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Travailler dans le secteur public après une école de commerce : entretien avec Hugo Nicaise

Travailler dans le secteur public après une école de commerce : entretien avec Hugo Nicaise

L’équipe de Planète Grandes Ecoles est partie à la rencontre d’Hugo Nicaise. Alumni de l’EDHEC après avoir effectué une prépa ECT, il est passé par de nombreux projets associatifs, entrepreneuriaux, et par le secteur public. Son parcours atypique est source d’inspiration pour de nombreux étudiants.

 

Tu as fait une classe prépa, l’EDHEC et aujourd’hui tu travailles à l’AFD (Agence française de développement) après être passé par l’Assemblée nationale et Matignon. Qu’est-ce qui t’a amené à te tourner davantage vers un parcours public ?

C’est en prépa que j’ai vraiment commencé à découvrir ce domaine mais sans forcément vouloir y travailler.  La découverte pratique s’est faite en école. Nous avions un stage de deux à quatre mois en première année à l’EDHEC. Au début, je cherchais à me diriger vers le conseil. Mais, l’affaire était complexe et je me suis dit qu’il valait mieux se faire plaisir pour ce premier stage et remettre à plus tard le conseil. Je me suis donc tourné vers la politique. J’ai sollicité des élus pour un stage et j’ai eu la chance de le faire auprès d’un député. Cela a invariablement dessiné mes choix professionnels. Pourquoi ? Car j’ai aperçu ce que l’action publique pouvait faire pour la société, une personne ou une communauté. 

Mes expériences ultérieures ont confirmé ce que pouvait être la sphère publique (à Matignon et aujourd’hui à l’AFD), à différentes échelles et dans différents domaines mais à chaque fois avec les mêmes fondements. Je mettrais juste une nuance à ce que je raconte : je ne dis pas que le public a le monopole d’une action pouvant changer les choses mais c’est ce que j’ai trouvé de plus efficace à ce stade. Les entreprises privées peuvent aussi avoir une action « publique », par exemple chez VINCI, où j’ai fait un stage. 

 

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Le secteur public est un domaine où les étudiants d’école de commerce restent encore minoritaires, on y trouve davantage des profils de Sciences politiques. Comment as-tu réussi à t’y intégrer ? 

Premièrement, je crois remarquer que de plus en plus d’étudiants en école de commerce s’intéressent au public et je connais plusieurs ex-camarades qui se sont également tournés vers ce secteur – et avec beaucoup de réussite ! 

Il faut savoir qu’il y a plusieurs pans de la sphère publique. Je suis rentré par la voie politique, mais vous avez surtout la voie de l’administration. Aujourd’hui, je ne suis ni dans l’une ni dans l’autre, je suis dans une Agence de l’Etat : l’Agence française de développement. L’État a créé ces agences/établissements pour opérationnaliser certaines de ses politiques publiques. Cette structure décline l’ambition politique et bénéficie d’une plus grande flexibilité qu’une administration centrale. L’objectif étant de rendre la dépense publique plus efficiente. À l’AFD, nous mettons en œuvre la politique de développement de la France, qui combine une dimension diplomatique et une dimension économique, contribuant ainsi au rayonnement et à la puissance de la France sur la scène internationale.

Au regard de ces différentes voies, je dirais que rentrer dans le public via la sphère politique est un peu plus facile. Cette voie est moins normée en termes de parcours (à débattre bien sûr). Ensuite, l’établissement public est un peu à la croisée des chemins : c’est donc aussi assez accessible.

Enfin, on a l’administration qui est plus complexe à intégrer et peut-être un plus normée, mais cela est en train d’évoluer avec de nombreux  recrutements de contractuels. Finalement, je dirais que le public s’ouvre de plus en plus et voit peut-être l’intérêt d’avoir des profils très diversifiés en son sein.

Je suis convaincu qu’un étudiant issu d’une filière commerciale peut et doit apporter beaucoup au public. Je crois en la complémentarité des profils dans une entreprise et c’est sûrement un des problèmes du public de ne pas avoir suffisamment de diversification dans ses profils. 

 

Justement, peux-tu nous en dire plus sur l’AFD et les missions que tu y exerces ?

L’Agence française de développement est une des banques publiques de la France avec la Caisse des dépôts ou Bpifrance. Elle finance dans 160 pays du monde des projets qui répondent aux Objectifs de développement durable (ODD).

