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 Écrire pour guérir : le parcours engagé de Djeti Soumano

Écrire pour guérir : le parcours engagé de Djeti Soumano

À 25 ans, Djeti Soumano transforme ses blessures en poésie et ses silences en voix. Auteure de Lueur d’espoir, Brûlure de l’âme et Les maux du cœur, elle écrit pour survivre, mais surtout pour libérer la parole sur des sujets encore tabous comme la dépression ou le mariage forcé.

 

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Peux-tu te présenter en quelques mots (parcours académique et professionnel) ?

De mon vrai nom Dietenin Soumano, Djeti est mon prénom d’auteure. J’ai 25 ans, je suis auteure et poétesse de Lueur d’espoir, Brûlure de l’âme tous les deux publiés par L’Harmattan, et le tout dernier Les maux du cœur en auto-édition.

J’ai commencé à écrire très jeune à l’âge de 14 ans, poussée par le besoin de poser des mots sur mes douleurs et mes silences. Sur le plan académique, j’ai fait une formation en journalisme de l’école HEJ Montpellier. Aujourd’hui, je poursuis une carrière d’écrivaine engagée, tout en développant des projets autour de la parole libérée, notamment à travers mon magazine et surtout mettre les mots sur la dépression qui est taboue dans ma communauté.

Tu as publié ton premier livre, Lueur d’espoir en 2018. Qu’est-ce que ça t’a fait de devenir auteure si jeune ?

C’était une forme de délivrance. Lueur d’espoir est né d’un profond mal-être, c’était ma façon de survivre à la dépression que je vivais à l’époque sans m’en rende compte et sans savoir ce que c’était. Chez nous, ils appellent la dépression “Maladie de blanc” et cela est aussi qualifié de faiblesse. À travers l’écriture, j’ai voulu survivre face à tout ce qu’on m’imposait, le poids de la vie familiale la pression du mariage forcé. Lueur d’espoir est un brouillon, mais quand je dis brouillon, il reflète l’âme d’une petite fille passionnée par l’écriture, remplie d’amour, mais qui est perdue et se retrouve que quand elle écrit.

Devenir auteure à 18 ans, ce n’était pas un objectif, c’était une nécessité. Mais je réalise aujourd’hui la force que cela m’a donnée.

Ensuite est venu ton roman Brûlure de l’âme en 2022. Quelle différence as-tu ressentie entre écrire un recueil de poèmes et un roman ?

Écrire un roman m’a permis de creuser davantage dans la complexité humaine. Là où la poésie laisse place à la suggestion, le roman oblige à raconter, à construire des personnages, des trajectoires. C’était plus exigeant mais aussi très libérateur. À travers l’écriture, je n’écris pas que pour moi mais pour tout ceux dont le silence étouffe et qui n’arrivent pas à mettre de mots sur leurs peines et leurs ressentis. Brûlure de l’âme parle des premiers maux laissés par le premier amour. j’ai voulu mettre des mots sur ce que l’être aimé peut laisser comme empreinte en nous, dans notre vie. L’écrire a été une belle expérience, je me rappelle encore de chaque larmes que je versais en écrivant chaque chapitres. Brûlure de l’âme ce n’est pas que mon histoire à moi !

Les différentes productions de Djéti Soumano.

Ton dernier livre, Les maux du cœur, vient de sortir. De quoi parle-t-il et qu’a-t-il de spécial pour toi ?

Les maux du cœur est une ode à la vulnérabilité, un recueil de poèmes. C’est une conversation intime sur l’amour, le chagrin, la résilience, des questions sans réponses qui nous hantent. Ce livre est très spécial parce qu’il est le plus proche de ce que je suis aujourd’hui. J’y parle avec plus de maturité, de mes émotions et de mon cheminement. À travers l’écriture, je me libère des questions restées sans réponse. J’écris pour ceux qui auraient dû, ou pu, m’entendre, mais qui m’ont abandonnée. J’évoque mon grand-père, bien d’autres sujets encore, et surtout un poème particulier sur le mariage forcé, dédié à toutes ces femmes victimes, enfermées dans le silence.

