Pénurie d’ingénieurs en France : ce que révèle la 37ème enquête de l’IESF
Pénurie d’ingénieurs en France : ce que révèle la 37ème enquête de l’IESF
Dans un contexte où la réindustrialisation, la transition énergétique et la souveraineté technologique sollicitent plus que jamais la profession, la question d’une pénurie d’ingénieurs en France occupe une place croissante dans le débat. L’Observatoire des Ingénieurs et Scientifiques de France (IESF) publie les résultats de sa 37ème enquête annuelle, menée auprès de 32 000 répondants, et signale un risque de tension durable sur les compétences. Renouvellement des générations, place de l’industrie, salaires, satisfaction au travail, intelligence artificielle : voici les principaux enseignements.
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Pénurie d’ingénieurs : un départ massif à la retraite d’ici 2035
Sur environ 1 028 700 ingénieurs en activité de moins de 65 ans, 236 599 ont aujourd’hui entre 50 et 64 ans. Près d’un ingénieur actif sur quatre atteindra donc l’âge de la retraite dans les dix à quinze prochaines années, à comparer aux 50 045 nouveaux ingénieurs diplômés en 2025. Le nombre d’ingénieurs éligibles à la retraite va plus que doubler d’ici 2035, et les départs se concentrent entre 63 et 67 ans.
Les secteurs ne sont pas exposés de la même façon. Les télécommunications sont les plus concernées en proportion : les 50-64 ans y représentent 39 % des effectifs, contre 24 % dans l’industrie. En volume, l’industrie reste en revanche le secteur qui compte le plus d’ingénieurs proches de la retraite, avec 105 568 quinquagénaires et sexagénaires, contre 9 508 dans les télécoms.
La transmission des compétences reste largement informelle. Seuls 25 % des ingénieurs seniors préparent activement leur successeur, alors que 60 % d’entre eux indiquent que leur entreprise le permettrait. Par ailleurs, 44 % des répondants ignorent jusqu’à l’existence du mécénat de compétences.
Selon Marie-Liesse Bizard, présidente de l’Observatoire des Ingénieurs et Scientifiques de France, cette édition marque un moment charnière. La profession bénéficie encore d’un solde nettement positif de nouveaux ingénieurs, mais le vieillissement et le déficit de transmission des compétences demandent à être pris au sérieux dès maintenant. Elle estime qu’il faut désormais fixer des objectifs prioritaires pour redonner aux jeunes l’envie de s’engager dans les filières scientifiques et industrielles, et mieux faire connaître la réalité de ces métiers : des débouchés nombreux, des rémunérations attractives et un excellent niveau de satisfaction au travail.
L’industrie accueille moins de jeunes ingénieurs diplômés
L’industrie reste le premier employeur des ingénieurs, mais sa place s’érode chez les plus jeunes. Elle n’accueille plus que 30 % des deux dernières promotions de jeunes diplômés, contre 42 % de l’ensemble des ingénieurs. Cet écart de 12 points cette année était de 6 points en 2025 et de 2 points en 2024.
Côté recrutement, 2025 marque un net rebond avec 138 700 recrutements d’ingénieurs, en hausse de 11,2 % par rapport à 2024. L’industrie a embauché environ 45 800 ingénieurs, en léger recul sur un an, tandis que les autres activités tertiaires (35 000 recrutements) et l’énergie (14 400 embauches) progressent fortement. Les entreprises peinent par ailleurs à recruter certains profils très spécialisés.
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L’enquête s’intéresse aussi à l’origine de la vocation. Elle naît d’abord dans le cercle familial (45 %), loin devant le rôle des professeurs (17 %).
Salaire des ingénieurs : ce que mesure l’enquête de l’IESF
Le salaire brut médian des ingénieurs s’établit à 67 800 € en 2025, contre 67 000 € en 2024, soit +1,2 %. La progression ralentit par rapport aux années précédentes, mais le niveau reste nettement supérieur à celui des cadres du secteur privé, dont la rémunération annuelle brute médiane atteint 55 000 € en 2025 selon le baromètre de l’Apec. Cette hausse, désormais dans l’ordre de grandeur de l’inflation, correspond à une stabilisation du pouvoir d’achat en euros constants, à l’exception des 50-54 ans, qui atteignent leur plus haut niveau historique à 84 300 € constants.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Salaire brut médian des ingénieurs en 2025 | 67 800 € (+1,2 % sur un an) |
| Évolution du salaire médian en 2024 | +4,7 % |
| Évolution du salaire médian en 2023 | +6 % |
| Rémunération brute médiane des cadres du privé en 2025 (Apec) | 55 000 € |
| Salaire net mensuel médian des femmes ingénieures | 3 840 € |
| Salaire net mensuel médian des hommes ingénieurs | 4 910 € |
L’éventail des rémunérations s’élargit avec l’âge : l’écart entre les 10 % les mieux et les moins bien payés est de 33 000 € à 25-29 ans, contre 160 000 € à 60-64 ans. Pour 2026, un ingénieur sur deux anticipe une nouvelle hausse de sa rémunération. L’enquête confirme enfin un écart salarial de genre de 22 % entre les femmes ingénieures et leurs homologues masculins.
