Portage salarial et freelance : comprendre les deux statuts avant de se lancer
- CARRIÈRE ENQUÊTES
- Noely Delabia
- 11 juin 2026
Insertion des diplômés des grandes écoles : enquête CGE 2026
Dans un marché du travail des jeunes cadres qui se tend, la mesure de référence vient de tomber. L’insertion des diplômés des grandes écoles marque le pas en 2026, sans rompre avec le niveau élevé qui caractérise ces formations. C’est le principal enseignement de la 34e enquête Insertion de la Conférence des Grandes Écoles (CGE), réalisée au premier trimestre 2026 avec l’appui statistique de l’ENSAI.
L’exercice fait référence par son ampleur. Les 210 écoles concernées ont toutes interrogé leurs diplômés, soit une participation de 100 %, et 109 939 questionnaires exploitables ont été recueillis, contre 104 106 un an plus tôt. La promotion 2025 constitue le cœur de l’observation, mesurée à moins de six mois après la sortie de l’école. Cette base large permet de comparer finement écoles d’ingénieurs, écoles de management et écoles d’autres spécialités.
Le millésime 2026 raconte une histoire en deux temps : une insertion un peu plus lente à l’entrée sur le marché, mais des conditions d’emploi qui restent solides pour ceux qui décrochent un poste. Pour mettre ces chiffres en perspective, il est utile de les lire à la lumière des tensions plus larges sur le premier emploi, un sujet que PGE a déjà documenté dans son analyse sur les difficultés d’accès au premier emploi.
Un taux d’emploi des jeunes diplômés en repli
Le taux net d’emploi à moins de six mois s’établit à 76,0 % pour la promotion 2025, en recul de 4,2 points par rapport à l’enquête précédente (80,2 %). Ce taux mesure la part des diplômés en activité professionnelle ou en volontariat parmi ceux qui sont effectivement présents sur le marché du travail. Le repli touche les trois familles d’écoles, mais à des degrés différents.
| Type d’école | Taux net d’emploi 2026 | Évolution vs 2025 |
|---|---|---|
| Écoles d’ingénieurs | 77,5 % | – 4,9 points |
| Écoles de management | 74,5 % | – 3,8 points |
| Écoles d’autres spécialités | 72,2 % | – 1,1 point |
| Ensemble | 76,0 % | – 4,2 points |
La photographie de la situation des diplômés confirme ce mouvement. La part des diplômés en activité professionnelle descend à 61,8 %, en baisse de 3,5 points, tandis que la part en recherche d’emploi grimpe à 20,5 %, soit 3,6 points de plus en un an. C’est cette hausse de la recherche d’emploi qui pèse le plus directement sur le taux net.
Replacée dans la longue durée, cette inflexion reste mesurée. Les courbes de la CGE montrent un indicateur qui évolue par cycles depuis 2008, avec des creux marqués en 2009 et 2020 suivis de rebonds. Le niveau de 2026 demeure nettement au-dessus des points bas historiques. L’écart entre hommes et femmes sur le taux net d’emploi global est par ailleurs limité, à 77,4 % contre 74,0 %.
Des conditions d’emploi qui restent solides pour les diplômés de grande école
Si l’accès à l’emploi se fait un peu plus attendre, la qualité des postes occupés reste l’un des marqueurs du modèle grande école. La part des CDI atteint 80,9 % pour la promotion sortante, en repli contenu de 2,6 points. La part des cadres se maintient à 83,4 %, en baisse de 2,3 points. Le contrat stable demeure donc la norme à la sortie.
La rapidité d’embauche illustre cette force. Parmi les diplômés 2025 en activité professionnelle, 61,7 % avaient signé leur contrat avant même l’obtention de leur diplôme. La proportion atteint 80,1 % pour ceux embauchés en moins de deux mois, et 91,6 % en moins de quatre mois. Un emploi sur quarante pour cent est par ailleurs obtenu directement dans l’entreprise où le diplômé a réalisé son stage de fin d’études ou son alternance.
Cette donnée éclaire les principales voies d’accès à l’emploi. Le stage de fin d’études et l’apprentissage arrivent largement en tête avec 42,3 % des recrutements, devant les réseaux sociaux professionnels (14,1 %), les relations personnelles (8,1 %), les sites internet d’entreprises et les sites spécialisés dans l’emploi (6,8 % chacun). L’expérience professionnelle pré-diplôme est donc le premier tremplin vers le marché du travail.
Lire plus : Pourquoi est-il si difficile de trouver un premier emploi ?
