Écoles d’ingénieurs : les signaux d’alerte de la CDEFI pour la rentrée 2026
Dans un contexte où la réindustrialisation, la souveraineté industrielle et de défense, la transition énergétique et la cybersécurité réclament des compétences scientifiques de haut niveau, la rentrée 2026 des écoles d’ingénieurs se déroule sous tension. Le 16 octobre 2026, la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs) a présenté son bilan de rentrée lors d’une conférence de presse, aux côtés de son président Emmanuel Duflos et des vice-présidentes Laure Morel, Carole Deumié et Dominique Baillargeat. Elle y identifie cinq signaux : la baisse des candidatures confirmées en post-bac, une insertion plus difficile pour les jeunes diplômés, des tensions sur l’apprentissage, des préoccupations croissantes des jeunes sur leurs conditions d’études et des contraintes financières pesant sur les établissements. La CDEFI précise que ces signaux ne doivent être ni minimisés ni dramatisés.
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Candidatures en école d’ingénieurs post-bac : un recul de 2,8 % des candidats confirmés
Le nombre de candidats ayant confirmé au moins un vœu vers une école d’ingénieurs post-bac recule de 2,8 % cette année. Le nombre de candidats ayant formulé au moins un vœu baisse davantage, de 4,9 %, ce qui correspond à l’écart entre les intentions initiales et les candidatures confirmées. L’évolution diffère entre les écoles publiques et les écoles privées, et la CDEFI invite à ne pas l’attribuer automatiquement aux frais de scolarité, le sujet étant plus complexe.
La CDEFI rappelle par ailleurs qu’une baisse des candidatures sur Parcoursup ne se traduit pas à l’identique dans les effectifs de rentrée. Les écoles recrutent par de multiples voies d’admission, et les évolutions varient selon les établissements, les territoires et les spécialités. Une école peut ainsi conserver un taux de remplissage élevé malgré un nombre de candidats en repli. Les données doivent être consolidées dans les semaines et les mois à venir, puis confrontées aux inscriptions réelles, afin de distinguer ce qui relève de la conjoncture de ce qui relève du structurel.
Pour la CDEFI, l’attractivité des études scientifiques se joue bien avant la phase de vœux : elle évoque la baisse des résultats en mathématiques et les inégalités des jeunes face aux sciences. Les réponses qu’elle met en avant sont les suivantes :
- renforcer l’orientation au collège et au lycée
- mieux présenter la diversité des métiers d’ingénieur
- développer les actions en faveur des jeunes femmes
- valoriser les parcours d’accès diversifiés et les passerelles
- renforcer les liens entre écoles et entreprises
- donner davantage de visibilité aux débouchés
Dans ce cadre, la CDEFI cite notamment les initiatives Ingénieuses et TechPourToutes pour la féminisation et l’ouverture sociale des formations.
Insertion professionnelle des ingénieurs : 77,5 % de taux net d’emploi pour la promotion 2025
La CDEFI relève une contradiction apparente : les besoins en ingénieurs restent élevés, alors que l’insertion des jeunes diplômés ralentit. Selon l’enquête insertion de la CGE 2026, le taux net d’emploi de la promotion 2025 atteint 77,5 % quelques mois après l’obtention du diplôme, contre 82,4 % pour la promotion 2024 à la même période, soit un recul de près de cinq points. 19 % des jeunes ingénieurs sont encore en recherche d’emploi.
| Indicateur d’insertion | Valeur |
|---|---|
| Taux net d’emploi, promotion 2025 (quelques mois après le diplôme) | 77,5 % |
| Taux net d’emploi, promotion 2024 (même période) | 82,4 % |
| Taux d’emploi entre 2 et 18 mois après le diplôme | 90 % |
| Taux d’emploi à deux ans et demi | 95,2 % |
| Taux d’emploi des apprentis | 80,1 % |
| Taux d’emploi des étudiants sous statut classique | 76,7 % |
Parmi les jeunes diplômés encore en recherche, 67,4 % rapportent que les entreprises leur opposent un manque d’expérience professionnelle, et 59,8 % jugent le nombre d’offres d’emploi insuffisant. Les entreprises interrogées lors du colloque de la CDEFI décrivent une attente liée à l’incertitude politique et des candidats qui envoient davantage de CV avant de décrocher un poste.
