les agriculteurs à passer au bio. On les accompagne pendant la période difficile de conversion biologique de deux à trois ans entre le non bio et le bio. En effet, l’agriculteur doit déjà cultiver biologiquement avant de recevoir le label pendant une durée légale. C’est très compliqué pendant cette période pour l’agriculteur car il a tous les coûts du bio sans la possibilité de vendre ses produits plus chers. Nous achetons donc ces produits au prix bio et nous les valorisons auprès du consommateur final en expliquant que ce n’est pas encore bio (c’est inscrit en gros sur notre étiquetage) mais que derrière ce produit, il y a un agriculteur qui fait bien les choses et qu’il faut l’encourager dans sa démarche.

Concrètement, nous avons des produits de tous les jours comme des jus de fruits, de la farine ou du miel. Nous rémunérons donc justement les producteurs. Nous avons eu l’idée en août 2018. La première commercialisation avec la marque que l’on connaît aujourd’hui a eu lieu en septembre 2019.

 

Est-ce qu’avoir le même cursus scolaire que ton associé a été une force ou une faiblesse ?

Nous avons fait les mêmes études mais nous n’avons pas le même profil. L’ITEM est un cursus hybride ; j’ai toujours été davantage du côté commerce et Stéphane du côté ingénieur. Même si nous avons fait les mêmes études, nous n’avons pas fait les mêmes stages. De plus, nous n’avons pas le même caractère et les mêmes envies. C’est plutôt cela qui est important.

Je suis très content de la manière dont cela se passe car nous avons un socle commun qui fait que nous nous comprenons très bien. Nous avons les mêmes manières de raisonner. Pour autant, nous n’avons pas les mêmes envies et nous ne nous sommes jamais disputés pour nous répartir les tâches. Tout se fait extrêmement naturellement. Notre amitié fait que nous nous connaissons très bien et nous permet de nous dire les choses simplement. Nos caractères complémentaires sont très intéressants : Stéphane est très calme alors que je suis très dynamique. Cela équilibre bien le binôme et l’entreprise au global. On trouve toujours des solutions aux problématiques que l’on peut avoir.

 

Recommandes-tu l’entrepreneuriat en parallèle des études ?

Je pense que j’aurais pu monter mon entreprise pendant les études ou le faire après. Initialement, je pensais le faire après les études. Il s’est ensuite avéré que nous avions du temps à côté des cours et nous ne voulions pas passer une année vide. Quand on est en école, l’aspect festif peut rapidement occuper toutes les journées. Travailler ses cours comme un fou est aussi une option. Nous ne voyions pas l’intérêt ni d’être major de promo, ni de sortir tous les soirs. Nous avons donc décidé de monter un projet. Si cela marchait, tant mieux, sinon, nous nous serions de toute façon amusé. Nous avions une forte envie de monter quelque chose mais nous n’avions pas cette sensation que tout était fini pour nous si le projet échouait. Même en cas d’échec, nous aurions commencé à aider les gens et cela aurait été déjà cela de pris.

Au fur et à mesure, nous nous impliquions de plus en plus dans l’entreprise. Nous commencions à nous donner à fond. Une fois que l’on est dedans et que l’on s’est engagés auprès de gens, qu’on commence à avoir des premiers partenaires, on ne peut pas arrêter brutalement. Nous avons donc continué à nous investir. La cause sociale que nous défendions nous passionnait. Ainsi, c’était une grande motivation pour concrétiser le projet et faire en sorte qu’il perdure.

 

Qu’est-ce qui amène le projet d’un étudiant qui a débuté fin 2019 à se retrouver sur le plateau de M6 de Qui veut être mon associé fin 2021 ?

Passer sur M6 n’est pas une gloire en soi car il y a des entrepreneurs géniaux qui ne passeront jamais sur M6 et des entrepreneurs moins talentueux qui sont tout de même passés dans l’émission. M6 prend soit des projets qui vont plaire au grand public, soit des entrepreneurs qui vont à coup sûr se faire critiquer par les investisseurs. Ils ne prennent que des projets qui peuvent faire du spectacle.

