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- Ludivine Challier
- 18 décembre 2025
Laurène Domange, fondatrice du Studio Terre Blanche
Laurène Domange, fondatrice du Studio Terre Blanche, revient sur son parcours entrepreneurial. Son atelier parisien se spécialise dans la restauration et la vente de robes de mariée vintage, et son expérience inspire de nombreux jeunes, notamment de futures entrepreneures, à se lancer après leurs études.
Pour commencer, pouvez-vous nous présenter brièvement qui vous êtes et ce qu’est le Studio Terre Blanche ?
Je m’appelle Laurène, j’ai 33 ans et j’ai créé mon entreprise il y a 4 ans. Studio Terre Blanche, c’est un studio de robes de mariée vintage. Nous chinons puis restaurons des robes de mariée d’exception allant des années 1920 aux années 1990 afin d’offrir aux mariées des robes uniques et chargées d’histoire.
Avant de créer votre entreprise, quel a été votre parcours ? Avez-vous toujours su que vous vouliez entreprendre, ou est-ce une envie qui s’est imposée plus tard ?
Je suis diplômée de l’ESCP et j’ai toujours rêvé de créer une entreprise (voire plusieurs !). Après l’obtention de mon diplôme, l’envie d’entreprendre était présente mais je ne me sentais pas capable de le faire, je ne me sentais pas légitime et je ne savais pas par quel angle prendre ce sujet. J’avais plein d’idées mais rien qui m’inspirait vraiment. J’ai donc décidé de rejoindre un grand groupe dans la santé en CDI et j’y suis restée 5 ans.
Y a-t-il eu un moment précis où vous vous êtes dit : « C’est maintenant, je me lance » ?
Après 5 ans dans cette entreprise, j’ai pu apprendre plein de choses, être confrontée à des cas business complexes. Je me sentais beaucoup plus légitime et l’envie d’entreprendre est revenue de manière très forte. Je me souviens très bien du moment où je me suis dit que je me lançais, c’était un soir au moment du couvre-feu pendant l’épidémie de COVID.
Après 7 heures à enchaîner les visios je me suis dit que j’aspirais à un travail avec davantage de concret. L’idée est née naturellement car je venais de perdre ma grand-mère et j’avais récupéré toutes ses robes de cocktail et de soirée. Les tissus étaient magnifiques et les coupes intemporelles. Au même moment, la petite-fille de la reine d’Angleterre, la princesse Béatrice d’York, se mariait dans une robe appartenant à sa grand-mère, Studio Terre Blanche était né.
Beaucoup d’étudiants rêvent d’entreprendre mais redoutent de se lancer sans expérience. Comment avez-vous fait vos premiers pas ?
Très simplement, un pas après l’autre. J’ai commencé par imprimer des affiches et les coller dans des pressings du 16ème arrondissement de Paris pour récupérer des robes. Au bout d’un mois, j’avais 30 robes. J’avais donc une idée et un stock il ne me restait plus qu’à les vendre. Pour cela j’ai organisé un shooting, créé un compte Instagram et un site internet et mon entreprise était fonctionnelle.
Quelles ont été les plus grandes surprises ou désillusions dans la phase de création — ce que vous aviez imaginé vs la réalité ?
Très vite je me suis rendue compte que cela n’était pas aussi simple que ce que je décris au-dessus. Pour pouvoir vendre des robes de mariée, il faut pouvoir proposer un service d’exception. J’ai donc dû m’entourer des meilleurs artisans afin de pouvoir convaincre une clientèle.
Je n’avais pas non plus imaginé à quel point la communication et les réseaux sociaux avaient un tel pouvoir et que c’était une compétence à maîtriser absolument.
Avec le recul, qu’auriez-vous aimé savoir avant de démarrer ?
Je pense que je suis heureuse de ne pas avoir tout su avant de me lancer, je me serais découragée. L’élan des premiers instants est vraiment une force car il permet de déplacer des montagnes et de convaincre ses premiers clients même si ensuite l’exécution n’est pas parfaite.
L’entrepreneuriat est souvent une succession de hauts et de bas. Quels ont été, pour vous, les moments les plus difficiles à traverser ?
La quête de la bonne couturière a été difficile car vendre une robe vintage est possible mais il faut pouvoir la retoucher et c’est cela qui est le plus délicat. Une fois trouvée je dirai que les choses ont été plus faciles car je sais exactement ce que je peux proposer et offrir.
Le plus dur serait peut-être la gestion des retouches avec les clientes qui sont très exigeantes pour ce jour si important.
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Et à l’inverse, quels ont été les moments où vous vous êtes dit : « Oui, j’ai bien fait de me lancer » ?
Cela m’arrive à chaque publication dans la presse ou bien à la suite d’un mariage quand les mariées prennent le temps de nous envoyer un mot et quelques photos. Il n’y a pas de meilleure gratification.
Comment gérez-vous aujourd’hui votre charge mentale entre la partie créative, la gestion, les clientes et le développement ?
