Rencontre avec Francis Barel – Directeur France de PayPal

 Rencontre avec Francis Barel – Directeur France de PayPal

Qui n’a jamais rêvé de prendre des responsabilités en entreprise ? Surtout dans une entreprise aussi omniprésente sur son secteur que PayPal… Nous avons eu la chance de rencontrer un homme fort de son expérience : Francis Barel, un ancien EDHEC arrivé aujourd’hui au poste de Directeur France de PayPal.

 

Pourriez-vous nous parler de votre parcours scolaire ?

Après deux années de prépa au Lycée Pasteur à Neuilly sur Seine, j’ai intégré l’EDHEC en 1997, où j’étais membre du BDE, membre de Destination Glisse (association pour le ski) et membre de l’association de pub, le GPEA (maintenant appelée Cité Pub). Grâce au monde associatif, j’ai pu assouvir toutes mes passions où j’ai rencontré des « amis pour la vie ». Et je n’exagère pas : mon meilleur ami de l’époque est devenu mon témoin de mariage et même le parrain de ma fille.

 

Quel a été votre stage de césure à l’EDHEC ?

J’ai fait de l’audit interne chez Renault pendant une année. Ce stage était très formateur, j’y ai acquis une méthodologie très spécialisée, à l’image de ce que l’on peut apprendre en cabinet d’audit chez les Big 4.

 

Qu’avez-vous fait en sortant de l’EDHEC ?

En sortant de l’EDHEC avec un Master en Finance et Stratégie en 2001, j’ai occupé pendant plus de 2 ans un poste de Project Manager chez BNP Paribas. Cependant, à force de faire des missions répétitives en interne, j’ai commencé à me renseigner sur les MBA. À l’époque on me proposait aussi de prendre une place à l’inspection générale, mais j’ai finalement décidé d’aller effectuer un MBA à Tuck (The Tuck School of Business de Dartmouth, aux États-Unis). Ma décision était guidée par mon envie d’améliorer mon savoir sur la finance et la stratégie mais d’une façon totalement différente. En effet, ma promo de MBA à Tuck était à taille humaine (environ 250 personnes) composée exclusivement d’étudiants ayant déjà travaillé plusieurs années.

 

Quelle est la différence entre un MBA et ce que l’on peut voir en école de commerce ?

 Le plus frappant d’abord, je dirais la maturité :

  • La maturité dans l’apprentissage était non négligeable: Si en école de commerce, on se disait qu’une mauvaise note pouvait être rattrapée par la suite, en MBA (quand on arrête de travailler ou qu’on fait parfois un nouveau prêt étudiant) nous nous en voulons à nous-mêmes si nous avons une mauvaise note.
  • Cette maturité se retrouve aussi dans les modalités d’évaluation: dans mon MBA j’avais signé un honor code qui stipulait que j’effectuais près de 90% de mes examens en auto-surveillance, c’est-à-dire que l’on nous donnait le lundi une enveloppe avec un sujet à rendre le vendredi et qu’une fois que nous l’ouvrions nous avions 4 heures pour effectuer le travail. Personne ne trichait, cela ne nous servait à rien, on était vraiment là pour la progression personnelle.

Mais j’ai aussi adoré la façon dont se déroulait l’apprentissage. J’ai même suivi des cours supplémentaires. Contrairement à la séquence française (cours dispensé par un prof, puis apprentissage de la leçon, puis travail sur des exercices), la séquence schématisant le travail en MBA aux États-Unis est : lecture d’un livre évoquant des notions, puis exercices à faire en autonomie, puis correction avec le prof et enfin le professeur fait le cours sur la notion (c’est la méthode du reverse teaching).

 

Quelles sont les compétences que vous avez acquises en MBA que vous utilisez régulièrement aujourd’hui chez PayPal ? 

À mon sens, il y en a trois principales :

  • Le réseau : Que ce soit en MBA ou à l’EDHEC, je me suis fait d’excellents amis avec qui j’ai des échanges réguliers.
  • Les hard skills : Je me suis considérablement amélioré dans la pratique de certains outils financiers tels que la modélisation (créer des modèles financiers plus proches de la réalité), l’analyse de chaines de valeur ou de chaines opérationnelles (Bottleneck analysis / process …).
  • La gestion humaine : Au cours de mon MBA, j’ai eu l’opportunité de m’investir dans des « study groups » (petits groupes de travail réunissant des étudiants pour discuter et travailler autour d’un sujet). Puisqu’au cours des différents groupes j’étais tantôt manager, tantôt managé, j’ai pu adapter ma gestion d’équipes par rapport à mes différents ressentis. J’ai à la fois appris du management des autres et repensé le mien en fonction des retours de mes camarades.

 

Est-ce qu’en école vous aviez déjà une idée claire de ce que vous vouliez faire « plus tard » ?

 Oui ! Et non… En fait dans ma carrière il faut distinguer deux aspects :

  • L’audit et le conseil: Au début de ma carrière je m’étais lancé dans ce secteur. En effet, j’ai effectué ma césure chez Renault en audit interne, puis en sortant de l’EDHEC j’ai rejoint la BNP. Or, plus on devient un sachant (une personne qui dispose de connaissances dans un domaine particulier du savoir ou qui a appris d’un fait matériel), plus on a envie de partager ce que l’on a appris. Ainsi, l’idée de manager a émergé pour réévaluer mon savoir tout en asseyant la légitimité.
  • L’entrepreneuriat et le leadership: Issu d’une famille d’entrepreneurs, j’ai souvent eu l’envie de créer ma propre entreprise ou de diriger une entreprise (qui n’était pas forcément la mienne). J’ai finalement pris la seconde voie. Aujourd’hui, j’ai une équipe et tout se passe bien.