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Satisfaction, télétravail et IA : ce que disent les ingénieurs
68 % des ingénieurs se disent satisfaits de leur travail. Le sens donné au travail apparaît comme le premier moteur de satisfaction, devant la rémunération : la note passe de 2,0 à 4,4 sur 5 entre les ingénieurs qui ne trouvent aucun sens à leur activité et ceux qui lui en trouvent pleinement. L’industrie figure parmi les cinq secteurs les plus satisfaisants (3,75), derrière l’eau et l’environnement (3,89), l’électricité et le gaz (3,86) et les sociétés de conseil (3,81).
Au quotidien, le respect, l’ambiance et l’esprit d’équipe (39 %) pèsent plus que la rémunération (33 %) dans l’engagement. 63 % des ingénieurs n’envisagent pas de changer d’employeur, et l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle constitue la première raison de rester (52 %), devant la rémunération et les avantages (46 %).
Le télétravail s’est banalisé : 87 % des ingénieurs salariés le pratiquent, très majoritairement un à deux jours par semaine, et 3 % seulement souhaiteraient un télétravail intégral. 72 % estiment qu’un excès de télétravail affaiblit le sentiment d’appartenance à l’entreprise.
Côté intelligence artificielle, 73,8 % des ingénieurs l’utilisent déjà dans leur travail, principalement via ChatGPT (51 %) et Copilot (45 %). Leur confiance dans ces outils atteint 5,6 sur 10, contre 6,2 sur 10 pour leurs propres compétences. 81 % des utilisateurs quotidiens y voient une opportunité, contre 30 % des non-utilisateurs, et un quart des utilisateurs les plus aguerris se sent malgré tout personnellement menacé dans son métier. La formation reste le principal point de friction : 68 % des ingénieurs souhaiteraient des ateliers ou des formations dédiés. La connaissance de l’AI Act est faible (2,9 sur 5), alors que 64 % des ingénieurs la jugent importante.
Une France des ingénieurs à plusieurs vitesses selon l’IESF
Un ingénieur sur deux travaille en Île-de-France ou en Auvergne-Rhône-Alpes, deux régions qui concentrent près de la moitié des effectifs sur 15 % du territoire. L’Île-de-France réunit également 36 % des recrutements de 2025 (près de 47 900), devant l’Auvergne-Rhône-Alpes (18 %, environ 24 600) et l’Occitanie (environ 9 700).
Les contrastes régionaux sont stables depuis trois éditions. La Bretagne affiche la meilleure qualité de vie perçue (4,7 sur 5) mais des salaires parmi les plus bas (58 059 €). L’Île-de-France offre à l’inverse les salaires les plus élevés de métropole (73 799 €), avec la qualité de vie perçue la plus basse (3,6 sur 5) et le taux d’intention de départ le plus élevé (21 %).
La profession s’est par ailleurs ouverte socialement : 36 % des ingénieurs de moins de 30 ans ont été boursiers pendant leurs études, contre 24 % des 50-64 ans. La mobilité géographique reste surtout un phénomène de début de carrière : 60 % des moins de 30 ans envisagent de changer de région dans les trois ans, contre 25 % des 50-64 ans. Cette mobilité est motivée d’abord par l’opportunité professionnelle (57 %) et jugée satisfaisante par 83 % de ceux qui l’ont vécue.
À l’international, 145 000 ingénieurs français exercent hors de France. 76 % jugent leur rémunération supérieure à celle qu’ils obtiendraient en France, et 89 % estiment cette expérience bénéfique pour leur carrière, sans pénalité constatée au retour.
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FAQ sur la pénurie d’ingénieurs en France
Combien d’ingénieurs vont partir à la retraite dans les prochaines années ?
Sur environ 1 028 700 ingénieurs en activité de moins de 65 ans, 236 599 ont entre 50 et 64 ans, soit près d’un sur quatre. Ils atteindront l’âge de la retraite dans les dix à quinze prochaines années, et le nombre d’ingénieurs éligibles à la retraite va plus que doubler d’ici 2035.
Quel est le salaire médian d’un ingénieur en France ?
Le salaire brut médian des ingénieurs s’établit à 67 800 € en 2025, en hausse de 1,2 % par rapport à 2024. Le classement des écoles d’ingénieurs selon le salaire à la sortie permet de comparer les niveaux de rémunération par école.
Quelle part des ingénieurs utilise l’intelligence artificielle ?
73,8 % des ingénieurs utilisent déjà l’IA dans leur travail, principalement via ChatGPT (51 %) et Copilot (45 %).
Ce qu’il faut retenir
La 37ème enquête de l’IESF met en regard 236 599 ingénieurs de 50 à 64 ans et 50 045 nouveaux diplômés en 2025, avec un nombre d’ingénieurs éligibles à la retraite qui va plus que doubler d’ici 2035. L’industrie n’accueille plus que 30 % des deux dernières promotions, contre 42 % de l’ensemble des ingénieurs, et seuls 25 % des seniors préparent leur successeur. Le salaire brut médian atteint 67 800 € (+1,2 %), la satisfaction au travail s’établit à 68 % et près des trois quarts des ingénieurs utilisent déjà l’IA. Pour l’Observatoire, l’enjeu est désormais de savoir comment agir pour susciter de nouvelles vocations dans les filières scientifiques et industrielles.