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- ENTREPRENEURIAT ESSEC INTERVIEWS SÉLECTION
- Laurent Mary
- 11 mars 2026
Entretien avec Robin Bruneau : fondateur de Ecklo et alumni du MSc ENTREP ESSEC
Face à l’urgence environnementale et au durcissement des réglementations, le secteur de la logistique est contraint de repenser en profondeur ses pratiques. C’est dans ce contexte qu’est né Ecklo, un emballage réutilisable et circulaire conçu pour remplacer le film plastique utilisé dans le transport de marchandises sur palette. À l’origine de ce projet, Robin Bruneau, diplômé du MSc ENTREP ESSEC – CentraleSupélec (2023), animé par la volonté de concilier performance opérationnelle et réduction massive de l’empreinte carbone.
Dans cet article, il partage les étapes clés de la création d’Ecklo, les défis rencontrés pour faire évoluer un secteur fortement industrialisé, ainsi que les apports déterminants de sa formation au MSc ENTREP. Son témoignage met en lumière une approche de l’entrepreneuriat tournée vers l’action, l’impact et l’innovation durable, au service de la transformation des chaînes logistiques.
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Solution et innovation
- Pouvez-vous expliquer simplement ce qu’est Ecklo et comment fonctionne votre solution au quotidien chez vos clients ?
Dès 2030, 40% des emballages pour palettes utilisés en Europe devront être réemployés. Ecklo révolutionne l’emballage des palettes avec une housse réutilisable plus de 150 fois, garantissant une mise en conformité et une réduction massive des déchets. Grâce à un outil d’assistance à la pose, mobile et ergonomique, nous rendons l’emballage deux fois plus rapide qu’une banderoleuse (45 secondes) tout en augmentant la sécurisation via l’arrimage.
Les housses sont utilisées par nos clients sur leurs flux récurrents. L’exemple le plus concret est le flux de marchandises entre le site de production et le site de stockage. Les housses sont utilisées entre deux sites d’une même entreprise, ce qui facilite leur gestion et leur retour.
- Comment l’idée d’Ecklo s’est-elle concrétisée, depuis les premières réflexions jusqu’au lancement du projet ?
La problématique à l’origine d’Ecklo est l’utilisation massive de solutions à usage unique. Il était donc assez naturel de se diriger vers le modèle opposé à l’économie linéaire : celui de l’économie circulaire. La solution pensée en ce sens fût rapidement un emballage réutilisable, pour éviter le geste habituel de jeter ce dernier à chaque livraison.
Au-delà de monter en compétence sur les enjeux de la logistique, il fallait vérifier que le concept pouvait fonctionner. La première étape était donc la réalisation des plans, et l’apprentissage de la couture pour réaliser le premier prototype.
Une fois ce dernier réalisé, nous en avons fait un nouveau en travaillant avec un atelier de couture industriel. Cela a permis d’utiliser un textile technique, et de faire les premiers essais de sécurisation de la marchandise.
En parallèle, il a fallu monter en compétences sur notre connaissance de la logistique et de ses processus. La housse étant réutilisable, il était nécessaire de comprendre quelle était la meilleure façon de l’intégrer aux chaînes logistiques, pour qu’elle soit réellement réutilisée.
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Genèse du projet Ecklo
- Quel constat de départ vous a conduit à vouloir remplacer le film plastique dans le transport de marchandises sur palette ?
L’entreprise a été créée pendant nos études, en novembre 2022, mais en réalité Ecklo a vu le jour en 2018. Lorsque Corentin, mon associé et ami, rencontré sur les bancs de l’ESSEC, a fait face à l’utilisation massive du film plastique en travaillant chez McDonalds en parallèle du lycée.
Chaque jour, il recevait des palettes de marchandises, emballées avec du film plastique qu’il devait retirer et jeter. Ce volume de déchets l’a poussé à réagir : c’est ainsi qu’est née l’idée d’un emballage circulaire et réutilisable..
Lors du confinement, Corentin a utilisé le temps disponible pour apprendre à coudre et réaliser la première version de la housse.