 

De business developper à directeur France, pouvez-vous nous expliquer comment gravir les échelons en entreprise ? 

Si faire ses preuves dans son travail est nécessaire, il n’est pas forcément suffisant pour saisir les bonnes opportunités. Si c’est vraiment une question de chance (être au bon endroit au bon moment), c’est aussi souvent une question de relation.

Le réseau a joué un grand rôle dans la plupart de mes emplois : j’ai pratiquement trouvé tous mes jobs par rapport à un réseau. Je ne parle pas de « piston » ! Non, je parle de ces moments où des opportunités m’ont été apportées par mon réseau (par ordre chronologique) :

  • Lors de mon passage chez BNP, un ami qui venait de rejoindre l’équipe m’avait informé que la BNP cherchait des gens et que je devrais passer des entretiens.
  • En sortant de mon MBA, une amie de Tuck m’a donné des informations quant à des entretiens qui allaient être organisés.
  • Pour rentrer chez PayPal, j’ai contacté un ancien de l’EDHEC, plusieurs fois pendant 2 ans (qui ne me répondait pas nécessairement tout le temps), et un jour j’ai vu qu’il avait transféré mes e-mails à quelqu’un qui voulait développer la région Moyen Orient et Afrique du Nord chez PayPal. Cette personne m’a alors contacté et, après des entretiens, j’ai rejoint l’équipe au Business Development.
  • Par la suite, cette même personne qui m’avait recruté est partie, j’ai donc récupéré la gestion de la région.
  • Au même moment où je réfléchissais sur le grand nombre de voyages que j’effectuais et l’avancement du projet, mon mentor / coach / ami en interne qui venait de rejoindre la Business unit France, m’a demandé de passer des entretiens pour rejoindre l’équipe France. Après ces derniers, je suis devenu Business Developer en France.
  • La directrice commerciale a récupéré la France, j’ai alors postulé pour ce job: un job très compliqué avec beaucoup de visibilité et de pression. J’ai donc été au bon endroit au bon moment. Finalement je suis resté 2 ans et demi à ce poste (mon plus long poste chez PayPal) et on peut affirmer que j’ai fait mes preuves.
  • Cette même personne, directrice France est partie aux États-Unis, et il était question de la remplacer. Encore une fois, des entretiens en interne (une forte compétition pour le job) m’ont permis d’expliquer pourquoi j’étais le candidat le plus pertinent. J’ai donc récupéré la tête de la France en novembre 2019 et lorsque la crise a commencé en mars, j’ai tout fait pour rassurer les équipes et maintenir l’activité.

 

Quel est le quotidien du Directeur PayPal France sur les dernières semaines ?

Chaque matin, j’ai la chance de partager un petit déjeuner avec ma famille, je me rends ensuite dans un bureau temporaire de 8h30 à 20h. Mes journées sont denses et remplies d’une grande diversité d’activités. Bien qu’en ce moment tout se fait sous la forme d’e-mails et des calls, je gère des sujets allant des futurs projets de PayPal en France au coaching des équipes, en passant par une partie média. Ainsi, d’une part, mon travail est très fonctionnel : je m’assure que les équipes disposent de tout ce dont elles ont besoin, je m’entretiens avec les équipes en 1 to 1 ou en groupe, je participe à des réunions avec le call center pour savoir comment répondre à l’essor des appels, je m’occupe du job commercial (à savoir appeler les gros clients et des futurs gros clients de PayPal) etc… Et d’autre part, mon poste nécessite une grande visibilité : si notre entretien actuel en fait partie intégrante, plus tôt dans la journée j’ai aussi enregistré un podcast et je publie régulièrement sur LinkedIn à propos des nouvelles fonctionnalités de PayPal (comme l’utilisation du QR code en partenariat avec Intermarché ou encore la fonctionnalité du paiement en 4 fois).

 

Quelle est la place accordée à l’entrepreneuriat interne chez PayPal ?

L’entrepreneuriat se reflète sous deux aspects chez PayPal :

  • Dans les conditions de travail : Les bureaux de PayPal à Paris sont petits pour une aussi grosse entreprise. Il y a donc un petit côté start-up avec beaucoup de « bootstrapping » et de « guerilla marketing » (deux termes qui désignent la façon de faire du marketing viral ou « qui frappe » avec des faibles moyens) qui permettent de constamment se remettre en question sur sa manière de travailler
  • Dans l’innovation : Pour ce qui est de l’innovation, même si on a notre siège aux États-Unis, la France se doit d’être innovante pour ses clients, et elle l’est. C’est notamment en France qu’on fait l’apparition des cagnottes qui ont ensuite été proposées à l’échelle mondiale, pareil pour le paiement en 4 fois et pour le PtoP gratuit (paiement de particuliers à particulier).

 

Quelle est la place de l’inclusivité chez PayPal ?

Dans notre équipe nous ne retrouvons pas moins de 28 nationalités différentes pour moins de 100 employés. Cette variété de backgrounds permet d’avoir différents points de vue sur chaque problématique.

Aussi, nous ne retrouvons pas de réel écart entre le nombre de femmes et d’hommes dans mon équipe. Dans les faits, le bureau parisien de PayPal est même totalement paritaire. Dans la même idée, il existe chez PayPal une sorte d’association interne nommée Unity (anciennement eWin) dont le but est de promouvoir la place des femmes à l’intérieur de PayPal mais aussi à l’extérieur.

Antoine Dalenconte

Actuellement étudiant à l'ESSEC Business School et rédacteur chez Planète Grandes Écoles et Mister Prépa, je m'intéresse aux domaines de la finance et de l'entrepreneuriat, ainsi qu'aux fonctions à hautes responsabilités.