Rencontre avec Laetitia Lumbroso-Revenu, cofondatrice de D’Estrëe.

 Rencontre avec Laetitia Lumbroso-Revenu, cofondatrice de D’Estrëe.

Rencontre avec Laetitia Lumbroso, cofondatrice et directrice générale de D’Estrëe, marque d’accessoires de mode haut-de-gamme.

Bonjour Laetitia, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai grandi à Paris, où j’ai fait mon lycée, puis une classe prépa à Louis-le-Grand. Admise dans les trois écoles parisiennes (HEC, ESSEC, ESCP), j’ai choisi l’ESSEC pour le cursus luxe et les nombreuses opportunités de partir à l’étranger. J’ai suivi la chaire LVMH (marketing du Luxe) en deuxième année et le cursus entreprenariat en troisième année.

J’ai effectué trois stages dans le luxe et la mode, puis ai décroché mon premier job chez Givenchy en marketing produit. J’ai ensuite quitté le monde du luxe pour Capital One, une banque américaine, où j’ai travaillé pendant trois ans sur le marketing des produits financiers. Réalisant que le monde du luxe et de la mode me manquait, j’ai intégré l’IFM (Institut Français de la Mode), où j’ai suivi un master spécialisé, complémentaire aux cours de l’ESSEC. J’ai ensuite travaillé chez Jacadi pendant trois ans puis chez Dior pendant six ans. Là-bas je travaillais à la direction des collections enfant, qui est une petite division au sein de la Maison Dior, possédant une grande autonomie. Cette mission a représenté un grand challenge : commençant par un travail en profondeur sur les collections, il s’agissait ensuite de développer le réseau de boutiques et le chiffre d’affaires. Néanmoins, le virus de l’entreprenariat ne m’avait pas quitté : j’avais toujours des idées en marge de mes responsabilités professionnelles, j’accompagnais notamment des créateurs de mode. J’ai donc décidé de quitter le monde corporate à 38 ans pour me lancer !

 

 

Comment avez-vous trouvé vos stages et qu’en avez-vous retenu ?

J’ai effectué mon premier stage au service commercial d’une petite Maison de mode, que j’ai trouvé grâce à un de mes camarades de l’ESSEC. Ce premier stage est le plus difficile à trouver puisqu’on manque d’expérience. J’ai pu avoir une vue globale de la structure de l’entreprise, c’est l’avantage d’effectuer son stage dans une petite structure.

Mon deuxième stage s’est déroulé chez LVMH dans les vins et spiritueux, à New York. C’était très intéressant culturellement puisque j’ai découvert une autre façon de travailler, plus directe et plus efficace.

J’ai ensuite effectué un échange en Inde (IIMA), dans un campus partenaire de l’ESSEC. C’était un vrai dépaysement de passer des Etats-Unis à l’Inde, et nous n’étions que trois français donc j’ai pu vivre un vrai choc des cultures et m’immerger dans un autre univers.

J’ai effectué mon dernier stage chez L’Oréal, à Paris. Pour ce stage ainsi que celui chez LVMH, je les ai trouvés de façon classique en répondant à des annonces.

Au cours de mes expériences professionnelles, j’ai appris les rouages complexes au sein des grandes structures, les relations humaines et leur importance. L’efficacité ne doit pas seulement être opérationnelle mais aussi sociale.

 

Comment s’est passée la création de votre entreprise ?

Géraldine, mon associée, a étudié l’art contemporain à Londres, à l’école Central Saint Martins. De retour à Paris, elle a lancé une collection de chapeaux. Nous nous sommes rencontrées à ce moment-là et je l’ai aidée sur le côté business et commercial. Le tandem fonctionnait bien donc nous avons donc décidé de travailler ensemble. La clé de la réussite en entreprenariat, c’est de bien s’entendre avec son associé, et d’être complémentaires. Ayant la volonté de faire des accessoires, nous nous sommes lancées dans la maroquinerie (les sacs), qui est aujourd’hui notre activité principale. Nous avons également une collection de bijoux et de chapeaux. Dès le mois prochain, nous nous lançons dans le prêt-à-porter.

 

Comment définiriez-vous l’entreprenariat ? Comment se passe une mission ?