D’où te vient ton inspiration pour écrire ? Ce sont plutôt des expériences personnelles ou des histoires imaginées ?

Mon inspiration est profondément ancrée dans le vécu. J’écris ce que je ressens, ce que je traverse ou observe chez les autres. La douleur, la quête de soi, le silence, ce sont des thèmes que je porte depuis longtemps. Ce sont eux qui me définissent, j’aime écrire quand mon cœur est sur le point de lâcher, car l’écriture elle au moins, nous tend la main et ne nous juge pas.

À travers l’écriture, je peins mes réalités et celles des autres. J’espère que chaque fragment de mon recueil saura résonner avec vos propres maux.

 

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Tu as parlé d’un sujet très important : la dépression. Pourquoi en parler est-il si important pour toi ?

Parce que pendant longtemps, je me suis sentie seule face à ce mal invisible. Depuis l’enfance, j’en souffrais sans même que mes proches puissent comprendre. Je me souviens dire à mon père que j’avais envie de mourir, sans pouvoir expliquer pourquoi. C’était le résultat de nombreuses pressions silencieuses.

La dépression, surtout dans certaines cultures, est encore trop souvent minimisée, incomprise ou même moquée. Chez nous, il suffit de prononcer ce mot pour qu’on vous accuse de « faire le blanc », comme si être noir excluait la souffrance mentale. C’est une idée dangereuse, parce qu’elle pousse au silence.

Aujourd’hui, en Afrique, on entend de plus en plus parler de suicides, surtout chez les jeunes. On dit souvent que ces personnes « n’avaient rien », alors qu’elles menaient très probablement des combats intérieurs terribles.

J’ai eu la chance de comprendre ce que je vivais quand ma santé mentale s’est vraiment dégradée, parce que j’étais en France. J’ai appris à mettre des mots sur mes douleurs. D’autres n’en ont pas la possibilité. Alors en parler, c’est ma manière de leur tendre la main. Leur dire : tu n’es pas fou, tu n’es pas faible, tu es juste humain. Personne ne devrait se sentir coupable d’aller mal.

En racontant mon parcours, je veux que chacun sache que ce qu’il vit est réel, qu’il a le droit de poser ses armes, de pleurer, d’être écouté. Pour moi, écrire revient à transformer la douleur en force, et à faire du silence une voix qui réconforte.

En tant qu’auteure autoéditée, quelles difficultés rencontres-tu et quels conseils donnerais-tu aux jeunes qui veulent écrire un livre ?

La première difficulté, c’est la solitude. Il faut tout faire soi-même : l’édition, la communication, la distribution. J’ai tout fait seule : la couverture, la mise en page etc…Mais ça rend aussi plus libre et c’est de cette liberté dont j’avais besoin. Je conseillerais de ne pas attendre la validation extérieure pour écrire. Allez au bout de votre idée, et surtout, écrivez avec le cœur. Rêvez grand, quels que soient les obstacles de la vie, je suis là aujourd’hui après des moments de doutes, après des moments où j’ai failli accepter l’inacceptable. Mais si j’en suis là aujourd’hui, c’est parce que je voulais vivre ma vie, celle dont j’ai toujours rêvé.

 

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Et pour finir, quels sont tes prochains projets, que ce soit en écriture ou dans ton magazine ?

Je travaille actuellement sur un nouveau projet d’écriture plus introspectif, peut-être un essai. J’écris sur autre chose que mes douleurs personnelles. Cette fois, je veux tendre la main à tous ces enfants qui vivent dans la précarité et la famine. Je veux faire de ma voix la leur. J’ai envie d’amplifier ma force d’écriture sous toutes les formes possibles.

 

Le mot de la fin ?

Osez être vrais. Osez parler, écrire, dire ce qui fait mal. Parce que c’est souvent là que commence la guérison, en s’écoutant !

Merci à Djeti Soumano pour son témoignage !

Responsable Média chez Mister Prépa et Planète Grandes Écoles.