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- EMLYON ENTREPRENEURIAT INTERVIEWS
- Noely Delabia
- 9 octobre 2025
Interview de Sarine Élodie Chau, fondatrice de SAVOTEY
Entre la France et le Cambodge, Sarine Élodie Chau incarne une nouvelle génération d’entrepreneures pour qui le luxe rime avec impact. Étudiante à emlyon business school, elle fonde SAVOTEY, une Maison socio-luxe qui célèbre la résilience féminine à travers des foulards-rubans en fibres de lotus et de soie.
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Bonjour Sarine, peux-tu te présenter ?
Bonjour ! Oui, je suis Sarine, j’ai 26 ans et je serai bientôt diplômée (le Jury de diplôme se tiendra le vendredi 10 octobre 2025) du Master in Management du Programme Grande École de l’emlyon business school. Je porte actuellement le projet SAVOTEY, qui consiste en la création de foulards-rubans en fibres de lotus et de soie.
Peux-tu nous raconter comment est née l’idée de créer la Maison SAVOTEY, et en quoi l’histoire de ta maman a été le point de départ de ton projet ?
La Maison SAVOTEY s’est en réalité façonnée au fil de mes expériences et de mes rencontres. Mais l’idée est survenue pour la première fois pendant le confinement lié à la pandémie de la Covid-19. Je souhaitais renouer avec mes origines khmères et comprendre mon héritage.
C’est à partir de là qu’est née ma vocation de créer une entreprise à impact social et solidaire et de lier mes deux cultures, française et cambodgienne, à travers notre savoir-faire dans le textile. À la fin de cette période, en parallèle de la préparation aux concours AST2 (Admission sur Titre en 2e année de Grande École), j’ai travaillé dans la vente, rencontré des femmes aux histoires de résilience et mené un long travail d’introspection. Dès lors, je désirais rendre confiantes toutes les femmes, de manière à inspirer, célébrer et agir pour l’empowerment féminin.
Ainsi, le chemin que j’ai parcouru dans la construction de SAVOTEY ressemble à une pyramide : je suis partie de la racine, en bas, pour atteindre ce qu’on appelle, en termes de chakras, la couronne, c’est-à-dire le sommet. À ce sommet se trouvent l’histoire de ma mère et la mienne. Ma mère, enfant, a été témoin des atrocités de la Guerre au Cambodge. Les Khmers Rouges n’ont pas épargné sa famille. Elle a perdu sa petite sœur … Pourtant, elle n’a jamais perdu cet espoir qui lui a permis de survivre. Cette force, elle me l’a transmise pour surmonter les défis quotidiens liés à mon handicap invisible. C’est pourquoi j’ai choisi de dédier mon projet à ma mère en lui rendant hommage à travers son prénom, Savotey, qui est une femme à la fois généreuse et audacieuse.
Ton parcours est marqué par la résilience, aussi bien personnelle que familiale. Comment ces épreuves t’ont-elles forgée en tant qu’entrepreneure ?
Quand j’étais enfant, ce n’était pas facile, car je n’avais pas conscience de mon handicap. Je ne comprenais pas pourquoi j’étais différente et je n’avais aucun contrôle sur la situation : tout m’échappait. Ce n’est qu’au collège que j’ai appris que j’étais malentendante. Mais ce qui aurait pu être perçu comme une faiblesse, je l’ai instinctivement transformé en force.
Je n’assumais pas forcément mon handicap (je sais que de nombreux Français le cachent, par peur d’être perçus comme différents), mais j’ai appris à considérer cette différence comme ma singularité.
Je ne dirais pas que toutes ces épreuves m’ont changée : j’ai toujours été telle que je suis, à la fois volontaire et sensible. Cette volonté d’avoir un impact positif sur la société a toujours été en moi. Je pense néanmoins que cette résilience a affiné ma sensibilité. Cette intuition, lorsqu’elle est bien développée, m’aide énormément dans l’entrepreneuriat : elle me permet de rencontrer les bonnes personnes et de comprendre les besoins de nos clientes.
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Tu es encore étudiante et pourtant, tu as déjà lancé une marque de luxe responsable. Quels sont les défis les plus marquants à concilier études et entrepreneuriat ?
