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 SoftBank dépasse Toyota : comment l’IA a fait tomber le roi de Tokyo

SoftBank dépasse Toyota : comment l’IA a fait tomber le roi de Tokyo

Le lundi 1er juin 2026 restera comme une date charnière à la Bourse de Tokyo. Pour la première fois depuis plus de deux décennies, Toyota n’est plus la première capitalisation boursière du Japon. Le constructeur automobile, symbole quasi mythique du capitalisme industriel nippon, a été détrôné par SoftBank Group, le conglomérat d’investissement de Masayoshi Son, porté par l’envolée de son exposition à l’intelligence artificielle. Le même jour, à Paris, son fondateur annonçait un investissement record de 75 milliards d’euros dans des infrastructures d’IA en France.

Cette double séquence n’est pas un hasard. Elle raconte une bascule plus large : celle d’un capitalisme où la valeur ne se mesure plus à des usines et des chaînes d’assemblage, mais à des participations dans les pépites de l’intelligence artificielle. Cet article décrypte ce qui s’est joué cette semaine à Tokyo et à Paris, et ce que ce détrônement révèle de l’économie mondiale en 2026.

 

Une bascule historique à la Bourse de Tokyo

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Lundi 1er juin, l’action SoftBank a bondi de plus de 11 % en une seule séance, propulsant la capitalisation du groupe à plus de 47 000 milliards de yens, soit environ 253 milliards d’euros. Dans le même temps, Toyota subissait une chute de près de 5 %, ramenant sa valorisation à un peu moins de 46 000 milliards de yens. La bascule s’est jouée dans la même journée, sous les yeux d’investisseurs qui attendaient ce basculement depuis plusieurs semaines.

L’indice Nikkei, principal baromètre de la Bourse de Tokyo, a brièvement dépassé les 67 000 points, un niveau jamais atteint. Le mouvement dépasse largement SoftBank : le groupe Kioxia, ancienne filiale de Toshiba spécialisée dans les puces mémoires, s’est hissé au troisième rang des entreprises japonaises les plus valorisées, son action progressant de plus de 8 % sur la séance. Toute la place tokyoïte est portée par la dynamique IA, qui irrigue désormais les valorisations japonaises au-delà du seul conglomérat de Masayoshi Son.

La performance de SoftBank sur la durée est plus parlante encore : l’action a progressé de 94 % depuis le 1er janvier 2026 et de 364,5 % sur un an glissant. Une trajectoire qui pose mécaniquement la question d’une réévaluation durable ou d’un emballement à risque, mais qui traduit en tout cas un changement net de leader dans la hiérarchie boursière japonaise.

 

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SoftBank, mais c’est qui ?

Pour bien saisir l’événement, encore faut-il comprendre ce qu’est SoftBank. Le grand public l’associe parfois à un opérateur télécom japonais, ce qu’il est aussi à l’origine. Mais le groupe est devenu, sous l’impulsion de son fondateur Masayoshi Son, un acteur d’un type particulier : un conglomérat d’investissement dont la valeur tient avant tout aux participations qu’il détient dans des entreprises technologiques du monde entier.

C’est SoftBank qui a misé très tôt sur Alibaba, dans lequel le groupe a réalisé l’un des plus gros gains boursiers de l’histoire. C’est SoftBank qui a racheté ARM, le concepteur britannique des architectures de puces utilisées dans la quasi-totalité des smartphones de la planète. C’est SoftBank qui, via son Vision Fund, a financé Uber, WeWork (avec des fortunes diverses), DiDi, ByteDance et des dizaines d’autres entreprises tech à des stades précoces. Le groupe ne fabrique pas vraiment de produits : il achète des positions dans ceux qui le font, et sa valeur en Bourse dépend largement de la santé de son portefeuille. Masayoshi Son, à la tête de la maison depuis 1981, est tour à tour décrit comme un visionnaire ou comme un parieur compulsif, selon que ses choix s’avèrent gagnants ou perdants. Ces derniers mois, ils tournent nettement en sa faveur.

 

Le pari OpenAI : un investissement record

L’élément central de la performance actuelle tient en deux mots : OpenAI. Fin 2025, SoftBank a finalisé un investissement de 40 milliards de dollars dans la maison-mère de ChatGPT, ce qui en fait le plus gros investissement en private equity jamais réalisé dans une entreprise d’intelligence artificielle. La transaction a valorisé OpenAI autour de 300 milliards de dollars post-money, et alimente déjà les spéculations sur une introduction en Bourse à 1 000 milliards prévue pour 2026.

