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 Interview de Samir AYOUB, Directeur Général de l’EMD Business School

Interview de Samir AYOUB, Directeur Général de l’EMD Business School

Docteur en sciences de gestion et ancien directeur de l’ESSCA, Samir Ayoub dirige aujourd’hui l’EMD Business School. Retour sur son parcours et ses ambitions pour l’école.

 

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Est-ce que vous pouvez vous présenter ? Quel a été votre parcours académique et professionnel et qu’est-ce qui vous a amené aujourd’hui à la direction générale de l’EMD Business School ?

Docteur en sciences de gestion, spécialisé en finance, j’ai commencé ma carrière à Paris 2- Panthéon Assas, d’abord comme ATER, avant d’y soutenir ma thèse. J’ai ensuite intégré l’ESSCA à Angers en tant qu’enseignant permanent. Très vite, j’ai pris goût à l’encadrement et à la direction de programmes, et j’ai eu la chance de diriger le Programme Grande École de l’ESSCA pendant six ans, avant de devenir directeur académique, puis directeur général en 2017-2018.

À l’issue de cette expérience, j’ai décidé de m’installer dans le Sud avec ma famille, pour développer à ce moment-là le site d’Aix-en-Provence de l’ESSCA. J’y suis resté six ans et j’ai eu la chance de le faire passer de 24 étudiants à près de 600 quand je l’ai quitté en 2024.

J’ai toujours travaillé dans des structures à but non lucratif et j’ai toujours défendu cette idée de non-lucrativité dans l’enseignement. C’est d’ailleurs ce qui m’a retenu 17 ans à l’ESSCA, une école associative loi 1901, reconnue EESPIG. Ce modèle m’a permis de m’épanouir pleinement, à la fois en tant que pédagogue et en tant qu’entrepreneur, puisque l’ESSCA a connu ces dernières années un fort développement : obtention des trois accréditations internationales, ouverture de nouveaux campus, etc. Ce que j’aime profondément dans ce métier, c’est développer. Explorer de nouvelles opportunités, servir les étudiants, agir dans un esprit d’intérêt général, sans pression financière ni recherche de rentabilité à tout prix.

C’est dans ce cadre qu’on est venu me proposer un projet à Marseille : une école associative, loi 1901, implantée depuis 50 ans, avec un ancrage territorial très fort et un excellent taux d’insertion professionnelle. Le conseil d’administration souhaitait la voir évoluer pour en faire une grande école de commerce à part entière, avec tout ce que cela implique : une nouvelle ambition, de nouvelles contraintes et un vrai changement de dimension.

J’ai accepté ce défi qui m’était proposé pour plusieurs raisons. D’abord parce que j’avais déjà accompagné ces transformations à l’ESSCA : l’extension du grade de master à plusieurs nouveaux campus, l’obtention du label EESPIG, la structuration académique… Ce sont des chantiers que je connais bien. Et puis, il y avait un vrai sens à ce projet marseillais, à la fois humain, institutionnel et territorial.

 

Dans le dossier de presse, on lit que l’objectif est de faire de l’EMD la deuxième grande école historique de Marseille. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?

Aujourd’hui, si on compare Marseille à une ville comme Lyon, la différence est frappante. À Lyon, on compte huit ou neuf grandes écoles de commerce membres de la Conférence des Grandes Écoles, qu’elles soient historiques ou délocalisées. À Marseille, il n’y en a que deux : KEDGE, école à l’implantation historique et l’INSEEC, qui vient d’arriver.

Pourtant, Marseille est une ville plus grande, avec un vivier de bacheliers bien supérieur. Mais faute d’offre suffisante, beaucoup d’étudiants souhaitant étudier dans de grandes écoles partent étudier ailleurs. Or, beaucoup d’entre eux nous disent qu’ils aimeraient rester à Marseille. C’est une ville tellement attachante que, quand on y est, on a du mal à la quitter. Nous avons donc un devoir vis-à-vis de notre territoire. L’EMD est présente ici depuis 50 ans, elle a un ancrage fort et une vraie légitimité. Elle est la seule à pouvoir, avec cet ancrage historique, évoluer vers un statut de grande école. C’est donc un défi que nous devons relever, pour Marseille et pour les jeunes Marseillais.

 

Vous évoquez aussi une volonté d’ouverture sociale. Comment cela se traduit concrètement à l’EMD ?

C’est un point essentiel de notre projet. Pour obtenir le grade de master, nous avons défini cinq grands piliers, dont un sur l’ouverture sociale.

D’abord, nous tenons à notre statut associatif loi 1901 et à notre vocation à devenir EESPIG. Cela implique d’être accessibles pour les familles les plus modestes. Concrètement, nous avons mis en place une modulation des frais de scolarité en fonction des revenus des parents, alignée sur les sept échelons du CROUS. Les frais varient donc de 5 000 à 8 000€ selon les situations.

Nous avons aussi créé un dispositif de mécénat, baptisé « EMD Axxess », qui permet à des entreprises de parrainer des étudiants tout au long de leur scolarité. Ce parrainage s’accompagne d’échanges réguliers entre l’entreprise et l’étudiant, pour l’aider à construire son parcours.