J’ai concrétisé mon projet SAVOTEY, anciennement nommé Lotus Génération puis Ta Loas, grâce au cours ADN de l’emlyon business school : le Makers’ Project. C’est aussi parce que l’école est particulièrement tournée vers l’entrepreneuriat que j’ai pu concilier études et création d’entreprise.
Chaque cours contribuait au développement d’une stratégie pour SAVOTEY. Ainsi, j’appliquais systématiquement tous les enseignements de manière concrète à mon projet.
En revanche, il est vrai que je n’ai pas réussi à m’impliquer dans la vie associative de l’école. Cela dit, ayant déjà vécu une vie étudiante riche à l’université, j’ai pu passer outre. Toutefois, les associations restent de véritables terrains d’expérimentation, d’apprentissage et de rencontres.
Je n’ai pas réellement lancé la Maison SAVOTEY pendant mes études : je l’ai plutôt concrétisée, développée et affinée, avec un lancement officiel prévu pour le printemps 2026. Cette approche m’a permis de tout concilier sans pression supplémentaire. Et c’est ce que je conseille : que vous soyez en études ou en CDI, commencez petit à petit. Par exemple, consacrez une heure chaque jour à votre projet afin de poser des bases solides et durables avant de vous lancer.
Pourquoi avoir choisi le lotus et la soie comme matières premières, et quelle symbolique personnelle y associes-tu ?
C’est ma mère, Savotey, qui m’a fait découvrir le lotus. Cette plante aquatique pousse naturellement dans des eaux boueuses et s’épanouit en une fleur magnifique. Elle symbolise l’espoir, la résilience et la croissance personnelle. À travers cette fleur sacrée, ma mère a voulu me transmettre son histoire : peu importe les défis, nous pouvons les surmonter et trouver la lumière.
Nous avons ensuite voyagé ensemble à Battambang, au Cambodge. J’y ai rencontré sa famille et découvert des champs de lotus ainsi que leurs artisans. Les Khmers récoltent déjà les plantes de lotus pour leurs fleurs, offertes en offrande, leurs graines comestibles, leurs feuilles hydrofuges, etc. Quant à nous, nous utilisons les fibres contenues dans la tige pour en faire des fils.
Ces fils de lotus, combinés à de la soie, sont tissés à la main selon le savoir-faire traditionnel khmer. Nous avons choisi le lotus pour sa rareté, son symbolisme et son impact social. Nous sommes également convaincus qu’il représente une alternative à la fois noble et durable dans le textile.
Nous le combinons avec de la soie pour renforcer la résistance du tissu. Celle-ci se trouve à l’intérieur du tissage et n’est pas forcément visible, ni à l’œil nu ni au toucher.
Le lotus est une matière singulière, dont les subtiles irrégularités reflètent la nature et le fait main. Son effet mat et brut étonne, et ses propriétés sont nombreuses : une matière infroissable et antibactérienne, qui absorbe la transpiration et les odeurs, tout en restant respirante.
SAVOTEY se définit comme une Maison socio-luxe. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Pour moi, une Maison socio-luxe est une entreprise à impact social et solidaire, où l’humain se place au cœur de chacun de nos engagements. Nous œuvrons également pour un impact positif sur l’environnement. Selon moi, le véritable luxe réside dans le fait main, la rareté et l’authenticité.
Mais ce qui nous importe avant tout, c’est l’humain derrière notre savoir-faire d’excellence. C’est lui que nous souhaitons mettre en lumière.
Dans cette vision, nous avons décidé d’aller plus loin en créant, à long terme, la fondation SAVOTEY, dont la mission sera de former les artisans à notre savoir-faire, de créer des emplois, de scolariser les enfants et d’encourager l’émancipation des femmes.
Nous valorisons aussi bien l’artisanat khmer que l’artisanat lyonnais, deux traditions qui se rejoignent.
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Tu combines l’artisanat ancestral khmer et le savoir-faire lyonnais. Comment parviens-tu à combiner deux cultures si différentes ?
La récolte des plantes de lotus, l’extraction des fibres, le filage et le tissage sont des étapes entièrement réalisées à la main au Cambodge. Le tissu est ensuite acheminé en France, à Lyon, pour la recherche et développement, l’apprêt, l’impression, la couture et les finitions.
