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 Interview de Yann – Enterprise Account Manager chez Google

Interview de Yann – Enterprise Account Manager chez Google

De plus en plus d’étudiants et jeunes professionnels s’intéressent aux carrières dans la tech. Pour en savoir plus, j’ai eu la chance de discuter avec Yann, Enterprise Account Manager chez Google. Il revient sur son parcours, partage ses apprentissages, et donne ses conseils à ceux qui souhaitent rejoindre cet univers en pleine mutation.

*Les propos partagés ici sont personnels et ne reflètent pas nécessairement ceux de mon employeur.*

 

Peux-tu nous parler de ton parcours avant d’intégrer Google ?

Je m’appelle Yann, j’ai grandi à Louveciennes, une petite ville entre Versailles et Saint-Germain-en-Laye. Après un bac ES, j’ai intégré une école de commerce post-bac, sans idée précise au départ, mais avec l’envie d’entreprendre et de comprendre le monde du business.

Assez vite, je me suis tourné vers l’entrepreneuriat. Pendant mes études, j’ai enchaîné les expériences en start-up comme business developer, et j’ai lancé plusieurs projets en parallèle. Certains ont marché, d’autres non, mais chaque expérience m’a appris quelque chose.

En parallèle, la tech m’attirait de plus en plus. J’ai eu la chance de faire mon stage de fin d’études chez Microsoft, ce qui m’a permis de découvrir cet univers de l’intérieur. À la fin de mon cursus, j’ai rejoint Amazon en CDI comme Account Manager, puis j’ai quitté mon poste pour lancer une start-up, puis un autre projet en solo, tout en voyageant entre les États-Unis, l’Asie et l’Afrique.

Avec le temps, j’ai ressenti le besoin de me recentrer, de retrouver un cadre plus structuré. Et à ce moment-là, j’avais une idée très claire : je voulais rejoindre Google. C’était la seule entreprise que je visais. J’ai essuyé trois refus, mais je n’ai pas lâché. J’ai retravaillé mon profil, cherché du feedback, ajusté ma préparation. Et à la quatrième tentative, c’est passé.

 

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Beaucoup idéalisent le monde de la tech sans forcément bien le connaître. Comment la définirais-tu ?

La tech, c’est un monde qui bouge tout le temps. Ça va vite, ça innove, ça casse des règles, ça en crée de nouvelles. Ce n’est pas juste coder dans un garage ou bosser chez Google. C’est un monde où les entreprises, grandes ou petites, créent des solutions qui transforment notre façon de vivre, de travailler et d’interagir. C’est un écosystème ultra riche où chacun peut trouver sa place si tu sais ce que tu veux y construire.

Pour mieux comprendre, on peut dire qu’il y a plusieurs « ligues » dans la tech. D’abord les GAFAM, les géants mondiaux. Travailler chez eux, c’est apprendre dans des structures ultra rodées, avec des moyens énormes et des attentes très élevées. Ensuite, il y a les autres grandes boîtes tech comme Salesforce, SAP, IBM ou Oracle. Moins visibles du grand public, mais stratégiques dans leur secteur, souvent plus B2B.

Puis viennent les licornes, ces start-up qui valent plus d’un milliard. Là, l’énergie est différente : on te demande d’aller vite, de tester, d’oser. Et enfin les start-up et scale-up plus petites, où tu touches à tout, où tu as de l’autonomie, et où tu apprends souvent beaucoup en peu de temps.

Mais au fond, la tech, ce n’est pas qu’un secteur. C’est un état d’esprit. C’est apprendre en continu, remettre les choses en question, chercher des solutions là où personne n’a encore regardé. Il y a beaucoup d’opportunités… Mais aussi beaucoup de poudre aux yeux. Entre les buzzwords et les levées de fonds tape-à-l’œil, il faut apprendre à garder un regard lucide.

