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Financement de l’apprentissage dans les grandes écoles : ce qui change en 2026

Financement de l’apprentissage dans les grandes écoles : ce qui change en 2026

Le financement de l’apprentissage dans les grandes écoles de management est devenu, en l’espace d’un an, l’un des sujets budgétaires les plus disputés de l’enseignement supérieur français. Pendant près d’une décennie, l’alternance a porté la croissance des effectifs des programmes grande école, en particulier en dernière année de master, appuyée par des niveaux de prise en charge attractifs et par une aide à l’embauche généreuse. Ce cycle s’est interrompu en 2025 : pour la première fois depuis dix ans, le nombre d’apprentis recule en France, et la baisse est nettement plus marquée dans l’enseignement supérieur que dans les niveaux bac et bac+2. Une réforme des niveaux de prise en charge, entrée en application le 1er septembre 2026, redistribue désormais les financements entre certifications et pourrait accentuer la tendance. Dans ce contexte, la Conférence des Directeurs des Écoles Françaises de Management (CDEFM) a placé l’apprentissage en tête de ses propositions pour l’élection présidentielle de 2027.

Apprentissage en France : une première baisse en dix ans

Selon la DEPP du ministère de l’Éducation nationale, la France comptait 1 020 400 apprentis au 31 décembre 2025, tous niveaux confondus. C’est une baisse de 2,8 % sur un an, la première depuis dix ans : depuis la réforme de 2018 et l’aide exceptionnelle à l’embauche mise en place à l’été 2020, le nombre d’apprentis n’avait cessé de progresser, jusqu’à franchir le cap du million en 2023.

Le recul de 2025 n’est pas uniforme. Il provient presque intégralement de l’enseignement supérieur, où les effectifs d’apprentis chutent de 4,5 % sur un an, alors que le secondaire reste globalement stable. Les formations de niveaux 7 et 8, qui regroupent notamment les masters et les diplômes d’ingénieur, comptent 251 869 apprentis en 2025 selon la DEPP : un segment qui recouvre directement les programmes grande école en apprentissage. La baisse touche la quasi-totalité des régions académiques pour l’enseignement supérieur, à la seule exception de la Bourgogne-Franche-Comté. Ce retournement intervient alors que les aides à l’embauche d’un apprenti ont été révisées à la baisse ces dernières années, un facteur que la DEPP identifie explicitement parmi les causes du recul 2025.

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Combien coûte un apprenti en 2026 ? Les chiffres du financement

Le financement de l’apprentissage repose sur un système à trois étages : la contribution unique à la formation professionnelle et à l’alternance versée par les entreprises, les rémunérations des apprentis également à la charge des employeurs, et les aides publiques à l’embauche. Selon une réponse du gouvernement à une question parlementaire portant sur les données 2025, les entreprises ont contribué à hauteur de 7,1 milliards d’euros via la contribution unique, auxquels s’ajoutent près de 10 milliards d’euros de rémunérations versées directement aux apprentis, soit un effort combiné supérieur à 17 milliards d’euros. La participation de l’État, aides à l’embauche et exonérations de charges comprises, s’élève à 3,6 milliards d’euros.

France Compétences, l’organisme qui régule le système, a fixé un budget de 7,3 milliards d’euros pour l’apprentissage en 2026. C’est ce budget que redistribue la réforme des niveaux de prise en charge (NPEC) entrée en vigueur le 1er septembre 2026 : chaque diplôme ou titre professionnel se voit désormais attribuer une valeur de référence unique, calculée par France Compétences puis modulable de 20 à 30 % à la hausse ou à la baisse par les branches professionnelles, toute hausse sur une certification devant être compensée par une baisse sur une autre du même secteur. Un plancher de 4 000 euros par contrat a été fixé. Le référentiel, qui comptait près de 800 000 valeurs différentes avant la réforme, n’en compte plus qu’environ 3 500.

Poste de financement Montant
Contribution unique des entreprises (2025) 7,1 Md€
Rémunérations versées aux apprentis (2025) environ 10 Md€
Participation de l’État, aides et exonérations (2025) 3,6 Md€
Budget apprentissage de France Compétences (2026) 7,3 Md€
Plancher NPEC par contrat (depuis le 1er septembre 2026) 4 000 €
Marge de modulation des branches professionnelles jusqu’à 30 %

La réforme NPEC, un mécanisme sous tension pour les écoles

La réforme des niveaux de prise en charge a été engagée en juillet 2025 et s’est poursuivie par deux délibérations successives de France Compétences, le 2 avril puis le 4 juin 2026, avant d’être traduite dans un décret publié le 30 août 2026. L’objectif officiel est de mieux aligner les financements sur les coûts réels de formation et de renforcer le rôle des branches professionnelles dans la détermination des formations prioritaires, dans un cadre de stricte neutralité budgétaire.

Pour un centre de formation d’apprentis, le NPEC constitue l’essentiel de son chiffre d’affaires par contrat : une baisse du niveau de prise en charge sur une certification se traduit directement par une baisse de ressources, sauf à la compenser par une hausse du reste à charge demandé à l’entreprise qui embauche l’apprenti. Pour les grandes écoles de management qui opèrent leur propre CFA ou s’appuient sur un CFA partenaire pour leurs programmes en alternance, cette mécanique introduit une incertitude budgétaire nouvelle sur des filières jusque-là considérées comme un relais de croissance sûr.