Ces deux cultures sont à la fois différentes et complémentaires. C’est cette rencontre que symbolise mon logo : deux cercles, deux mondes qui se rejoignent pour créer une véritable synergie, et en leur centre, la fleur de lotus.
Notre premier modèle, Fleur de lotus, incarne précisément cette alliance entre les savoir-faire khmer et français – une union harmonieuse entre tradition et innovation.
Ton projet met l’accent sur la résilience féminine. Comment souhaites-tu que les femmes qui portent un foulard SAVOTEY se sentent ?
Notre foulard-ruban SAVOTEY se porte comme un mantra, à même la peau – une invitation à se reconnecter à soi. J’aimerais que chaque femme qui le porte se sente fière, belle et sereine.
Notre pièce en lotus et soie est une véritable œuvre d’art textile, que l’on peut à la fois contempler et habiter de sens. C’est comme un bijou délicat, qui sublime le cou tout en le tenant au chaud.
Malgré les obstacles et les défis, toutes les femmes méritent d’être célébrées – d’avoir un instant pour elles, un moment de douceur où elles se sentent honorées.
Tu es accompagnée par l’emlyon venture labs et le Centre d’Entrepreneuriat de Lyon. Quel rôle joue cet accompagnement dans le développement de ton projet ?
Je suis accompagnée par emlyon venture labs dans le cadre du programme Entrepreneur Academy, dédié aux étudiants de l’école. Cet accompagnement se poursuit jusqu’à un an après l’obtention du diplôme. Grâce aux ateliers, aux rencontres et aux séances de mentorat, j’ai pu développer des aspects concrets de mon projet tels que le storytelling, le pitch ou encore la structuration juridique.
J’ai ensuite intégré le programme Startup Camp 2025 afin d’approfondir notre stratégie de développement, aux côtés d’intervenants experts. L’emlyon venture labs a ainsi pour vocation d’aider les porteurs de projet à initier, développer et faire grandir leur entreprise.
De son côté, le Centre d’Entrepreneuriat de Lyon regroupe un écosystème particulièrement dynamique. Nous nous retrouvons régulièrement dans des espaces de coworking pour échanger, nous entraider et participer à des sessions de co-développement. Pour ma part, ils m’accompagnent notamment dans la recherche de financements et la préparation des dossiers de subvention.
Ainsi, ces deux organismes d’accompagnement se complètent parfaitement, chacun apportant une expertise précieuse au développement de SAVOTEY.
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Lancer une marque de mode responsable implique aussi des engagements sociaux et environnementaux. Quels sont les tiens et comment les appliques-tu concrètement ?
Nos engagements sociaux se traduisent à travers nos relations avec nos partenaires, notre soutien envers les communautés khmères et la préservation de notre savoir-faire, à la fois lyonnais et cambodgien.
Nos engagements environnementaux se reflètent dans notre volonté de limiter l’usage de produits chimiques, de privilégier les teintures naturelles et de réduire le gaspillage de matière.
Chaque détail de la chaîne de production a été minutieusement pensé, et nous nous efforçons de maîtriser chaque étape. Certes, c’est un travail exigeant, long et coûteux, mais c’est aussi ce qui fait notre force et notre fierté.
Quel conseil donnerais-tu aux étudiants qui, comme toi, veulent entreprendre en parallèle de leurs études malgré les obstacles ?
Mon conseil est de commencer doucement : le plus important est simplement d’avancer. Il faut savoir que l’étude de marché et le développement de la proposition de valeur peuvent prendre plusieurs mois. Profitez donc du temps libre pour travailler sur ces points.
L’avantage de se lancer dans l’entrepreneuriat pendant ses études, c’est que les cours prennent alors tout leur sens, de manière concrète, ce qui facilite un apprentissage plus proactif.
Je ne peux pas parler pour ceux qui ont réellement lancé une entreprise à temps plein en parallèle de leurs études, mais je considère que c’est un véritable cas pratique, une formation complémentaire à part entière, venant enrichir votre cursus académique.
Un mot de la fin ?
Je pense que le plus important est de rester aligné avec soi-même. Ce n’est pas toujours facile dans une société qui évolue très vite, mais pour y parvenir, il faut accepter de ralentir, de se questionner et de découvrir ce qui nous inspire réellement.
Vous pouvez suivre mon aventure entrepreneuriale sur Instagram : @maisonsavotey.