Le salaire des jeunes diplômés de grande école en 2026
Le salaire des jeunes diplômés est l’autre indicateur scruté de l’enquête. Le salaire brut annuel moyen hors primes, pour un lieu de travail en France, s’établit à 39 679 euros pour la promotion 2025, en hausse de 0,2 % sur un an. La stabilité globale masque des trajectoires contrastées selon le type d’école.
| Type d’école | Salaire moyen 2026 (hors primes) | Médiane | Évolution vs 2025 |
|---|---|---|---|
| Écoles d’ingénieurs | 39 284 € | 39 000 € | + 0,4 % |
| Écoles de management | 40 825 € | 40 000 € | – 0,7 % |
| Écoles d’autres spécialités | 39 084 € | 38 090 € | + 2,4 % |
| Ensemble | 39 679 € | 39 600 € | + 0,2 % |
Les managers restent les mieux rémunérés en moyenne, mais sont les seuls à enregistrer un léger recul. Les écoles d’autres spécialités signent la plus forte progression. La dispersion reste contenue à l’échelle de l’ensemble : le premier décile se situe à 31 000 euros et le neuvième décile à 47 000 euros.
L’écart de rémunération entre femmes et hommes persiste. Les hommes perçoivent en moyenne 40 580 euros contre 38 358 euros pour les femmes, soit un avantage de 5,8 % pour les hommes dès l’entrée dans la vie active. Cet écart se retrouve à tous les niveaux de la distribution, médiane comprise. Pour situer ces niveaux français dans un cadre plus large, ils restent inférieurs aux rémunérations pratiquées dans des pays voisins comme la Suisse, premier pays d’expatriation des diplômés, dont PGE a détaillé les niveaux de salaire moyen.
Les secteurs qui recrutent les diplômés de grande école
La répartition sectorielle confirme le poids du conseil dans l’emploi des jeunes diplômés. Les sociétés de conseil sont le premier débouché des ingénieurs comme des diplômés d’autres spécialités, et le deuxième pour les managers. La banque et l’assurance dominent chez les managers.
| Type d’école | Secteurs d’emploi en tête |
|---|---|
| Ingénieurs | Conseil (24,3 %), TIC services (17,4 %), BTP (8,4 %), industrie des transports (8,4 %) |
| Managers | Banque-assurance (18,2 %), conseil (18,1 %), commerce (8,8 %), TIC services (8,5 %) |
| Autres spécialités | Conseil (17,1 %), administration d’État et collectivités (14,0 %), banque-assurance (12,6 %) |
Le poids du conseil explique l’intérêt soutenu des jeunes diplômés pour ces métiers, dont les grilles de rémunération sont parmi les plus attractives à la sortie. PGE a consacré un dossier complet au salaire en cabinet de conseil, une référence utile pour comprendre pourquoi ce secteur capte une part aussi large des promotions. La vue d’ensemble des secteurs qui recrutent le plus en 2026 complète cette lecture.
La quasi-totalité des diplômés en activité, 96,5 %, occupent un poste salarié. Parmi les non-salariés, la micro-entreprise domine (51,3 %), devant le statut de gérant ou chef d’entreprise (33,7 %).
Où travaillent les diplômés des grandes écoles : Île-de-France et international
La géographie de l’emploi reste marquée par le poids de l’Île-de-France, qui capte 50,9 % des jeunes diplômés contre 49,1 % pour la province. Mais cette moyenne cache une fracture nette selon le type d’école. Les managers (69,3 %) et les diplômés d’autres spécialités (75,3 %) se concentrent massivement en Île-de-France. Les ingénieurs font exception : 61,7 % d’entre eux travaillent en province, où se trouvent une grande partie des sites industriels et technologiques.
À l’international, un diplômé sur neuf travaille à l’étranger, soit 10,8 % de l’ensemble. La proportion grimpe à 14,5 % chez les managers et 15,5 % chez les diplômés d’autres spécialités, contre 8,1 % chez les ingénieurs. L’Europe reste la destination privilégiée, avec 43,3 % de ces emplois situés dans l’Union européenne.
| Rang | Pays | Part des emplois à l’étranger |
|---|---|---|
| 1 | Suisse | 14,4 % |
| 2 | Luxembourg | 11,3 % |
| 3 | Royaume-Uni | 8,2 % |
| 4 | Allemagne | 7,9 % |
| 5 | Belgique | 6,9 % |
| 6 | Canada | 6,1 % |
| 7 | États-Unis | 5,2 % |
La Suisse et le Luxembourg captent à eux seuls plus du quart des emplois à l’étranger, portés par leurs places financières et leurs niveaux de rémunération. Les diplômés qui visent une carrière hors de France trouveront un panorama des démarches dans le guide PGE pour travailler à l’étranger après un diplôme.
L’IA générative s’installe dans le quotidien des jeunes diplômés
Le millésime 2026 acte une bascule. 77,8 % des diplômés en poste déclarent utiliser l’intelligence artificielle générative dans leur emploi, soit une progression de 11,6 points en un an. Près des trois quarts de la promotion 2025 s’en servent au travail, contre deux tiers un an plus tôt. L’usage régulier concerne 34,4 % des diplômés, l’usage ponctuel 43,4 %.