Ce que la CDEFM demande pour l’apprentissage dans les grandes écoles

La CDEFM, qui regroupe 36 grandes écoles de management accueillant 180 000 étudiants dont 45 000 apprentis en 2025, a fait de l’apprentissage le premier axe de ses 20 propositions pour la présidentielle 2027. L’association demande que le versement des fonds publics soit conditionné à une évaluation systématique par le HCERES, pour distinguer les formations qui garantissent une insertion professionnelle réelle de celles qui, selon elle, ont profité de l’effet d’aubaine des années de forte croissance de l’apprentissage. Elle propose aussi une exonération totale de charges pour tout recrutement d’un apprenti de niveau Master au sein d’une PME, afin de compenser la hausse du reste à charge que les baisses de financement font peser sur les entreprises.

Cette demande intervient alors que l’évolution des frais de scolarité des grandes écoles de management est elle-même scrutée depuis plusieurs années, l’apprentissage ayant longtemps servi d’amortisseur budgétaire pour les familles qui ne pouvaient pas financer une scolarité en formation initiale. Une première alerte sur la fragilisation du modèle avait déjà été documentée en 2025. Le même dilemme se pose du côté des écoles d’ingénieurs, où le coût d’une scolarité et ses modes de financement sont eux aussi disputés.

Quelles perspectives avant la présidentielle de 2027 ?

Les candidats à l’élection présidentielle de 2027 n’ont pas encore présenté leur programme détaillé sur l’enseignement supérieur, mais le financement de l’apprentissage figure déjà parmi les points portés publiquement, au cours de l’année 2026, par plusieurs organisations représentatives des écoles. La CDEFM avait déjà formulé des propositions similaires en vue de la présidentielle de 2022, un exercice qu’elle renouvelle et étoffe pour 2027 sur fond de réforme du financement. Le sujet s’inscrit aussi dans un débat plus large sur la régulation de l’enseignement supérieur privé, déjà perceptible avec le projet de loi contesté au Sénat au printemps 2026.

Lire plus : les propositions de la CDEFM pour la présidentielle 2027

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le NPEC (niveau de prise en charge) d’un contrat d’apprentissage ?

Le niveau de prise en charge est le montant que l’OPCO verse au centre de formation d’apprentis pour financer la formation d’un apprenti. Il est fixé par certification par les branches professionnelles, à partir d’une valeur de référence calculée par France Compétences, et constitue l’essentiel du chiffre d’affaires d’un CFA par contrat.

Pourquoi le nombre d’apprentis a-t-il baissé en France en 2025 ?

Selon la DEPP, l’apprentissage a reculé de 2,8 % en 2025, une première en dix ans, principalement du fait du recul de 4,5 % dans l’enseignement supérieur. La DEPP relie ce recul à la baisse des aides accordées aux entreprises pour l’embauche d’un apprenti.

Combien l’apprentissage coûte-t-il globalement en France ?

Selon des données gouvernementales portant sur 2025, les entreprises ont versé 7,1 milliards d’euros de contribution unique et près de 10 milliards d’euros de rémunérations aux apprentis, soit un effort combiné supérieur à 17 milliards d’euros, auquel s’ajoutent 3,6 milliards d’euros de participation de l’État.

Qu’est-ce que la réforme des niveaux de prise en charge entrée en vigueur en septembre 2026 ?

Un décret publié le 30 août 2026 fixe les nouveaux niveaux de prise en charge applicables aux contrats d’apprentissage conclus à compter du 1er septembre 2026, avec une marge de modulation des branches professionnelles portée à 30 % et un plancher de 4 000 euros par contrat.

Que propose la CDEFM pour l’apprentissage dans les grandes écoles avant 2027 ?

La CDEFM demande une évaluation systématique par le HCERES du versement des fonds publics à l’apprentissage, ainsi qu’une exonération totale de charges pour le recrutement d’un apprenti de niveau Master au sein d’une PME.

L’apprentissage en master est-il plus touché que les autres niveaux ?

Oui. Selon la DEPP, la baisse 2025 provient presque intégralement de l’enseignement supérieur, avec un recul de 4,5 % contre une stabilité globale dans le secondaire, alors que les niveaux 7 et 8 (masters, diplômes d’ingénieur) représentent à eux seuls 251 869 apprentis.

Quelle est la part de l’État dans le financement de l’apprentissage ?

Sur un effort global supérieur à 17 milliards d’euros porté par les entreprises en 2025 (contribution unique et rémunérations), la participation de l’État, aides à l’embauche et exonérations de charges comprises, s’élève à 3,6 milliards d’euros.

Ce qu’il faut retenir

L’apprentissage dans les grandes écoles de management traverse un tournant : première baisse nationale en dix ans, réforme des niveaux de prise en charge entrée en vigueur au 1er septembre 2026, et budget de 7,3 milliards d’euros désormais redistribué selon une logique de coût réel plutôt que de volume. Face à ce contexte, la CDEFM demande une évaluation qualité par le HCERES et une exonération de charges pour les recrutements d’apprentis de niveau Master en PME, dans le cadre de ses propositions pour la présidentielle 2027. Les arbitrages définitifs dépendront du programme des candidats et des prochaines délibérations de France Compétences.

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