Pour financer cette mise, Masayoshi Son a pris une décision rare dans l’histoire du groupe : vendre des positions stratégiques. SoftBank s’est intégralement délesté de sa participation dans Nvidia, pour 5,8 milliards de dollars, et a cédé 9,1 milliards d’actions T-Mobile. La sortie de Nvidia est particulièrement frappante, le constructeur de puces étant devenu l’un des principaux bénéficiaires de la course à l’IA. Interrogé sur ce choix, Son a livré une explication aussi sobre qu’éloquente : « J’avais simplement besoin de plus d’argent pour investir dans OpenAI. » Une déclaration qui résume la philosophie d’investissement du groupe : préférer prendre une position directe dans les modèles d’IA plutôt que dans les composants qui les font tourner.

Le pari paye, du moins pour l’instant. SoftBank a indiqué le mois dernier que son bénéfice annuel net avait quadruplé à 27 milliards d’euros, principalement grâce à la participation dans OpenAI. C’est cette nouvelle qui a alimenté l’envolée du titre et la bascule du 1er juin.

 

L’annonce des 75 milliards en France

C’est l’autre dimension marquante de la semaine, et celle qui concerne directement la France. Profitant de sa présence à Paris pour le sommet Choose France 2026 organisé à Versailles, Masayoshi Son a annoncé dimanche 31 mai un investissement de 75 milliards d’euros au total dans des infrastructures d’intelligence artificielle en France, dont 45 milliards d’ici 2031, principalement dans les Hauts-de-France pour la construction de data centers. Le patron de SoftBank a présenté ce projet comme « l’investissement le plus important en Europe dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle ».

L’ordre de grandeur est considérable. À titre de comparaison, les 71 projets annoncés lors de l’édition 2026 de Choose France représentent un cumul de 93 milliards d’euros tous secteurs confondus — l’investissement SoftBank pèse donc une part importante du total à lui seul. Le choix des Hauts-de-France n’est pas un hasard : la région offre un mix énergétique adapté (avec une part nucléaire stable et bon marché, déterminante pour les data centers, très énergivores), des disponibilités foncières et une position géographique au cœur des flux européens. Cette annonce prolonge le mouvement déjà engagé en France autour de la souveraineté en IA, dont Mistral AI est le principal champion national.

 

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Toyota, le revers de la médaille

Le détrônement n’aurait pas la même portée sans l’autre face de l’histoire : le recul de Toyota. Le constructeur, longtemps incarnation du « capitalisme industriel patient » japonais, accuse une baisse de plus de 10 % de son action depuis le 1er janvier 2026. Plusieurs facteurs se conjuguent. La transition énergétique, d’abord : Toyota a longtemps misé sur l’hybride plutôt que sur le tout-électrique, un pari qui se révèle moins porteur à mesure que le marché bascule (comme l’illustre l’investissement de Stellantis à Mulhouse dans le virage électrique). La concurrence chinoise, ensuite, avec la montée en puissance des constructeurs comme BYD. Les tensions géopolitiques, enfin, qui pèsent sur les exportations et les chaînes d’approvisionnement.

Ce recul n’est pas une faillite : Toyota reste l’une des plus grandes capitalisations mondiales, et ses fondamentaux industriels demeurent solides. Mais il marque la fin d’un cycle. Pendant plus de vingt ans, l’industrie automobile dominait incontestablement la hiérarchie boursière nippone, dans un capitalisme où la valeur se construisait sur le long terme, dans des usines, par accumulation de savoir-faire. Voir un fonds d’investissement passer devant cette icône traduit un déplacement profond du centre de gravité de la création de valeur.

 

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Ce que ça révèle du capitalisme mondial en 2026

Trois lectures se dégagent. La première, c’est la prime massive accordée à la tech sur l’industrie traditionnelle. Le phénomène observé à Tokyo n’est pas isolé : aux États-Unis, des entreprises comme Nvidia ont depuis longtemps dépassé en capitalisation des géants pétroliers historiques. Le marché valorise plus une participation dans OpenAI que des décennies d’usines et de chaînes d’assemblage.

La deuxième lecture est l’hyperconcentration de la dynamique sur l’IA. Près de la totalité de l’envolée SoftBank en 2026 est imputable à l’IA et à OpenAI. Cette concentration crée à la fois une force, parce qu’elle aimante les capitaux, et un risque, parce qu’elle expose à un retournement brutal si la thématique vient à ralentir.

