Rang du dernier admis au SIGEM 2026 : ECG et littéraires, école par école
- CLERMONT SB ENQUÊTES
- Noely Delabia
- 14 octobre 2025
Grandes écoles : un baromètre inédit dévoile les stéréotypes de genre chez les étudiants
L’Association Française des Managers de la Diversité, la Conférence des grandes écoles et Clermont School of Business publient la 4e édition du baromètre sur les stéréotypes de genre.
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Un baromètre de référence pour comprendre les stéréotypes de genre en Grandes Écoles
Créée en 2019, cette étude s’inscrit dans la stratégie de la CGE, qui dispose de 10 commissions thématiques dédiées à l’enseignement supérieur et à la recherche. Comme l’a rappelé Frédérique Pain, directrice de l’ENSCI Les Ateliers et vice-présidente Écoles de la CGE : « Les stéréotypes, constituent une thématique clé et très importante pour la CGE ».
Elle précise également : « Tous les deux ans, la commission Diversité et Inclusion mène cette étude pour objectiver la réalité et proposer des leviers d’action ».
Le questionnaire initial a été conçu par des enseignants-chercheurs de Montpellier Business School, NEOMA Business School, la mairie de Paris et l’AFMD, avant d’être reconsolidé en 2020 et 2022 par Clermont Business School et l’AFMD. Pour cette 4ᵉ édition, Tanguy Bizien (AFMD), Pascale Borel (Clermont SB & CleRMa) et Manon Ouvrard (AFMD) ont assuré la mise à jour et la cohérence scientifique de l’enquête.
Frédérique Pain a souligné la difficulté d’un tel travail d’analyse : « C’est un sujet très complexe à étudier, mais il permet d’avoir des clés d’amélioration et de transformer les pratiques de nos établissements ».
Un protocole rigoureux pour assurer la fiabilité des données
Période d’enquête : du 20 janvier au 14 mars 2025
Public ciblé : étudiant·es des écoles adhérentes de la CGE et de l’AFMD
Nombre de répondants initiaux : 3 114 étudiantes et étudiants issus de 89 établissements
Échantillon final analysé : 2 680 réponses (après retrait des données non exploitables ou non représentatives)
Pour garantir une lecture statistiquement fiable, plusieurs critères d’exclusion ont été appliqués : « Les réponses des étudiantes internationales et des étudiants internationaux ont également été écartées, n’étant pas capables d’apporter une interprétation juste, prenant en compte la dimension culturelle dans les réponses stéréotypées ». Confient les chargés de l’enquête.
Stéréotypes de genre dans les grandes écoles : une croyance en l’égalité des compétences en recul
La perception d’une égalité réelle des compétences entre les femmes et les hommes parmi les étudiants et étudiantes des grandes écoles recule. En 2021, 82 % déclaraient croire à une stricte égalité. Ils ne sont plus que 79,2 % en 2025. Cette évolution, en apparence minime, révèle en réalité un retour latent des stéréotypes de genre au sein de la nouvelle génération.
Dans l’imaginaire collectif, les hommes restent majoritairement associés à des qualités comme la confiance en soi (52,7 %), la gestion du stress (40,2 %) ou encore l’autorité (37,7 %). À l’inverse, les femmes continuent d’être perçues comme naturellement dotées d’empathie (76,5 %), d’écoute (68,9 %) et de sensibilité (68,6 %).
Cette dissonance entre discours égalitaire et perceptions genrées révèle une contradiction forte : les jeunes se disent favorables à l’égalité, mais reproduisent des assignations de rôles dès leurs études. Ce biais, souvent inconscient, participe à la reproduction des inégalités à l’entrée sur le marché du travail, où ces stéréotypes influencent déjà les recrutements, la confiance en soi et l’accès aux postes à responsabilité.
Autocensure des étudiantes : quand les stéréotypes de genre freinent l’ambition dans les grandes écoles
Le baromètre révèle un phénomène préoccupant d’intériorisation des stéréotypes de genre chez les étudiantes des grandes écoles. En moyenne, les jeunes femmes s’auto-attribuent 4,1 stéréotypes, contre 2,9 pour les hommes. Ce n’est pas tout : leurs camarades masculins leur projettent encore plus de clichés (3,2 en moyenne), tandis que les femmes n’en attribuent que 1,8 aux hommes.