C’est une problématique qui parlait à toute l’équipe fondatrice puisque Florian, son frère et CTO, a observé la même chose chez Leclerc, et moi chez Go Sport. Corentin nous a alors proposé de rejoindre le projet et nous avons lancé l’entreprise au début du MSc.
- Comment avez-vous travaillé l’équilibre entre performance environnementale et exigences opérationnelles très fortes du secteur logistique ?
La performance environnementale est naturellement présente dans toutes les idées de l’équipe technique. Si une amélioration suppose un retour en arrière sur l’impact de nos solutions, elle est écartée ou retravaillée.
L’enjeu de notre R&D est donc là, maximiser l’excellence opérationnelle de nos solutions, tout en veillant à ne jamais sacrifier la performance environnementale.
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Parcours déclencheur entrepreneurial et passage par le MSc ENTREP
- Pouvez-vous revenir sur votre parcours et sur le moment où l’envie d’entreprendre s’est imposée à vous ?
En seconde, j’ai eu l’occasion de suivre un cours nommé ‘PFEG – Principes fondamentaux de l’économie et de la gestion’. Dans ce dernier nous devions trouver une idée d’entreprise, faire une première étude de marché, trouver notre proposition de valeur, et la pitcher dans un amphithéâtre. J’ai adoré ce projet, et c’est vraiment là que mon envie d’entreprendre est née.
Afin de creuser cette appétence pour l’entrepreneuriat, je me suis dirigé vers une école de commerce car cela me semblait être la suite logique. J’ai donc préparé les concours post-bac et intégré l’ESSEC.
En 2018, lors de ma première année au Global BBA de l’ESSEC, j’ai rencontré Corentin Dejean, le CEO d’Ecklo, dont vient l’idée. Il a largement participé à ma sensibilisation pour la transition environnementale et la logistique. C’est d’ailleurs pour continuer de monter en compétence sur le sujet que j’ai décidé de réaliser mon mémoire de fin d’étude sur la question de la circularité en logistique.
- Pourquoi avez-vous ressenti le besoin spécifique de suivre une formation, et quel a été le déclic qui vous a convaincu que le MSc CentraleSupélec-ESSEC était le bon choix ?
Je terminais le Global BBA de l’ESSEC et je voulais donc continuer mes études pour avoir au moins un BAC+5. J’ai postulé à deux types de Masters : entrepreneuriat et conseil.
Finalement, j’ai préféré me diriger vers la voie entrepreneuriale car se lancer en étant étudiant est pour moi le moment idéal, et je voyais ce master comme une véritable rampe de lancement pour mon projet.
- En quoi le programme vous a-t-il aidé à structurer Ecklo, notamment dans le passage de l’idée à une solution industrialisable ?
Pour chaque matière, le projet final concernait notre propre entreprise. Cela a donc naturellement créé des jalons et a rythmé cette création. Ces étapes sont nécessaires pour s’assurer qu’une idée posée sur des slides pourra se transformer en quelque chose de plus concret.
Chaque rendu était donc l’occasion de faire avancer le projet, et de les challenger auprès des professeurs.
- Quel rôle ont joué l’accompagnement et l’écosystème du programme dans les phases clés du projet ?
Tout au long du cursus, nous sommes suivis par un coach attitré, qui nous fait profiter de son expérience pour éviter certains pièges.
De plus, nous avons pu profiter de l’incubateur de l’ESSEC et de “21st” l’accélérateur de Centrale pour guider le projet, le financer, et ouvrir des portes.
Enfin, les deux écoles mettent à disposition des experts en résidence pour structurer le projet gratuitement : Avocats, comptables, entrepreneurs, etc…
- Avec le recul, en quoi le MSc ENTREP a-t-il été un accélérateur dans votre trajectoire entrepreneuriale ?
Au-delà de ce que j’ai dit précédemment, le fait de créer son entreprise en étant entouré d’autres élèves entrepreneurs fait gagner énormément de temps. Nous travaillons ensemble dans les espaces de coworking mis à disposition, les élèves ayant eu quelques années en entreprise entre la fin de leurs études et le MSc partagent leurs expertises. Enfin, nous pouvons partager nos succès et nos échecs à des personnes qui les comprennent. Tout cela crée une émulation importante.