Pour résumer, c’est par l’AFD qu’est opérationnalisée une partie des engagements politiques de l’Accord de Paris et des COPs de manière générale. C’est aussi par l’intermédiaire de l’AFD que la France pourra financer la reconstruction de l’Ukraine. Il y a des projets à la fois pour l’éducation, la santé, développer une ville et ses infrastructures (eau potable, routes, réseau électrique…), le climat, le sport ou encore le soutien des zones en crise (Ukraine, Palestine, Irak…). C’est un écosystème passionnant car il y a tout de nombreux secteurs et enjeux diplomatiques, économiques, géopolitiques très différents, dans lesquels l’AFD intervient.

Dans cette structure, j’occupe le poste de chef de cabinet du Directeur général. Mon rôle est notamment d’organiser son agenda, préparer ses rendez-vous et ses déplacements. Je suis amené à préparer des notes stratégiques ou encore à suivre le fonctionnement et la gestion de l’AFD. C’est un job passionnant car il permet de voir comment se construit une décision et comment faire tourner un organisme de l’Etat que ce soit en termes d’enjeux humains, d’enjeux opérationnels, ou d’enjeux politiques. 

 

Pour en arriver là, tu as commencé par une classe préparatoire ECT au lycée Turgot. Quel bilan tires-tu de ces deux années maintenant que tu es dans la vie active, recommanderais-tu cette filière à un élève de terminale ?

La classe préparatoire a été vraiment une bascule dans ma vie : c’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à aimer l’école (il a fallu 15 ans…). C’est là que j’ai vraiment lu pour la première fois ; vu de l’intérêt dans l’art, ainsi que l’importance de la culture et de la connaissance pour mieux penser, voir le monde et mieux parler avec le plus grand nombre. Enfin, c’est bien sûr une méthode, une capacité à travailler beaucoup et à résister au stress. Tout cela est maintenant ancré en moi et m’est très utile. 

C’est d’ailleurs pour ces raisons que la prépa est selon moi un des ascenseurs sociaux dont la France dispose, peut-être même le plus efficace. Dans ma prépa, nous étions un peu comme des outsiders, venant de milieux non privilégiés et ayant fait un bac STMG. Quand je regarde ce que nous sommes tous devenus, je me dis que tout ça a vraiment servi à quelque chose. Je trouve cela dommage qu’on puisse envisager de supprimer cette filière… C’est au contraire celle qu’il faudrait davantage valoriser. Ainsi, je recommande à 1000% la classe prépa.

Par contre, je suis un défenseur lucide de la classe préparatoire. Je trouve que c’est une voie extraordinaire qui peut vraiment révéler et faire progresser une personne dans des délais très courts. Mais, je sais aussi que cette méthode de travail particulière ne peut pas toujours correspondre à toutes les façons de travailler. 

 

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Quel est le bilan de ton passage en école de commerce ? Est-ce que tu considères qu’elle valorise suffisamment les parcours publics ? 

Concernant la deuxième partie de la question, je dirais plutôt non, mais cela va en s’améliorant d’après mes observations. Cela fait le lien avec la question de ce que nous apprenons en école de commerce… 

Je ne veux pas être de ceux qui blâment l’école de commerce et disent que c’est le vide. Je ne suis pas d’accord avec cela. Ces écoles peuvent beaucoup apporter : elles permettent de se construire un parcours sur-mesure, que ce soit à l’international, dans des grandes entreprises, en start-up, en PME ou dans la vie associative. En l’espace de 3-4 ans, vous pouvez cumuler un nombre d’expériences qui est sans comparaison. Si je devais résumer, ceux qui n’apprécient pas le parcours en école sont ceux qui n’ont pas saisi l’opportunité de ce que l’école pouvait leur offrir…

Personnellement, j’ai pu partir en échange, découvrir les institutions publiques, me retrouver à Matignon, moi un enfant de l’Oise comme les autres. En conclusion, régalez-vous en école, elle est faite pour que vous vous responsabilisiez.

