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- ACTU BUSINESS INDUSTRIE
- Nathan Henriot
- 2 août 2025
Iveco : un pan de l’industrie italienne passe sous pavillon indien
Le constructeur italien Iveco, figure historique de l’ex-empire Fiat, change de propriétaire. Le groupe Tata Motors, géant indien de l’automobile, a annoncé le 30 juillet 2025 un accord pour racheter Iveco Group, à l’exception de sa branche défense. Une opération d’envergure, à 3,8 milliards d’euros, qui rebat les cartes du secteur des véhicules industriels en Europe et dans le monde.
Iveco, le géant des camions et des bus
Iveco est un acteur majeur européen du véhicule industriel, dont le siège est basé à Turin, en Italie. L’entreprise emploie 36 000 personnes à travers 19 sites industriels et 31 centres de Recherches et Développement (R&D). Selon Les échos, le groupe conçoit et fabrique des camions (58 % de son chiffre d’affaires), des autobus urbains (15 %), des moteurs et transmissions (21 %), ainsi que des véhicules spéciaux (incendie, tout-terrain, militaires..). En 2024, Iveco Group réalisait 74 % de ses ventes en Europe et 11 % en Amérique latine.
En France, Iveco dispose d’une forte implantation industrielle, notamment avec l’usine de bus d’Annonay (Ardèche), les sites Heuliez Bus à Rorthais (Deux-Sèvres) et l’unité de production de moteurs à Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire). La branche qui produit les camions et poids lourds Iveco est le quatrième acteur en Europe avec 13 % de part de marché au premier trimestre 2025 derrière Mercedes, Volvo Trucks et MAN. Du côté des bus, Iveco est le fournisseur d’Île-de-France Mobilités qui représente près de 40 % du chiffre d’affaires du constructeur.
Tata Motors rachète la branche civile d’Iveco
Le groupe indien Tata Motors, déjà propriétaire depuis 2008 de Jaguar Land Rover a annoncé le rachat de 100 % d’Iveco Group (hors activités de défense) pour 14,1 € par action, avec le soutien d’Exor, actionnaire principal. Avec cette acquisition, le constructeur indien ambitionne de devenir un acteur majeur des véhicules utilitaires et prévoit de retirer Iveco Group de la Bourse de Milan Euronext. La finalisation est prévue pour mi-2026, après séparation de la branche Défense.
Iveco emploie environ 36 000 personnes dans le monde, dont 4 000 en France sur ses sites clés. Tata Motors s’engage à maintenir l’emploi et les sites pendant deux ans, sans plan de réduction d’effectifs. La production, notamment de bus électriques, reste assurée en France. Malgré cela, certains syndicats craignent un éventuel transfert de la recherche et développement vers l’Asie à moyen terme.
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Le véto stratégique de Rome
Déjà en 2021, Iveco avait déjà failli être racheté par le chinois FAW si le gouvernement italien de l’époque n’était pas intervenu pour bloquer l’opération. Rome craignait de voir partir la division de défense d’Iveco à l’étranger. En 2025, conformément à la volonté du gouvernement italien et à son droit de veto, la branche défense Iveco Defence Vehicles, spécialisée dans les véhicules blindés ne fait pas partie du périmètre cédé au géant indien. Cette activité stratégique est vendue séparément au groupe italien Leonardo pour 1,7 milliard d’euros. Cette transaction, financée sur fonds propres, renforce la position de l’industriel militaire Leonardo dans le secteur de la défense terrestre, en combinant ses systèmes électroniques (tourelles, capteurs, gestion de combat) avec les véhicules blindés éprouvés d’Iveco. Cette intégration verticale promet une capacité accrue à répondre à la montée des besoins en défense en Europe. L’opération, prévue pour 2026, positionne ainsi l’Italie au cœur de l’autonomie stratégique européenne, malgré les défis d’intégration culturelle et industrielle entre les deux groupes.
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Un tournant pour l’ex-empire Fiat
La vente d’Iveco à Tata Motors marque un nouveau désengagement d’Exor, holding de la famille Agnelli, de l’industrie automobile traditionnelle. Après s’être séparée de Magneti Marelli, Comau et de 4 % du capital de Ferrari, Exor privilégie désormais des secteurs à plus forte croissance ou rentabilité.
L’histoire d’Iveco remonte à 1975, lorsque Fiat avait regroupé plusieurs constructeurs européens de véhicules industriels. Séparée de Fiat Auto en 2011, l’entreprise a connu plusieurs réorganisations avant de devenir indépendante en 2022. Ce rachat par Tata Motors marque donc la fin d’un long chapitre industriel italien, dans un contexte de recomposition rapide du secteur.
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Une ambition industrielle mondiale
Avec cette opération, Tata Motors et Iveco Group réunis ambitionnent de vendre 540 000 véhicules utilitaires par an pour 22 milliards d’euros de chiffre d’affaires, répartis entre l’Europe, l’Inde et les Amériques. Les activités des deux entreprises se complètent, sans chevauchement géographique et permettent à Tata Motors d’accélérer sa transition vers les mobilités durables, en s’appuyant sur le savoir-faire européen d’Iveco, notamment dans l’électrification des gammes (comme les nouveaux utilitaires eJolly et eSuperJolly). Tata Motors compte également poursuivre la stratégie actuelle d’Iveco, qui mise sur les solutions bas-carbone.
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Une page se tourne
En définitive, le rachat d’Iveco par Tata Motors scelle le passage d’un emblème de l’industrie italienne dans le giron asiatique. Tandis que Leonardo renforce sa position dans la défense et que Tata s’impose comme un acteur global du véhicule industriel, l’opération témoigne des nouvelles dynamiques de pouvoir dans l’industrie automobile mondiale. Pour l’Europe, le défi sera de conserver l’emploi, l’innovation et les compétences sur le continent.