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La CDEFI distingue ces difficultés ponctuelles du besoin structurel de compétences : les taux d’emploi restent élevés pour les promotions plus anciennes, et le besoin en ingénieurs se maintient. Elle décrit une responsabilité partagée entre écoles et entreprises. Les écoles sont invitées à adapter les compétences transmises, avec davantage d’agilité, d’adaptabilité et de compétences comportementales en complément de l’expertise technique, et à renforcer la professionnalisation pendant les trois années de formation pour les étudiants hors apprentissage. Les entreprises sont invitées à continuer de recruter des stagiaires, des apprentis et des contrats de professionnalisation. La CDEFI souligne aussi que le financement de l’apprentissage, tant pour les entreprises que pour les écoles, est essentiel pour préserver ce levier d’insertion.
Budget 2027 : la CDEFI demande la suppression de l’article 42 sur la taxe d’apprentissage
Pour la CDEFI, l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche doivent devenir des priorités budgétaires, avec une trajectoire pluriannuelle qui donne de la visibilité aux établissements. Elle défend un renforcement des moyens consacrés à l’école, au collège et au lycée, complémentaire de celui de l’enseignement supérieur, puisque les difficultés rencontrées à chaque étape du parcours se répercutent sur les suivantes.
Le gouvernement met en avant, dans le projet de loi de finances 2027, une progression de 500 millions d’euros de crédits sur plusieurs programmes ministériels. La CDEFI indique que cette hausse globale ne correspond pas nécessairement à une augmentation équivalente des moyens des établissements, qui font face aux charges de personnel, aux retraites pour les écoles publiques, aux coûts énergétiques, à la maintenance des équipements et au renouvellement des plateformes scientifiques.
Un point concentre son attention : l’article 42 du projet de loi de finances 2027. Ce texte prévoit de réorienter la part non attribuée du solde de la taxe d’apprentissage vers France compétences, dans la limite de 129 millions d’euros en 2027, puis vers l’État. La CDEFI, avec notamment France Universités et la CGE, demande sa suppression afin de préserver la destination de ces ressources, prévues pour le financement des formations technologiques et professionnelles.
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La CDEFI réaffirme également sa position sur les droits d’inscription : ils ne peuvent pas devenir la réponse automatique aux difficultés financières des établissements. Les situations des écoles publiques sont hétérogènes, et certaines écoles privées approchent d’un niveau au-delà duquel une hausse affecterait leur attractivité. Toute réflexion sur le sujet doit préserver l’accessibilité sociale des formations, ce qui en fait, pour la CDEFI, une responsabilité politique et un choix de société.
Les priorités des commissions thématiques de la CDEFI
Réunie en séminaire stratégique en juillet, la CDEFI a revu le périmètre de ses commissions thématiques afin de transformer les préoccupations du terrain en propositions concrètes. Leurs priorités se répartissent ainsi :
| Thématique | Priorités affichées |
|---|---|
| Attractivité | Comprendre l’évolution des candidatures et des recrutements, renforcer l’orientation, favoriser la diversité des voies d’accès |
| Formation | Accompagner les transformations pédagogiques, faire évoluer les compétences en lien avec les besoins scientifiques et technologiques |
| Recherche et innovation | Reconnaître le rôle des écoles d’ingénieurs dans la recherche, soutenir les parcours doctoraux, contribuer à la souveraineté technologique |
| Transitions écologique et sociétale | Poursuivre l’intégration des enjeux environnementaux et sociaux dans les formations, travailler sur les partenariats responsables |
| Ressources et accompagnement | Travailler sur les modèles économiques des écoles, suivre le financement de l’apprentissage, renforcer les capacités de pilotage et d’autonomie |
| Europe et international | Soutenir les coopérations européennes, développer les partenariats scientifiques, renforcer les mobilités, valoriser les formations françaises d’ingénieurs |
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Ce qu’il faut retenir
La CDEFI présente une rentrée 2026 marquée par un recul de 2,8 % des candidats confirmés en post-bac, un taux net d’emploi de 77,5 % pour la promotion 2025 contre 82,4 % pour la promotion 2024, et des contraintes budgétaires, avec l’article 42 du projet de loi de finances 2027 comme principal point de vigilance. Elle demande la suppression de cet article, des moyens pluriannuels pour l’éducation et la recherche, et le maintien de l’accessibilité sociale des études.
Pour 2027, la CDEFI prépare ses propositions, qu’elle présentera dans un cadre dédié. Elle souhaite que la formation scientifique et technologique occupe une place centrale dans le débat public et que les politiques de réindustrialisation, de recherche et d’innovation soient articulées avec les politiques éducatives, dans un dialogue transpartisan avec les responsables politiques.