Polémique : Retour sur les évènements liés à la venue d’Éric Zemmour à l’ESCP

 Polémique : Retour sur les évènements liés à la venue d’Éric Zemmour à l’ESCP

La venue d’Eric Zemmour à l’ESCP le vendredi 10 décembre 2021 a déclenché une vaste polémique clivante. Administration, associations, élèves, professeurs et alumni ; tous ont été divisés par la venue du candidat à la présidentielle et sur sa légitimité à parler au sein de la prestigieuse école parisienne. Planète Grande Ecole revient sur l’évènement.

 

Les évènements avant la conférence : ESCPrésidentielle

Tribunes ESCP est une association étudiante ayant pour objectif d’inviter des personnalités publiques. L’avantage est double : offrir aux étudiants les réflexions en avant-première des faiseurs de l’actualité, débats actuels et à venir, mais aussi de promouvoir le campus parisien comme tribune incontournable de la parole publique.

Dans le cadre de la présidentielle, l’ESCP a lancé son programme ESCPrésidentielle. Elle reçoit les candidats à l’élection présidentielle et leur donne l’occasion de se présenter aux étudiants et d’être challengés par eux. Si Jean Lassalle et Jean-Luc Mélenchon avaient été invités précédemment sans aucune anicroche, la venue d’Éric Zemmour souleva rapidement de nombreuses oppositions d’élèves, notamment du groupe « ESCP gauchistes », mais aussi d’enseignants ou de membres de l’administration qui n’avaient pas été prévenus.

 

L’association Tribunes en avait bien entendu parlé aux responsables de l’école, et la direction avait donné son accord. Malgré cela, les répercussions ont été si fortes qu’un communiqué de presse fut nécessaire. L’école explique sa décision, en insistant sur la nécessité de défendre le débat public. Qu’ils soient invités ou pas, cela ne ferait aucune différence pour la diffusion des idées polémiques de candidats, qu’on soit d’accord avec eux ou pas. Par nécessité de probité, il était nécessaire d’inviter les candidats principaux à l’élection, dont Éric Zemmour.

 

 

Il n’avait jamais été invité précédemment, de même que Marine Le Pen, autre candidate placée à l’extrême droite. Des étudiants de gauche de l’ESCP considéraient que la disparition de cette barrière était une insulte à l’institution et aux élèves. Les idées qu’il professerait auraient été vécues comme des gifles pour certains élèves, dont des étrangers. Lutter, manifester contre sa venue était alors une nécessité, sachant qu’il serait persona non grata à Sciences Po, malgré son statut d’alumni. La neutralité vis-à-vis du candidat par l’administration serait coupable. On serait soit contre lui, soit pour lui. Tout entre-deux bafouerait les valeurs de l’école. Vous pouvez la retrouver ici.

 

Le déroulement de la Conférence d’Éric Zemmour

La conférence a duré plus d’une heure sur le campus parisien de l’ESCP Business School : le lien.

Des groupes d’étudiants ont tenté de perturber la conférence. Des banderoles et pancartes antifascistes et pro-LGBT ont été portées par des élèves criant des slogans contre Éric Zemmour. L’équipe de sécurité d’Éric Zemmour a empêché leur entrée, mais selon des témoignages, on pouvait néanmoins entendre à l’intérieure de la salle les vociférations de l’extérieur. Zemmour y a d’ailleurs fait indirectement référence lorsqu’il a parlé d’interdire les lobbys au sein des campus, notamment LGBT+..

Les tensions ne se sont toujours pas arrêtées cet après-midi.

 

Un réel clivage lié à la venue d’Éric Zemmour (Reconquête)

La tribune écrite notamment par le groupe d’étudiants ayant manifesté a reçu près de 700 signatures d’alumni et d’enseignants. Vous pouvez la lire ici. Publiée dans le journal Libération, elle clive néanmoins l’opinion. Si certains sont contre sa présence, pour les raisons évoquées ci-dessus, d’autres au contraire étaient offusqués de cette opposition.

Pour des enseignants, alumni mais aussi élèves pour, ou encore non opposés à la venue du candidat, cette opposition à la venue d’un candidat est un danger à la liberté d’expression et de pensée.

En effet pour eux, c’est une volonté de faire taire et de contrôler la pensée dominante qui s’exprimerait à travers cette manifestation. Les élèves de gauches représenteraient une minorité agissante non représentative de la majorité des élèves de l’ESCP. La majorité serait effectivement opposée au discours d’Éric Zemmour, mais tolèrerait sa venue dans un souci de représentativité.

 

Nous serions selon eux, entrés dans une ère où la parole politique s’uniformiserait, et seule celle autorisée par les médias officiels demeurerait publique.

Hyppolyte, fondateur du « Cercle des grandes écoles avec Zemmour », rappelle qu’aucune manifestation n’avait eu lieu avec la venue de Jean Luc Mélenchon. Si Zemmour avait été condamné pour provocation à la haine raciale, le candidat de gauche l’avait été pour rébellion et provocation.

Nous serions entrés dans une ère où la parole politique serait totalement sous contrôle, asservie par les médias mainstream. Le contrôle de celle-ci serait telle qu’aucune pensée dissidente ne pourrait être admise. Ce serait le règne du politiquement correct et de la pensée unique.

Ces élèves se plaignent également d’un climat tendu, où l’on appellerait à repérer les sympathisants du candidat pour « nettoyer » le campus. Les animateurs du débat avec Eric Zemmour, et élèves membres de l’association se sont également plaints de harcèlements. Ayant participé à sa venue, ils auraient été coupables d’avoir « collaborés ».

Cette tension était telle que Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National, a préféré annuler sa venue. Le climat au sein de l’école serait trop tendu. 

 

Espérons que le climat au sein du campus parisien de l’ESCP s’apaisera, et que l’expérience éducative des élèves saura revenir à la normale. L’ESCP a en tout cas un tissu associatif très dynamique, et en perpétuel expansion. La récente ouverture d’une association de philosophie en est une preuve éclatante !