 

Une fois avoir découvert la tech, tu intègres Microsoft, puis Amazon et maintenant Google. Y a-t-il des similitudes que tu as remarquées dans la manière dont ces entreprises recrutent ?

Oui, clairement. Les grands groupes tech ont des processus de recrutement assez similaires, structurés et très cadrés. En général, ça se passe en trois grandes étapes.

D’abord, tu as un premier appel avec un recruteur. C’est souvent un échange informel, mais il est loin d’être anodin. Il faut montrer que tu connais bien l’entreprise, ses produits, et que tu as une vraie raison d’y postuler. Ce n’est pas juste « je veux bosser dans la tech », c’est « je veux bosser ici, pour telle raison ».

Ensuite, viennent les entretiens dits « fit ». L’objectif est de voir si tu corresponds à la culture de la boîte, si tu vas bien t’intégrer, si tu sais travailler en équipe, communiquer clairement, gérer la pression. Et en parallèle, on va vérifier si tu as les compétences spécifiques au poste.

Enfin, il y a des cas pratiques. Ça peut être un business case, une mise en situation ou un test de raisonnement. Ce que ça évalue, ce n’est pas juste ta solution, c’est surtout ta capacité à structurer ta pensée, à poser les bonnes questions, à prendre des décisions logiques. Et aussi à rester calme et clair sous pression.

Même si chaque entreprise a ses petites différences, la logique est souvent la même. Ce qu’ils cherchent avant tout, c’est des gens structurés, curieux, capables d’apprendre vite, et d’avoir de l’impact en équipe.

 

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Comment t’étais-tu préparé pour les processus de recrutement dans des entreprises tech aussi plébiscitées ?

Franchement, le plus dur, c’est souvent de passer la première barrière : le screening du CV. Pour moi, c’est là que tout se joue. J’ai donc passé du temps à peaufiner mon CV, en mettant en avant ce qui pouvait vraiment parler aux recruteurs tech : des expériences concrètes, des résultats chiffrés, et une structure claire. Il faut que ce soit simple à lire, impactant dès les premières lignes, et bien aligné avec le poste que tu vises.

Une fois que ton profil est sélectionné, il faut adopter une vraie méthode. De mon côté, j’ai fait trois choses essentielles.

D’abord, j’ai étudié les processus de recrutement dans le détail. Chaque entreprise a ses codes, ses critères, ses attentes. J’ai lu des articles, regardé des témoignages sur YouTube, épluché Glassdoor. Plus tu comprends l’environnement et les questions types, plus tu peux te préparer avec précision.

Ensuite, j’ai sollicité mon réseau. Parler à des personnes déjà en poste dans ces boîtes, c’est une mine d’or. Tu gagnes en clarté sur la culture interne, tu obtiens des conseils concrets, et tu peux parfois obtenir un “referral”, une recommandation interne, ça ne garantit rien, mais ça augmente tes chances d’être shortlisté à l’étape du screening. Même si tu ne connais personne, n’hésite pas à écrire à des employés sur LinkedIn. Quand c’est fait avec respect, beaucoup prennent le temps de répondre.

Enfin, je me suis entraîné. Sérieusement. Répondre à voix haute, simuler des entretiens, structurer mes expériences avec méthode. Chaque boîte a ses spécificités, donc il faut s’adapter à chaque fois.

Et surtout, il faut garder en tête que ça ne marche pas toujours du premier coup. Avant d’entrer chez Google, j’ai essuyé trois refus dès l’étape du CV. Plutôt que de me décourager, j’ai décidé de revoir ma stratégie. J’ai demandé du feedback, j’ai retravaillé mon positionnement, et je me suis fait coacher par un ancien de Google (Hugo Colusso) qui accompagne justement des étudiants et jeunes actifs voulant intégrer la tech. Ça m’a permis de comprendre plus finement ce que les recruteurs attendent, d’ajuster ma préparation, et de revenir avec une approche plus claire, plus solide, plus efficace.