Passer sur M6 est un coup de projecteur immense pour BioDemain. C’est surtout cela qu’il faut retenir. Nous ne venions pas pour la partie investissement car nous étions déjà en train de lever des fonds et nous avions tout ce qu’il nous fallait. C’était plutôt du bonus si quelqu’un arrivait en plus. Pour de nombreuses entreprises de l’émission, même quand un deal se conclut sur le plateau, cela ne se concrétise pas toujours après. Sur trois investisseurs qui voulaient rentrer dans notre capital, nous en avons refusé deux et il n’y a qu’Anthony Bourbon qui est vraiment rentré au capital. Pour la plupart des startups, il ne se passe rien ou pas grand-chose. C’est surtout la visibilité donnée par M6 qui est intéressante.

C’est impressionnant de pitcher devant ces investisseurs tout en sachant que l’on est filmés en continu. On passe devant deux millions de français : il y avait un réel enjeu. On a eu de la chance car cela s’est bien passé. Notre passage a donné une bonne image du projet. Certains se sont fait critiqués de manière virulente ; c’était moins drôle pour eux. C’était pour nous une expérience enrichissante bien qu’un peu stressante.

 

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Était-ce votre première expérience médiatique ?

Nous avons eu d’autres opportunités médiatiques. Toutefois, en tant qu’entrepreneurs français, il n’y a pas de meilleure visibilité que cette émission en ce moment. C’est celle où l’on peut rester le plus longtemps à l’antenne devant une audience aussi large. Nous avions déjà été interviewé par BFM TV, TF1, France 5… Cela n’avait pourtant rien à voir.

 

Est-ce que tu as ressenti qu’il y avait un avant et un après le passage sur M6 pour BioDemain ?

Il est encore trop tôt pour constater une transformation durable. Nous avons néanmoins ressenti un vrai coup de boost en termes de messages et mails reçus. Nous en avons reçus des milliers. Personnellement, j’ai passé au moins une journée entière à répondre. Deux personnes à temps plein ont aussi répondu pendant trois jours sans arrêt. Nous n’avons pas encore quintuplé notre chiffre d’affaires mais le pic de notoriété est nettement visible.

 

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Penses-tu que la France aide et accompagne correctement les entreprises sociales aujourd’hui ?

Je pense qu’il y a beaucoup de bienveillance à l’égard des entrepreneurs sociaux en France. Nous n’aurions sans doute pas eu le même accueil si nous n’avions pas eu de but social et environnemental. Nous avons la chance d’avoir beaucoup de supports, tant au niveau local que national. Je pense que c’est lié à la mission derrière notre business. C’est très important car pour lancer un projet, on a énormément besoin des autres. Notre mission sociale aide beaucoup à développer notre réseau professionnel.

En termes d’accompagnement, il y a quelques concours de startups sociales mais ce n’est pas énorme. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait une grosse différence entre les startups sociales et classiques en termes d’accompagnement en France. Il y a quelques incubateurs qui sont purement sociaux mais il y en a aussi des purement tech ou encore agro.

En revanche, l’aspect social est ce qui motive à se lever tous les matins, ce qui donne l’énergie d’aller contre vents et marées. C’est primordial.

 

BioDemain est-elle accompagnée par d’autres acteurs que votre nouveau business angel Anthony Bourbon ?

Anthony Bourbon est l’un de nos business angels ; nous en avons d’autres qui nous conseillent. Nous avons aussi des coachs. Auparavant, nous sommes passés par plusieurs structures. Nous avons commencé par Pépite Hauts de France, le réseau des étudiants entrepreneurs. C’était un accompagnement de qualité. Nous sommes ensuite passés par Evident, un incubateur d’entreprises sociales basé à Lille. C’est l’équivalent d’Antropia à Paris et Ronalpia à Lyon. Ensuite, nous avons intégré Euralimentaire qui est l’incubateur agro de Lille. Depuis que l’on en est sorti en mars dernier, ce sont plutôt nos business angles et investisseurs qui assurent la majorité de notre accompagnement aujourd’hui.

 

Parmi ces trois années avec BioDemain, as-tu connu un moment particulièrement difficile ?

