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 Interview d’Olivier Maillard, Directeur Général de l’IPAG Business School

Interview d’Olivier Maillard, Directeur Général de l’IPAG Business School

À l’occasion des 60 ans de l’IPAG, Olivier Maillard, Directeur Général depuis 2023, revient sur le parcours de l’école, ses ambitions et les grands chantiers en cours : accréditations, international, multicampus et employabilité.

 

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Pouvez-vous commencer par vous présenter et revenir sur votre parcours jusqu’à aujourd’hui, à la direction générale de l’IPAG ?

Je suis à la direction générale de l’IPAG depuis juin 2023. Avant cela, entre 2016 et 2023, j’ai dirigé l’ESDES, l’école de management de l’Université Catholique de Lyon. Et avant ça, j’ai passé pas mal d’années dans ce qui s’appelait encore à l’époque le groupe Sup de Co La Rochelle, aujourd’hui Excelia, où j’ai dirigé la Business School pendant quatre ans.

 

En termes de formation, pouvez-vous revenir sur votre parcours académique ? Est-ce qu’il y a une formation “type” pour diriger une école ?

Je ne suis pas sûr qu’il faille forcément être formé comme je l’ai été pour être directeur général. En tout cas, je suis un pur produit de l’université française. J’ai fait des études de sciences économiques jusqu’à une maîtrise à Dauphine, puis un DEA à Sciences Po, avant de faire ma thèse à Assas. Ensuite, j’ai entamé une carrière universitaire, puis j’ai bifurqué vers le monde des écoles à la fin des années 90. Mais je ne dirai pas exactement quand… ça commence à dater.

 

Cette année, l’IPAG fête ses 60 ans. Que représente cet anniversaire pour l’ensemble de la communauté ?

Comme tous les anniversaires, c’est un moment particulier. C’est une occasion de rassembler tous ceux qui ont vécu une histoire commune avec nous : les étudiants, les alumni, les collaborateurs, les partenaires internationaux et les entreprises. C’est une vraie fête, et nous n’avons jamais trop d’occasions de célébrer. Mais c’est aussi un moment pour revenir sur nos racines, réfléchir à notre raison d’être, et avec des bases solides, continuer à déployer nos ailes. Ces 60 ans tombent d’ailleurs à un moment clé : nous venons de lancer un nouveau plan stratégique en début d’année.

 

Si vous deviez résumer l’évolution de l’IPAG depuis sa création, qu’avez-vous observé ?

Les formats ont beaucoup évolué. À l’origine, c’était une formation en deux ans, l’équivalent d’un BTS aujourd’hui. Puis c’est passé à trois ans, quatre ans, cinq ans. Ces changements ont suivi à la fois l’évolution réglementaire, la construction européenne, notamment Erasmus, et les besoins des entreprises. Mais il y a un fil rouge qui n’a jamais disparu : la professionnalisation. Elle a toujours été extrêmement présente à l’IPAG.

Quand le fondateur, Jacques Rueff, a créé l’école en 1965, il voulait doter les entreprises françaises de futurs cadres capables d’accompagner la France dans la construction européenne et la mondialisation naissante. C’est resté un vrai invariant : l’ouverture vers les entreprises, les nombreux stages, l’alternance. Peut-être même plus à l’IPAG qu’ailleurs.

Rueff avait aussi cette idée, lui qui venait de la haute fonction publique, de créer une école qui soit une sorte d’équivalent de l’ENA, mais pour le privé, avec un vrai objectif d’excellence. Et le choix du quartier de Saint-Germain-des-Prés n’était pas anodin : il voulait montrer qu’on pouvait à la fois se préparer au monde de l’entreprise et être au cœur des débats d’idées, avec les philosophes, les écrivains, Sciences Po à proximité… Ce mélange entre professionnalisation et ouverture intellectuelle est dans notre ADN depuis le début.

 

Cela fait maintenant deux ans et demi que vous êtes à la tête de l’école. Quels ont été les principaux chantiers depuis votre arrivée ?

Le premier grand chantier, c’était les accréditations. L’école avait un peu de retard sur ce point. Nous avons finalisé la démarche AACSB, commencée avant mon arrivée, et obtenu l’accréditation en juillet dernier. Nous avons aussi renouvelé le grade de Master, fait viser le Bachelor et étendu son visa, déjà octroyé à Paris, pour les campus de Nice et Thionville-Luxembourg. Nous avons également obtenu le grade de Licence pour le Bachelor en janvier 2025. Aujourd’hui, on termine donc le chapitre des accréditations, et en parallèle, on en a ouvert un autre : celui du positionnement et de la cohérence des programmes. L’IPAG est une école multiprogramme, avec des BTS, des Bachelors, des Masters, des MBA, des MSc, un DBA… mais tout cela manquait de clarté. Nous avons donc retravaillé la structure globale pour apporter plus de cohérence à l’ensemble.

Nous avons par ailleurs ouvert un 3ème campus en France, celui de Thionville-Luxembourg, qui a accueilli en septembre ses premières promotions de Bachelor in Management.

 

Justement, qu’est-ce qui distingue l’IPAG dans le paysage des grandes écoles françaises ?