Finalement, ce n’est pas une question de chance. C’est une question de rigueur, d’apprentissage, et surtout de persévérance.

 

Quels sont les types de postes accessibles aux diplômés d’école de commerce dans les grandes entreprises tech comme les GAFAM ?

Quand tu sors d’une école de commerce, les métiers les plus accessibles dans la tech se trouvent souvent dans la partie business, et surtout dans les Sales. Mais attention, « Sales », ce n’est pas juste vendre au téléphone. C’est comprendre les besoins des clients, leur proposer des solutions adaptées, les accompagner dans leur stratégie, et parfois même gérer des millions d’euros de budget.

Tu as deux grandes familles de postes. D’un côté, les Sales en acquisition : leur mission, c’est de prospecter, d’ouvrir de nouveaux comptes, de générer de la croissance. De l’autre, les Sales en gestion de compte, plus orientés fidélisation, accompagnement, développement stratégique des clients existants.

Les intitulés que tu croiseras souvent sont Sales Development Representative (SDR), Business Development Representative (BDR), Account Executive (AE), Account Manager, ou encore Account Strategist (surtout chez Google ou Meta). Ce sont des postes qui demandent de la rigueur, un bon relationnel, et surtout une capacité à comprendre les enjeux business d’un client rapidement.

Mais les GAFAM recrutent aussi sur d’autres fonctions business : en marketing digital, en stratégie, en opérations, en gestion de projet… Ce qui compte, c’est que tu sois capable de comprendre comment fonctionne leur modèle, que tu sois curieux, et que tu montres que tu peux t’adapter vite à des environnements très exigeants.

 

Pour les étudiants en école de commerce qui visent un CDI en Sales dans la tech, quels types de stages ou d’expériences recommandes-tu ?

Le choix des stages est important, mais ce qui compte vraiment, c’est la cohérence de ton parcours et ta capacité à apprendre vite. Si tu veux bosser en Sales dans la tech, vise des stages qui te mettent déjà dans cette dynamique.

Les plus pertinents sont les postes de Sales Development Representative (SDR), Business Development Representative (BDR) ou Account Manager. Tu y apprendras à prospecter, convaincre, gérer des clients et surtout à comprendre comment on vend un produit tech. Ces bases-là sont essentielles pour décrocher un CDI dans une grande boîte.

Tu peux aussi passer par une agence média ou une start-up. L’idée, c’est de te confronter tôt à la réalité du terrain. Plus tu es exposé à des clients, à des chiffres, à de vrais enjeux business, plus tu te démarques.

Mais surtout, ce qui va faire la différence, c’est ce que tu montres en dehors du stage. Aujourd’hui, les recruteurs regardent ton niveau d’initiative. Est-ce que tu attends qu’on te donne une mission, ou est-ce que tu vas chercher plus loin ?

Quelques exemples concrets :

  1. Faire les certifications Google, Meta ou HubSpot. Ce sont des formations gratuites qui montrent que tu es motivé et que tu parles déjà le langage du secteur.
  2. Lancer un projet à côté. Peu importe l’échelle. Une newsletter, un petit e-commerce, un blog, une asso. Ça montre que tu sais construire, apprendre, t’adapter. Et que tu as de l’énergie.
  3. Te former en continu. Tu n’as pas besoin de tout savoir, mais il faut comprendre les bases du digital, de la vente, de l’acquisition, du SaaS. YouTube, podcasts, newsletters… tout est là, à portée de clic.
  4. Enfin, construis un fil rouge. Ton parcours doit raconter quelque chose. Peu importe si tu as fait un détour. Ce qui compte, c’est de pouvoir expliquer pourquoi tu l’as fait, ce que tu en as tiré, et où tu veux aller.

Tu n’as pas besoin d’être parfait, tu as juste besoin d’être clair, curieux, et aligné avec ce que tu veux construire.

 

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Quels sont les salaires auxquels un jeune diplômé peut prétendre en rejoignant une grande entreprise de la tech ?