Il y a eu beaucoup de nombreux moments difficiles. On a failli fermer l’entreprise pour des raisons financières. Pendant le premier confinement, du jour au lendemain, nos commandes ont explosé. C’était une très bonne nouvelle. Nous avions commencé à livrer et nous étions très contents. Cependant, personne ne nous payait. Les magasins n’avaient pas le temps de nous payer et profitaient de la situation pour se faire une trésorerie importante. Pendant un mois, on nous demandait beaucoup de marchandises donc nous devions acheter beaucoup sans être payé en retour.  Au 1er avril, nous nous sommes retrouvés avec 50 € sur le compte de l’entreprise, 30 sur celui de Stéphane et autant sur le mien. Nous commencions le mois, avant même d’avoir payé le loyer, en étant complètement à sec.

Pendant deux mois, nous avons gratté partout. Nous relancions les clients sans savoir si allions pouvoir continuer. Finalement, nous avons obtenu deux prêts d’honneur coup sur coup qui nous ont permis de remettre de l’argent dans l’entreprise et de repartir. Cette période a été très complexe. Heureusement, après le confinement, nos clients nous ont repayé normalement.

 

As-tu une belle anecdote à nous raconter dans ton aventure BioDemain ?

Nous avons fêté les trois ans de création de l’entreprise en novembre 2021. La première année, nous ne l’avions pas fêté avec Stéphane. La deuxième année, nous avions soufflé une bougie sur l’une des pommes que l’on vendait. Lors du troisième anniversaire, nous étions dix-huit ans l’entreprise. Nous avions bien évolué en un an. Nos salariés nous ont préparé un super gâteau avec le logo de BioDemain dessiné dessus et ils ont tous chanté. C’était très touchant. Le contraste était fort par rapport à l’année dernière.

 

Quelles sont vos perspectives d’évolution ?

Il y a un gros enjeu de croissance. Nous avons fait un bon démarrage mais nous en sommes encore au tout début. Ce qui est important pour nous est de changer d’échelle. Nous avons décuplé nos chiffres par rapport à l’année dernière. Il va falloir les quintupler voire les sextupler cette année pour atteindre nos objectifs. Nous avons su structurer convenablement l’entreprise et recruter, ce qui est capital avec de tels enjeux. Nous souhaitons continuer dans cette lancée.

Par ailleurs, nous avons commencé une activité internationale en Belgique il y a quelques semaines. C’était un premier test et nous réfléchissons à la suite. En effet, nos problématiques sociales et environnementales sont européennes. Nous avons la possibilité de changer les choses au niveau global. Ainsi, nous étudions quels pays aborder en premier, ce que l’on peut y faire, si la Belgique fonctionne… Notre objectif principal demeure toutefois de quintupler notre activité sur le marché français.

 

Recrutez-vous chez BioDemain ?

Tout à fait, nous avons des offres de stage et alternance ouvertes pour commencer en septembre 2022 en tant que chef de secteur commercial ou ingénieur qualité. N’hésitez pas à postuler dans l’espace recrutement de notre site web.

 

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As-tu un conseil à donner à des jeunes qui souhaitent entreprendre ?

Je crois que la pire bêtise est de ne pas se lancer. Il faut se tromper, tenter, tester. La pire erreur de beaucoup d’entrepreneurs est de ne pas oser, penser que c’est trop compliqué. En réalité, c’est faisable. La preuve est que deux étudiants ont réussi à le faire. Il ne faut pas se mettre de barrières.

Une fois que l’on a décidé de se lancer, il faut aller sur le terrain. L’erreur que beaucoup font est ce que j’appelle la masturbation mentale. Cela consiste à faire des business plans et des projections financières énormes pour finalement ne rien faire de concret. S’enfermer dans une idée, un concept et des projections sans aller sur le terrain ne permet pas d’avancer. Faire cela revient à faire couler l’entreprise avant même sa création.

 

Merci Maxime Durand de nous avoir parlé de BioDemain et bon courage pour la suite !

 

Etudiant à Neoma (Rouen) après 2 ans de prépa au lycée Pierre de Fermat (Toulouse).