D’abord, notre variété de programmes, qui permet d’accueillir des profils très différents. Ensuite, notre statut : nous sommes une institution EESPIG, c’est-à-dire un établissement d’enseignement supérieur privé d’intérêt général. Il n’y en a qu’une douzaine en France dans le management. Nous n’avons pas d’actionnaires, nous sommes une association loi 1901 avec une gouvernance stable. Dans un secteur de plus en plus capitalistique, c’est rassurant pour les familles.

Deuxième point : nous restons à taille humaine. Nos campus sont de taille moyenne, ce qui favorise la proximité avec les étudiants.

Troisième élément : notre dimension internationale. Plus de 40 % de nos étudiants sont internationaux, ce qui est énorme.

Et enfin, notre recherche. Elle est reconnue dans le classement de Shanghai pour la finance, l’économie et le management. Nous travaillons sur des sujets comme la finance verte, l’économie circulaire ou la diversité, des thématiques d’actualité dans les entreprises comme dans la société.

 

L’IPAG est une école multi-campus. Pourquoi ce choix et comment se passe la gestion de cette organisation ?

L’école a été créée en 1965 à Paris, et pendant longtemps, elle est restée très parisienne. Puis, à la fin des années 1980, un deuxième campus a ouvert à Nice. En 2015, un troisième a vu le jour à Abidjan. Et nous venons tout juste d’ouvrir un quatrième campus à Thionville, à la frontière luxembourgeoise, spécialisé dans les métiers du chiffre, de la finance et du contrôle de gestion. Dans notre plan stratégique, nous avons prévu un cinquième campus en 2027, toujours dans une grande ville ou une zone frontalière, et un sixième à l’international d’ici 2029.

Pourquoi cette stratégie ? Parce que la compétition à Paris est de plus en plus forte, et qu’en région, il existe encore de vrais besoins d’écoles de proximité et de qualité. Nous avons identifié plusieurs zones où nous pouvons nous rapprocher des familles et des entreprises locales, avec le soutien des collectivités territoriales. C’est un modèle à la fois utile, maîtrisé et cohérent avec notre mission d’intérêt général.

 

L’IPAG est également reconnue pour sa dimension internationale. Quels sont vos grands objectifs dans ce domaine ?

L’enjeu, c’est de renforcer notre attractivité auprès des étudiants internationaux, mais aussi de multiplier les partenariats académiques. Les accréditations ouvrent beaucoup de portes : plus d’échanges, plus de collaborations, plus d’opportunités pour nos étudiants. Mon objectif, c’est de faire entrer l’IPAG dans le top 100 du FT Master in Management. Peut-être pas l’an prochain, mais dans deux ans, j’y crois.

 

L’employabilité est un enjeu central pour les étudiants et leurs parents. Comment l’IPAG accompagne-t-elle ses étudiants dans ce domaine ?

Il y a beaucoup de choses à dire. D’abord, sur le marché de l’emploi, le diplôme reste un vrai atout. Un bac +5 est un bouclier, même dans les périodes compliquées. Les taux d’insertion de nos diplômés restent très bons, même si cette année a été un peu en dessous des précédentes. Mais les fondamentaux sont là. Sur la question du “retour sur investissement”, je crois qu’il est très concret. En quatre ou cinq ans, un diplômé peut rembourser son prêt et amortir son investissement.

Nous avons aussi un Career Center très réactif, proche des étudiants, qui combine accompagnement humain et outils d’intelligence artificielle pour les CV, les lettres de motivation, les simulations d’entretien, etc. Et nous avons beaucoup renforcé les liens avec le réseau des anciens, qui joue un rôle clé en matière de mentorat et de coaching. L’idée est vraiment de doter les étudiants de compétences durables, qui leur serviront tout au long de leur carrière.

 

Quels sont les secteurs les plus représentés chez vos diplômés ?

Principalement la finance et l’audit, mais aussi le digital, qui a pris une place importante ces dernières années. La logistique et la supply chain ont aussi connu un essor après le Covid. Et en termes de secteurs, l’industrie attire énormément aujourd’hui, beaucoup plus qu’avant.

 

Quel est votre plus beau souvenir depuis votre arrivée à l’IPAG ?

Sans hésiter, l’audit AACSB. Pas tant pour le résultat, mais pour le moment vécu. La veille de l’audit, nous nous sommes tous retrouvés autour d’un café, toutes les équipes réunies, et nous avons senti une vraie cohésion. C’était un peu comme un vestiaire avant un match : tout le monde était prêt, concentré, soudé. Ce moment-là a été fondateur et fédérateur pour toute l’école.

 

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Si vous deviez résumer l’IPAG en un mot ?

Familial. Ce n’est évidemment pas ma famille, mais pour les étudiants, c’est un cadre sécurisant. Quand on quitte sa région, son pays, sa famille, on a besoin d’un lieu d’écoute et d’accompagnement. Et ici, ils le trouvent. Ce sont eux, d’ailleurs, qui utilisent le mot “famille”, pas moi. Et ça, ça me touche beaucoup.

 

Enfin, qu’est-ce qu’on peut souhaiter à l’IPAG pour les 60 prochaines années ?

D’être toujours là, bien sûr ! Mais surtout d’être capable de se transformer, d’innover et de rester utile : utile aux étudiants, aux entreprises et à la société. C’est cette utilité, cette capacité à se réinventer, qui doit continuer à guider notre action.