L’école pourrait cependant intégrer davantage de contenu théorique, plutôt que pratico-pratique. En effet, faire du business (puisqu’on est censé être dans une école qui nous apprend le business) c’est aussi comprendre le monde, ses enjeux et les individus qui le composent. Ainsi, je trouve cela incohérent de couper les étudiants de matières que sont la philosophie, la géopolitique ou l’histoire… 

Enfin, je regrette le problème d’accessibilité de ces écoles, qui s’accentue. Le prix ne fait que grimper, dans des proportions démesurées. J’espère que l’Etat saura réguler cette tendance, car ces écoles sont en France parmi les filières les plus « valorisées » sur le marché du travail. Et si elles deviennent de plus en plus onéreuses, il y aura un vrai sujet d’égalité des chances. 

 

Lire plus : le retour du secteur public chez les jeunes diplômés

 

Ton parcours est ponctué d’engagements associatifs. Tu as toi-même créé deux associations et présidé une association étudiante. Quel regard portes-tu sur cette forme d’engagement ? 

Mon engagement dans l’associatif a commencé avec le projet Rouler pour aider, une association que j’ai créé avec deux amis en 2019. Depuis, il est vrai que cette forme d’engagement m’accompagne et j’y suis très attaché. Je l’ai toujours vu comme un indispensable. Pour moi, il y a le travail pour subvenir à ses besoins, une vie personnelle, et un engagement pour une ou plusieurs passions. Ces expériences sont très complémentaires et je pense qu’il faut profiter du temps des études pour foncer dans la vie associative avec 3 raisons principales : 

  • Elle crée du lien et permet de se faire des amis
  • Elle permet de s’engager dans une passion, une chose qui nous tient à cœur
  • Elle nous permet d’acquérir de l’expérience professionnelle.

 

Lire plus : tout savoir sur Rouler pour Aider

 

Peux-tu justement revenir sur le projet Rouler pour aider : 100 000 euros en 2 éditions, comment passes-tu d’un projet étudiant à un impact aussi tangible ?

Ce projet se fonde sur l’idée simple d’allier la passion pour le vélo à une cause qui me tient à cœur : les enfants malades. Avec deux amis d’enfance, nous avons créé cette association en 2019. Nous nous attendions à rien et finalement le soutien qu’on a reçu a été énorme (33.000 euros de dons récoltés pour l’Hôpital Necker). En 2024, nous avons décidé de rempiler et là on a fait un tour de la France à vélo de 3000 kilomètres qui a permis de récolter plus de 70.000 euros. La morale de cette expérience, c’est que nous avons fait cela avec le cœur ; mais aussi et surtout, que nous avons énormément travaillé pour structurer le projet et anticiper l’action.

Nous avons posé sur le papier une multitude d’idées que nous avons essayé de mettre en œuvre. Tout n’a pas fonctionné évidemment. Les projets qui réussissent sont les projets de passionnés. Passion et travail font les réussites.

 

Lire plus : Hugo Nicaise revient sur la création de Rouler pour Aider

 

 

Tu as récemment lancé Propulse! pour accompagner des lycéens vers des études ambitieuses. Est-ce une continuité logique de ton parcours personnel ? 

Je suis attaché à rendre ce qu’on m’a donné. Comme avec Rouler pour aider, ce projet a une dimension personnelle. Je n’aurais peut-être jamais fait une classe prépa puis l’EDHEC si je n’avais pas eu autour de moi quelqu’un pour me souffler l’idée… Le manque d’information et parfois le manque de confiance dans ses capacités est un des gros problèmes de l’orientation. Peu importe d’où l’on vient, on doit pouvoir avoir la possibilité des Grandes Ecoles, de médecine, de grandes facultés ou d’études à l’étranger… C’est ça le fondement de Propulse! : faire dialoguer un élève de milieu défavorisé (sur le plan géographique ou social) avec un étudiant/alumni d’une Grande école ou d’une université prestigieuse pour donner confiance et accompagner.

A noter : nous cherchons des mentors pour aider nos terminales donc n’hésitez pas à me contacter si cela vous intéresse d’accompagner un ou plusieurs lycéens l’année prochaine. ([email protected])

 

Lire plus : découvrir l’association Propulse!

 

Quelle est la prochaine étape pour toi ? 

Je suis sur la liste électorale du maire sortant de ma commune pour les prochaines élections municipales. Je me souhaite donc d’être élu en mars avec mes colistiers pour découvrir la gestion d’une commune (budget, PLU, vie associative) et agir concrètement en contribuant à des projets locaux. 

 

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