La troisième, et c’est la plus débattue, c’est la question : nouvelle ère ou bulle spéculative ? Masayoshi Son lui-même affirme que la révolution de l’IA est « 50 fois » plus grande que celle d’internet. Son répond aussi aux critiques qui pointent une éventuelle dépendance excessive à OpenAI en rappelant que cette participation ne pèse que 20 % de l’actif net réévalué du groupe, contre 50 % pour ARM. À l’inverse, plusieurs observateurs soulignent la fragilité de valorisations multipliées par 3,6 en un an pour un même actif. La réponse ne viendra qu’avec le temps, et probablement dans deux à trois ans, quand on verra si OpenAI, ARM et les autres paris transforment leurs valorisations en bénéfices durables.

 

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Et pour la France ? L’effet concret sur l’économie

Au-delà du symbole, les 75 milliards annoncés ont des conséquences concrètes. Construire des data centers à cette échelle, c’est mobiliser des milliers d’emplois directs et indirects sur la phase de chantier, puis des emplois qualifiés en exploitation (ingénierie réseau, cybersécurité, gestion énergétique, maintenance). C’est aussi attirer un écosystème : fournisseurs, sous-traitants, startups, formations dédiées.

Pour les jeunes diplômés des grandes écoles, c’est un signal supplémentaire que l’IA n’est plus un secteur de niche, mais une filière en expansion qui recrutera massivement dans les années qui viennent — à la croisée de l’ingénierie, du business, de l’énergie et de la régulation. La conjonction de Mistral AI côté champion national, des annonces Stellantis-Renault côté industrie verte et désormais de SoftBank côté infrastructures donne aux Hauts-de-France un poids stratégique nouveau. Reste à voir comment l’écosystème éducatif et les filières de formation se positionneront pour accompagner cette transformation.

 

Questions fréquentes sur le détrônement de Toyota par SoftBank

C’est quoi SoftBank ? SoftBank est un conglomérat japonais fondé par Masayoshi Son en 1981. À l’origine opérateur télécom, le groupe est devenu surtout un acteur d’investissement, détenant des participations dans Alibaba, ARM, Uber, WeWork et désormais OpenAI. Sa valeur en Bourse dépend largement de la santé de son portefeuille.

Pourquoi SoftBank a-t-il dépassé Toyota ? SoftBank a dépassé Toyota le 1er juin 2026 grâce à l’envolée de son action, portée par sa participation dans OpenAI et par l’annonce d’un investissement record de 75 milliards d’euros en France. L’action SoftBank a progressé de 94 % depuis le début de l’année et de plus de 360 % sur un an, tandis que Toyota reculait de plus de 10 % depuis janvier 2026.

Combien SoftBank a-t-il investi dans OpenAI ? SoftBank a finalisé fin 2025 un investissement de 40 milliards de dollars dans OpenAI, le plus gros investissement en private equity jamais réalisé dans une entreprise d’intelligence artificielle. Pour financer cette mise, le groupe a vendu sa participation dans Nvidia (5,8 milliards de dollars) et des actions T-Mobile (9,1 milliards).

Qu’est-ce que SoftBank investit en France ? SoftBank a annoncé fin mai 2026 un investissement de 75 milliards d’euros au total dans des infrastructures d’IA en France, dont 45 milliards d’ici 2031, principalement dans les Hauts-de-France pour la construction de data centers. C’est, selon Masayoshi Son, l’investissement le plus important jamais annoncé en Europe dans les infrastructures d’IA.

SoftBank est-il surexposé à OpenAI ? Masayoshi Son rejette cette idée en rappelant qu’OpenAI ne représente que 20 % de l’actif net réévalué du groupe, contre 50 % pour ARM, le concepteur britannique de puces. Des observateurs jugent toutefois que la concentration sur la thématique IA reste un facteur de risque significatif, d’autant que l’envolée des valorisations est récente.

 

Ce qu’il faut retenir

Le détrônement de Toyota par SoftBank le 1er juin 2026 est l’un de ces événements qui condensent une époque. Sur une seule journée, un fonds d’investissement ultra-exposé à l’IA passe devant le symbole industriel du Japon, tandis que son fondateur annonce à Paris l’investissement européen le plus massif jamais engagé dans les infrastructures d’intelligence artificielle. Les chiffres sont impressionnants : 253 milliards d’euros de capitalisation pour SoftBank, 75 milliards d’euros à venir en France, un bénéfice annuel quadruplé à 27 milliards d’euros, une action en hausse de 364 % sur un an.

Reste la grande question, à laquelle personne ne peut répondre avec certitude aujourd’hui : ce détrônement est-il le marqueur d’une nouvelle ère où l’IA structure durablement la création de valeur, ou le sommet d’une bulle qui finira par retomber ? Les paris de Masayoshi Son ont déjà connu des succès retentissants (Alibaba, ARM) et des échecs notables (WeWork). Cette fois, c’est le plus gros pari de son histoire. La réponse appartient aux deux ou trois années à venir.