L’entreprenariat, c’est avant tout une aventure humaine. On a besoin d’entente, sinon le projet ne peut pas fonctionner. Il faut aussi innover et raconter quelque chose que personne ne raconte. En luxe, on parle plutôt de création, il faut proposer quelque chose de nouveau, d’inattendu. Au début, un fournisseur ne gagne pas d’argent, tu dois le convaincre de te faire confiance, ce qui est difficile dans un premier temps, mais maintenant que l’entreprise grandit, ça devient de plus en plus facile. Il faut être patient, il y a des hauts et des bas, d’où l’avantage d’être à deux. Dans le monde de la mode, on a besoin d’un créatif et de quelqu’un pour accompagner la création et s’occuper de la partie business. Les succès stories sont souvent des histoires de binômes !

 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Ce qui me plait le plus est le côté 360 et la variété des sujets que je peux être amenée à traiter. Mais mon métier, c’est aussi beaucoup de rencontres puisque nous avons besoin d’un réseau. Je suis amenée à prendre beaucoup de décisions qui ont un réel impact sur l’activité de l’entreprise, mais il faut prendre des risques pour avancer, ça fait partie du métier d’entrepreneur ! Bien sûr, j’ai peur de me tromper mais c’est en rebondissant sur ses erreurs qu’on apprend !

 

Quels sont les défis du luxe ? Quelles sont les perspectives de développement de D’Estrëe ?

Dans le luxe, l’expérience retail est primordiale, la vente accompagne le produit dans un écrin particulier. L’un des défis consiste alors à retrouver cette expérience en digital et d’implanter le luxe sur internet.

Il y a également un sujet autour de la Chine, puisqu’elle représente plus de la moitié de la consommation des produits de luxe. Le marché et les attentes des clients sont différents, il faut donc appréhender et comprendre ce que D’Estrëe peut apporter.

Enfin pour D’Estrëe, il y a un vrai défi autour de la notoriété : comment faire pour que sa marque soit reconnue ? Il s’agit de faire comprendre aux clients le savoir-faire, le travail de la création, le choix des ateliers et des matières.  

La crise du coronavirus a eu un réel impact sur le chiffre d’affaires, notre activité se faisant essentiellement en BtoB. Les boutiques ont été fermées longtemps et ont donc arrêté de commander. Mais en parallèle, nous avons pu pivoter vers le digital, ce qui nous a permis de le développer. Nous sommes plus réactifs, nous avons appris et aujourd’hui la vente digitale prend de plus en plus de place dans notre activité. La crise a donc été une opportunité de se développer.

 

Pensez-vous continuer à faire carrière dans ce poste ou autres projets en tête pour plus tard ?

Pour le moment, nous sommes à un vrai tournant pour la marque, nous commençons à être reconnues et nous pouvons lever des fonds. Les trois années à venir vont être passionnantes : nous avons posé des fondations en 4 ans, il s’agit maintenant de consolider et se développer !

 

Que vous a apporté votre vie associative dans votre vie professionnelle ?

Mes associations m’ont surtout apporté un réseau d’amis que j’ai encore aujourd’hui, et un attachement à mon école. J’avais des expériences variées puisque j’étais présidente du club photo, je faisais partie d’une association de danse et d’une association de voyages.

 

Des conseils pour des étudiants intéressés par l’entreprenariat/le luxe ?

Si vous êtes intéressé par l’entreprenariat, je vous conseille d’abord de travailler dans des grandes entreprises du secteur pendant trois à cinq ans pour en comprendre les mécanismes. Ensuite, je vous conseille de ne pas monter une entreprise seul mais au moins à deux. Pour cela, il faut s’assurer que la relation avec votre/vos associé(s) va fonctionner professionnellement, puisque se lancer dans la création d’une entreprise est comme un mariage professionnel. Enfin, il faut être conscient que rien ne vaut la réalité. Quand vous le sentez, allez-y, laissez-vous guider par votre intuition. Mon expérience a été plus naturelle que réfléchie, puisque j’ai quitté Dior sans savoir précisément ce que j’allais faire !

 

Nous remercions grandement Laetitia Lumbroso-Revenu pour le temps qu’elle nous a accordé !

Coline Bernard