Les usages dominants sont la rédaction de contenu (58,7 %), la recherche d’information (56,9 %) et le résumé de documents (43,9 %). Chez les ingénieurs, la génération de code occupe une place à part, citée par 47,4 % d’entre eux. Les managers se déclarent les utilisateurs réguliers les plus fréquents, à 45,6 %. Parmi ceux qui n’utilisent pas ces outils, les raisons avancées tiennent surtout à une perception d’inutilité (43,8 %), aux questions de confidentialité (28,8 %) et aux enjeux éthiques (19,5 %).
Cette adoption rapide prolonge un mouvement de fond que PGE suit depuis plusieurs années à travers ses analyses sur l’impact de l’intelligence artificielle sur le travail.
Apprentissage et satisfaction : les autres marqueurs du millésime 2026
L’apprentissage pèse désormais lourd dans les promotions : 32,5 % des répondants à l’enquête sont des apprentis. Leur taux net d’emploi atteint 75,8 %, en baisse de 3,1 points, et 82,4 % d’entre eux décrochent un CDI, contre 85 % un an plus tôt. Leur salaire moyen hors primes s’établit à 38 983 euros. La filière reste donc une voie d’insertion solide, à un niveau proche de la moyenne générale.
Du côté du ressenti, les indicateurs restent au vert. 84 % des diplômés 2025 en activité se déclarent satisfaits ou très satisfaits de leur emploi, et 89,8 % estiment occuper un poste correspondant à leur niveau de qualification. L’adéquation entre la formation suivie et l’emploi occupé, mesurée sur le secteur disciplinaire, progresse même à 85,6 %. Selon la lecture de la Conférence des Grandes Écoles, ces résultats confirment que le diplôme de grande école reste, dans le contexte actuel, un passeport d’employabilité durable, malgré le ralentissement observé à l’entrée sur le marché.
FAQ – enquête CGE 2026
Quel est le taux d’emploi des diplômés des grandes écoles en 2026 ?
Le taux net d’emploi à moins de six mois s’élève à 76,0 % pour la promotion 2025, en baisse de 4,2 points sur un an selon l’enquête Insertion de la CGE. Il atteint 77,5 % pour les ingénieurs, 74,5 % pour les managers et 72,2 % pour les écoles d’autres spécialités.
Quel est le salaire d’un jeune diplômé de grande école en 2026 ?
Le salaire brut annuel moyen hors primes, pour un emploi en France, est de 39 679 euros, en hausse de 0,2 % sur un an. Les managers affichent la moyenne la plus élevée à 40 825 euros, devant les ingénieurs (39 284 euros) et les diplômés d’autres spécialités (39 084 euros).
Combien de temps faut-il pour trouver un premier emploi après une grande école ?
L’insertion reste rapide. 61,7 % des diplômés 2025 en activité avaient signé leur contrat avant l’obtention du diplôme, 80,1 % en moins de deux mois et 91,6 % en moins de quatre mois. Le stage de fin d’études et l’alternance sont la première voie d’accès, avec 42,3 % des recrutements.
Quels secteurs recrutent le plus de diplômés de grande école ?
Le conseil est le premier employeur des ingénieurs (24,3 %) et des diplômés d’autres spécialités (17,1 %). La banque et l’assurance dominent chez les managers (18,2 %), suivies de près par le conseil (18,1 %). Les TIC services occupent aussi une place importante chez les ingénieurs.
Combien de diplômés de grande école travaillent à l’étranger ?
Un diplômé sur neuf, soit 10,8 % de l’ensemble, travaille à l’étranger. La proportion atteint 15,5 % pour les diplômés d’autres spécialités et 14,5 % pour les managers. La Suisse (14,4 %) et le Luxembourg (11,3 %) sont les deux premières destinations.
Les jeunes diplômés utilisent-ils l’intelligence artificielle au travail ?
Oui, et de plus en plus. 77,8 % des diplômés en poste utilisent l’IA générative dans leur emploi, en hausse de 11,6 points sur un an. Les principaux usages sont la rédaction de contenu, la recherche d’information et le résumé de documents.
Ce qu’il faut retenir
L’enquête Insertion 2026 de la CGE dessine un millésime de transition pour l’insertion des diplômés des grandes écoles. Le taux net d’emploi recule de 4,2 points à 76,0 %, sous l’effet d’une recherche d’emploi plus longue, tout en demeurant à un niveau élevé au regard de la dernière décennie. Les conditions d’emploi tiennent bon : 80,9 % de CDI, 83,4 % de cadres et un salaire moyen stable à 39 679 euros. Le conseil et la banque-assurance restent les grands pourvoyeurs de postes, l’Île-de-France concentre l’emploi sauf pour les ingénieurs, et l’IA générative s’impose dans le quotidien professionnel de près de huit diplômés sur dix. Le diplôme de grande école continue, dans un marché plus tendu, d’offrir une insertion rapide et qualifiée.