Ce double regard stéréotypé – venant des autres et de soi-même – crée une véritable « double contrainte ». Résultat : les étudiantes développent davantage d’autocensure et remettent plus souvent en question leurs compétences, même lorsque leurs résultats académiques sont équivalents.
Conséquence directe : à compétences égales, les jeunes femmes se projettent moins facilement dans des postes de management, de pilotage ou de direction, par peur de ne pas être légitimes. Ce mécanisme d’autolimitation, nourri par les stéréotypes, participe à la reproduction des inégalités dès les bancs des grandes écoles.
À retenir : ce n’est pas un manque de compétences qui freine les étudiantes, mais le poids des représentations, souvent intériorisées bien avant d’entrer sur le marché du travail.
Ambition des étudiants : entre absence de modèles et quête de nouveaux repères
Si 78,6 % des étudiants et étudiantes déclarent être ambitieux, près d’un tiers n’est pas capable de citer une figure publique inspirante. Beaucoup préfèrent mettre en avant des proches ou des personnalités plus discrètes, loin des modèles classiques de réussite imposés dans l’espace médiatique.
Lorsqu’ils mentionnent des figures connues, une fracture symbolique apparaît :
Les hommes citent majoritairement Elon Musk ou Napoléon, incarnant la réussite individuelle, le pouvoir et la domination.
Les femmes évoquent davantage Simone Veil ou Marie Curie, associées à l’engagement collectif, la justice sociale ou le progrès scientifique.
Ces références, bien que minoritaires, révèlent deux visions opposées de l’ambition : l’une tournée vers la visibilité et la performance individuelle, l’autre orientée vers le sens, l’impact et la contribution sociale.
Mais le véritable signal fort, c’est l’absence de modèles partagés. La notion traditionnelle d’ambition hiérarchique, fondée sur la montée en grade et le statut, séduit de moins en moins une génération en quête de repères nouveaux, plus alignés avec leurs valeurs et leur quête de sens.
Conclusion, les grandes écoles font face à une génération qui redéfinit l’ambition, en cherchant moins à « réussir pour soi » qu’à « réussir avec et pour les autres ».
Grandes écoles et égalité : un rôle clé pour casser les stéréotypes de genre
Lorsqu’on interroge les étudiantes et les étudiants sur les principaux vecteurs de stéréotypes de genre, trois responsables sont largement pointés : la société (79,9 %), les réseaux sociaux (63,5 %) et les médias (57,3 %). En revanche, les établissements d’enseignement supérieur sont perçus comme des espaces plus neutres, voire protecteurs, où les représentations peuvent être déconstruites.
Ce constat envoie un signal encourageant :
Les grandes écoles sont identifiées comme des lieux capables de remettre en question les biais de genre et de proposer d’autres modèles de réussite, plus inclusifs et plus alignés avec les attentes de la génération actuelle.
Cependant, ce potentiel ne pourra se concrétiser que si les dispositifs de formation et de sensibilisation sont renforcés. En intégrant des programmes autour de l’égalité, de la diversité et du leadership responsable, les grandes écoles peuvent devenir un véritable levier de transformation culturelle, capable de former des talents ambitieux, mais aussi conscients des enjeux d’égalité.
« Cette nouvelle enquête illustre l’ambivalence d’une jeunesse marquée par les stéréotypes de genre traditionnels et qui, dans le même temps, rejette les clichés classiques de l’ambition et aspire à de nouveaux modèles », analysent Tanguy Bizien, responsable des études de l’AFMD, et Pascale Borel, professeure en marketing à Clermont School of Business, co-auteurs de l’étude.
En résumé, en capitalisant sur leur crédibilité et leur impact, les grandes écoles peuvent devenir des acteurs majeurs de l’égalité des chances, en formant une génération capable de lier ambition, impact et justice sociale.
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