Je suis entourée ! Une fois que la partie technique couture est assurée par des artisans très qualifiés, la charge mentale diminue car j’ai la certitude que quoi qu’il arrive, le résultat final sera parfait.
Ensuite je fais appel à des stagiaires et des freelance pour la partie créative et communication. Leur vision fraîche de l’entreprise m’inspire énormément ! La majeure partie de mon temps est consacrée aux clientes ce qui reste après tout la partie la plus importante.
Vous avez eu votre enfant en parallèle de votre aventure entrepreneuriale. Comment avez-vous vécu votre grossesse en tant que cheffe d’entreprise ?
C’était un moment assez stressant car mon accouchement était prévu au mois d’avril qui est la période où nous devons livrer toutes nos robes de mariée. Pour cela je me suis donc organisée de manière un peu militaire afin que nous ayons livré le maximum de robes avant.
J’ai eu beaucoup de chance d’avoir une adorable petite fille qui a dormi assez rapidement donc j’ai pu reprendre le travail rapidement. Mais pour être honnête, entrepreneuriat et maternité n’est vraiment pas une situation aisée et je souhaite vraiment à d’autres entrepreneures d’être davantage entourées pour pouvoir faire une véritable pause.
Et après la naissance, comment avez-vous trouvé votre équilibre entre votre rôle de mère et votre rôle de fondatrice ?
Le fait d’être mère permet aussi de prendre du recul sur les situations et de relativiser. Ce qui me semblait être une montagne auparavant est aujourd’hui une situation comme une autre. Enfin, l’avantage d’être entrepreneure est aussi que je peux adapter un peu mes horaires pour être présente pour ma petite fille.
Beaucoup de jeunes femmes craignent que maternité et entrepreneuriat soient
incompatibles. Qu’aimeriez-vous leur dire ?
Je dirais qu’après le congé maternité c’est la même chose que le salariat ! Compatible mais pas facile.
Le Studio Terre Blanche incarne une démarche très forte autour de la mode durable et du patrimoine textile. Quelles valeurs souhaitez-vous transmettre à travers votre marque ?
Tout notre travail a pour but de mettre en avant la transmission et le savoir-faire. Une transmission d’un patrimoine textile, une transmission d’histoires mais également une transmission de savoir-faire. Tout cela cohabite avec le savoir-faire que nous avons développé pour restaurer et retoucher ces robes afin qu’elles puissent reprendre vie pour un nouveau mariage.
Comment conciliez-vous votre volonté d’authenticité avec les impératifs économiques d’une jeune entreprise ? Quelles difficultés propres à votre concept rencontrez-vous?
Les difficultés sont essentiellement liées aux coûts fixes. Pour pouvoir proposer un service d’exception nous devons avoir un local et un atelier de couture. Enfin le principal poste de coût est lié à la couture.
Quels sont, selon vous, les atouts du vintage et du “slow mariage” dans un secteur souvent dominé par la production industrielle ?
Nous proposons quelque chose de vraiment différent par rapport à tout ce qui peut être fait par nos concurrents. Des robes uniques, dans des tissus d’exception et un véritable savoir-faire artisanal. Tout le monde n’est pas sensible à cela mais de plus en plus de mariées sont à la recherche d’une robe qui porte un sens très grand et en accord avec leurs valeurs.
Si vous deviez résumer en quelques mots ce que l’entrepreneuriat vous a appris sur vous-même, que diriez-vous ?
Je me suis rendue compte que j’étais bien plus persévérante que je ne pensais. Mais mon plus grand apprentissage a été en relation humaine, la gestion des clientes et de leurs demandes et exigences a été une très grande école. L’effet d’apprentissage est aussi vraiment fantastique, on apprend énormément sur le tas en étant entrepreneur !
Quels conseils donneriez-vous à une jeune femme qui hésite à créer son propre projet ?
Foncez ! Si l’envie et la passion sont là, alors surtout n’hésitez pas ! Entreprendre est une aventure fantastique avec beaucoup de hauts et quelques bas mais comme toute aventure humaine. Vous apprendrez énormément de choses sur vous et cela sera toujours un atout dans votre carrière.
Enfin, quelles sont vos ambitions pour les prochaines années du Studio Terre Blanche ? Expansion, collaborations, nouveaux projets ?
Beaucoup d’idées qui fourmillent depuis que nous avons atteint la rentabilité. J’aimerais tout d’abord agrandir notre local et atelier de couture pour pouvoir prendre davantage de commandes. Le grand challenge actuel est de cibler une clientèle étrangère et de développer davantage la partie haute couture. Enfin, je cherche à nous référencer auprès d’un grand magasin parisien pour toute notre collection mariage civil.
Merci Laurène pour ce témoignage sincère et inspirant. Avant de conclure, quel message aimeriez-vous adresser à nos lecteurs et lectrices, particulièrement à celles qui doutent encore de leur légitimité à entreprendre ?
Personne n’est plus légitime que vous si vous êtes passionné ! N’ayez pas peur car cette expérience vous fera grandir de manière exponentielle.