Enfin, nous avons lancé un programme très concret : le Bachelor Tremplin. Il s’adresse à des jeunes issus de quartiers prioritaires de la ville, parfois en situation de décrochage. Pendant deux ans, ils suivent une formation accélérée avant d’intégrer le cursus classique. C’est un vrai levier d’inclusion, rendu possible grâce à l’engagement des entreprises marseillaises, qui sont particulièrement actives sur ces sujets.

 

L’obtention du grade de master est une étape importante, mais l’entrée à la Conférence des Grandes Écoles en est une autre. Est-ce aussi un objectif pour vous ?

Oui, tout à fait. La Conférence des Grandes Écoles (CGE) regroupe les établissements les plus reconnus du pays. L’accès se fait généralement après l’obtention du grade de master, c’est donc la suite logique pour nous.

Nous sommes déjà candidats à la CGE régionale, sous la tutelle des grandes écoles membres, ce qui nous permettra d’être accompagnés dans notre démarche. Nous avons également renforcé le recrutement d’enseignants-chercheurs à l’EMD pour nous rapprocher des standards des écoles membres : publications, projets de recherche communs, échanges de pratiques.

 

L’internationalisation fait aussi partie des critères d’une grande école. Quelle est votre stratégie à ce niveau-là ?

Notre priorité, c’est la cohérence des valeurs avec nos partenaires. L’EMD est une école à ADN catholique, attachée à l’éthique et à l’inclusion. Nous ne cherchons donc pas la quantité, mais la qualité.

Aujourd’hui, nous avons identifié huit universités partenaires pour les échanges en deuxième année et deux autres pour des doubles diplômes en troisième année. Nous poursuivons ce travail de sélection, avec une exigence d’alignement sur nos valeurs et sur la qualité académique.

Nous voulons aussi rééquilibrer le poids autrefois accordé à l’alternance, pour que les étudiants puissent plutôt vivre pleinement leur expérience à l’international. C’est une dimension essentielle de la formation : s’ouvrir, s’adapter, comprendre d’autres cultures.

 

Justement, en parlant d’alternance, beaucoup d’écoles annoncent une réduction de ces dispositifs à cause du désengagement de l’État. Est-ce aussi votre cas ?

Oui, nous avons décidé de réduire la part de l’alternance, mais pour des raisons pédagogiques avant tout. Aujourd’hui, les compétences évoluent très vite : une compétence a une durée de vie moyenne de 18 mois, contre 20 ans dans les années 90. L’alternance forme très bien aux métiers d’aujourd’hui, mais pas toujours à ceux de demain. Or, notre mission, c’est de préparer les étudiants à s’adapter, à être curieux, créatifs et capables d’apprendre en continu.

L’alternance a aussi ses limites : peu de départs à l’international, peu d’engagement associatif, pas d’année de césure, moins de temps pour entreprendre. Nous voulons donc la réserver à certains profils pour lesquels il est indispensable d’être en entreprise pour étudier, tout en développant d’autres formes d’accompagnement pour financer les études d’étudiants méritants : bourses, prêts étudiants, mécénat, modulation des frais de scolarité, etc.

 

Vous avez un objectif ambitieux : doubler les effectifs d’ici 2030. Comment comptez-vous y parvenir ?

Historiquement, l’EMD reposait sur un seul programme : le Programme Grande École, en cinq ans. C’est un excellent programme, mais il manquait une offre plus courte.

Nous avons donc lancé deux nouvelles formations : un Bachelor en marketing et développement commercial, avec une première promotion de 40 étudiants et une Licence en commerce international en partenariat avec le CNAM PACA, accessible via Parcoursup avec une première promotion de 20 étudiants.

Nous souhaitons également intégrer le Programme Grande École sur Parcoursup, dès que nous aurons obtenu le visa, ce qui dynamisera nos recrutements en première année.

Nous avons aussi ouvert une spécialisation en finance de marché et gestion de patrimoine, et nous lancerons la formation continue en ligne en 2026, avec nos 3 titres RNCP de niveau 7. Tout cela nous permettra de booster le développement de l’école et de répondre à la diversité des publics.

 

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Si vous deviez définir l’EMD en un mot, lequel choisiriez-vous ?

Sans hésiter : Servir. C’est d’ailleurs la devise de l’école : “Manager, c’est servir.” Elle existe depuis 50 ans et n’a jamais changé.

Servir, c’est être au service de la personne, de l’entreprise et de la société. À l’EMD, tout est personnalisé : nous connaissons chaque étudiant, nous les accompagnons individuellement dans les différentes étapes de leurs scolarités, sans passer par des plateformes ou autres processus automatisés.

C’est aussi une question d’état d’esprit. Nos étudiants s’engagent dans une vie associative riche et pour des actions concrètes sur le territoire (dans un projet citoyen, ou au Delta Festival, ou encore aux Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence) sur des thèmes comme la transition écologique, la RSE et l’inclusion.

“Manager, c’est servir”, c’est avant tout une philosophie : faire bien ce qui est bien et faire grandir les autres avant de grandir soi-même. Et c’est ça, l’EMD.