Transmission et conseil post MSc ENTREP
- En parallèle de votre rôle de cofondateur, vous intervenez aujourd’hui comme coach en entrepreneuriat à l’ESSEC. En quoi cette posture nourrit-elle votre propre pratique d’entrepreneur ? Diriez-vous que l’ESSEC est une école pour les entrepreneurs ?
Cela permet de transmettre ce que j’ai appris, de donner envie à des élèves de se lancer en parlant de ma passion et en faisant intervenir d’autres entrepreneurs dans mon cours. Je ne suis pas sûr que cette posture nourrit ma pratique de l’entrepreneuriat car les étapes vues en cours correspondent à la création d’entreprise, là où mon quotidien avec Corentin et Florian relève plutôt de la gestion.
En revanche, cette expérience permet de mesurer le chemin parcouru en seulement 3 ans, et est aussi l’occasion de prendre du recul, à un moment où la vie entrepreneuriale est très intense et empêche de lever la tête du guidon.
L’ESSEC est une école faite pour les entrepreneurs, et les différents choix académiques faits ces dernières années renforcent encore plus cette ambition. En tant que passionné, j’aurais beaucoup aimé être étudiant en 2026 à l’ESSEC, pour profiter de ce qui a été mis en place depuis mon diplôme.
- Quel conseil donneriez-vous à des étudiants ou jeunes diplômés qui souhaitent entreprendre ?
De ne pas avoir peur d’en parler autour d’eux. Personne ne leur volera leur idée.
Au contraire, je pense que les gens sont contents de pouvoir aider quand ils le peuvent. Parler de son idée permet de la challenger, de rapidement voir si cela peut fonctionner, mais aussi d’inciter les gens à les mettre en relation avec d’autres personnes qui peuvent aider à faire avancer le projet.
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Impact et vision
- Quels impacts concrets observez-vous aujourd’hui chez vos clients, tant sur le plan environnemental qu’organisationnel ?
Les premiers retours confirment que notre solution s’intègre naturellement dans les flux logistiques existants. C’est la preuve que durabilité peut rimer avec efficacité : le passage au réemploi ne sacrifie en rien la performance opérationnelle.
Fruit de trois années d’échanges sur le terrain, la housse commercialisée depuis octobre 2025 répond précisément aux exigences des équipes en entrepôts. Cette approche a favorisé une forte adhésion des équipes, un facteur clé pour garantir l’utilisation du produit au quotidien. Pour beaucoup de nos clients, ces housses constituent désormais la première étape concrète vers une organisation pleinement circulaire.
- À plus long terme, quelle est votre ambition pour Ecklo et pour la transformation durable de la logistique ?
Devenir la référence mondiale de la logistique verte, en concevant des solutions techniques et technologiques, qui établiront les nouveaux standards du secteur.
- En quoi votre solution se distingue-t-elle des alternatives existantes sur le marché ?
Nous avons compris que pour exister sur le marché des emballages de transport, il est impératif de remplir les fonctions attendues par la logistique : sécurisation, facilité de gestion et adaptabilité. C’est ce que nous avons validé il y a deux ans avec notre première version. Cependant, la véritable rupture réside dans le fait que pour avoir un impact environnemental réel, une solution doit être utilisée massivement. Pour détrôner le plastique, il faut le dépasser.
Là où le marché stagne sur le statu quo du jetable, nous utilisons la housse pour aller plus loin. Ecklo surclasse le film sur tous les indicateurs : un temps de pose divisé par deux (45s), un arrimage supérieur, et une traçabilité via RFID qui transforme l’emballage en un actif stratégique. C’est également un levier de réglementation et de durabilité. En plaçant l’excellence opérationnelle au centre, nous levons les freins à l’usage. Nous ne proposons pas une alternative verte, mais un nouveau standard industriel.
À noter dans vos agendas
Ne manquez pas l’occasion de découvrir le MSc CentraleSupélec-ESSEC Entrepreneurs avec le webinaire d’information le mardi 31 mars à 18h30.