Dans la tech, la rémunération combine généralement trois éléments : un fixe, un bonus lié à la performance, et parfois des stock-options ou actions. Les montants varient selon l’entreprise, le poste, la localisation et ton niveau d’expérience.

Voici des fourchettes indicatives (non exhaustives) pour les fonctions business/Sales, à Dublin et Paris :

À Dublin (où sont basés les sièges EMEA de nombreuses entreprises tech) :

  • Junior (0–2 ans) : 45 000 à 60 000 € de fixe + bonus (10 à 30 %)
  • Mid-level (2–4 ans) : 55 000 à 70 000 €
  • Senior (5+ ans) : 75 000 € et plus, avec des packages totaux qui peuvent dépasser 120 000 €

À Paris (salaires souvent un peu plus bas à poste équivalent) :

  • Junior : 35 000 à 45 000 €
  • Mid-level : 45 000 à 60 000 €
  • Senior : 65 000 € et plus

Dans les GAFAM, même en tant que junior, les packages peuvent rapidement dépasser les 100,000 € par an, surtout quand on inclut les bonus et les actions. Ce sont des environnements exigeants, mais très formateurs, où la performance peut vraiment accélérer ta progression.

Ce qu’il faut retenir, c’est que la progression est rapide pour ceux qui savent apprendre, délivrer et se positionner intelligemment. Le salaire de départ est important, mais c’est surtout l’évolution qui compte dans la tech.

 

Pour finir, quel serait ton principal conseil à un étudiant qui souhaite se démarquer lors des premières étapes de recrutement dans une grande entreprise tech ?

Accorde-toi le droit d’y croire. Vraiment. Parce que le plus grand filtre, ce n’est pas l’algorithme de recrutement. C’est l’autocensure. C’est cette petite voix qui dit “je ne suis pas légitime”, “je ne viens pas du bon milieu”, “je n’ai pas le bon profil”.

La vérité, c’est que j’ai été refusé trois fois par Google. Pas parce que je n’étais pas assez bon. Parce que je n’étais pas encore prêt. Et le jour où je l’ai été, ça a marché.

Et je ne suis pas une exception. On est beaucoup à ne pas avoir coché toutes les cases, à avoir appris sur le terrain, à avoir pris des murs, recommencé, persévéré. C’est ça que la tech valorise. Pas la perfection. Le mouvement.

Dans la tech, ton école ne définit pas ta valeur. Ton origine ne t’empêche pas d’avancer. Ce secteur ne demande pas d’être parfait. Il demande d’être curieux, engagé, capable d’apprendre vite et de faire mieux demain qu’hier.

Que tu viennes d’un BTS ou d’une grande école, d’un bootcamp ou d’un projet perso, de banlieue, de Paris, de la campagne ou de n’importe quelle autre ville, ça ne change rien. Si tu construis, si tu apprends, si tu fais, tu as ta place.

Ce que tu fais quand personne ne te regarde compte bien plus que ce que tu affiches sur ton CV. Ce n’est pas une industrie fermée. C’est un terrain d’opportunités pour celles et ceux qui décident de s’en emparer.

Un jour, il faudra qu’on arrête de demander la permission pour rêver. La tech n’est pas réservée aux meilleurs profils. Elle est ouverte à celles et ceux qui avancent, même sans être prêts. Alors ose. Même si tu te sens petit. Même si tu as échoué. Même si personne ne t’a encore tendu la main. Parce que parfois, c’est toi qui dois faire le premier pas.

Et si je devais donner un conseil concret, ce serait celui-ci : contacte dix personnes qui font le job que tu veux. Pose-leur des questions. Apprends de leurs réponses. Et construis à partir de là. Ce simple pas-là peut tout changer.

Tu es peut-être à une tentative, un message, une rencontre de ton déclic. Mais tu ne le sauras jamais si tu n’essaies pas.