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Wadoud Boufar : la finance islamique pour tous, le pari d’un entrepreneur pédagogue.

Wadoud Boufar : la finance islamique pour tous, le pari d’un entrepreneur pédagogue.

 

« Tout entrepreneur devrait avoir un média. Ce n’est même pas un sujet de discussion ».

Le parcours du jour est celui de Wadoud Boufar. Il n’a rien de linéaire, et c’est précisément ce qui le rend instructif pour les jeunes entrepreneurs en quête de direction. Après une première expérience en finance, c’est un séjour en Malaisie, l’un des épicentres mondiaux de la finance islamique, qui agit comme un véritable déclic. Il y découvre un écosystème mature, innovant et dynamique, loin du marché français encore balbutiant. En Malaisie, la finance islamique n’est pas une curiosité exotique ou un produit de niche : c’est un secteur établi, avec des institutions solides, une offre diversifiée et une clientèle avertie. Cette immersion transforme sa perception du possible. 

 

Pouvez-vous nous dire qui est Wadoud Boufar, vous présenter à nos lecteurs, public qui ne vous connait pas ? 

« Je suis né et j’ai grandi en France et je me suis lancé en tant que formateur en optimisation des finances personnelles et investissements halal depuis 4 ans.  Mon but est d’être formateur, d’aider les gens à (i) gérer leur argent de façon conforme à l’islam pour éviter les produits ribawi, (ii), bien savoir gérer un budget (iii) investir de façon éthique et conforme à leurs valeurs. J’apporte des explications sur les différents produits d’investissement selon les normes AAOIFI (Accounting and Auditing Organization for Islamic Finance Institution) selon le profil de risque de mes clients et leur capacité d’épargne. » 

 

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Qui sont les personnes que vous accompagnez aujourd’hui ?

« Aujourd’hui, j’accompagne principalement : 

  • Des salariés et freelances : ils représentent environ 70 % des personnes qui suivent mes formations. 
  • Des étudiants : souvent intéressés par la gestion financière dès le début de leur carrière. 
  • Des entrepreneurs et indépendants qui cherchent à investir de manière éthique. 
  • Des femmes au foyer souhaitant optimiser leur budget familial. 
  • Des personnes au chômage : qui veulent apprendre à gérer leurs ressources et préparer un projet d’investissement. 

En général, il s’agit d’une cible clientèle qui dispose : 

  • D’une épargne entre 10 000 € et 50 000 € 
  • De revenus mensuels compris entre 2 000 € et 8 000 € 

L’approche est pratique et accessible, adaptée à différents profils, avec un objectif : aider chacun à gérer son argent de façon conforme à l’éthique et à investir intelligemment selon son profil de risque ». 

 

La rencontre avec la finance islamique : une passion ou une opportunité ?

De la finance à l’entrepreneuriat puis aux voyages, il était loin de savoir que son parcours le ramènera finalement vers une finance responsable et conforme à ses valeurs. Wadoud a suivi plusieurs formations. Il débute par un Master en Finance d’entreprise en France avant de travailler durant deux ans en tant qu’analyste financier au Crédit Agricole. Nourrit par ses voyages et sa première expérience entrepreneurial, Wadoud Boufar décide de se spécialiser en finance islamique : Certificat en finance islamique chez Financia Business School et des cours actuellement auprès de Mufti Faraz ADAM. 

 

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Comment avez-vous découvert la finance islamique ? 

« C’est elle qui est tombée sur moi, ce n’est pas moi qui suis tombé sur elle ». 

 

Lorsque vous avez découvert la finance islamique, avez-vous aimé le secteur et est-ce pour cela que vous avez continué à entreprendre et à vous former dans ce domaine ? 

« Non j’ai vu qu’il y avait un potentiel de marché qui a éveillé ma curiosité. Je me posais beaucoup de questions mais une fois formé, j’ai décidé de continuer dans ce secteur ». 

 

Votre projet est-il de devenir conseiller financier ? 

« Non, mon objectif n’est pas de me rémunérer en tant que conseiller financier. Ce modèle n’est pas viable pour moi, car en France, les CGP (conseillers en gestion de patrimoine) se rémunèrent principalement via des commissions sur les produits vendus. Or, il existe très peu de produits réellement exploitables (assurance-vie, PER, etc.), et le partage des commissions avec les courtiers rend le revenu faible et complexe à obtenir. Pour générer un revenu supérieur à 2 500 € par mois, il faudrait un volume important de nouveaux placements et une offre diversifiée, ce qui est difficile dans ce cadre. En tant qu’entrepreneur, je privilégie un business model rémunérateur ».

 

Une vision dès le départ

De retour en France, saviez-vous déjà quel projet lancer ? 

« Oui, j’avais une vision assez précise dès le départ : devenir formateur et créer un média inspiré du modèle d’Islamic Finance Guru (IFG). L’idée était de répondre à un besoin essentiel : informer, former et accompagner les personnes qui souhaitent gérer leur argent de manière éthique et investir selon les principes de la finance islamique. Mon objectif est de rendre ces connaissances accessibles et pragmatiques, pour que chacun puisse passer de la théorie à la pratique ». 

 

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Les obstacles sur le chemin

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

« Pas de difficultés, non … j’avais déjà une vision assez claire de là où je voulais aller ».

 

Pensez-vous tout de même qu’entreprendre en France en finance islamique est trop tôt, trop compliqué ? 

« Le cadre légal et juridique qui a été amené par les premiers entrepreneurs, et la facilité apportée par les fintechs, simplifient un peu les choses. Il existe de plus en plus d’acteurs, mais pour réussir, il faut : soit lever des fonds importants, soit avoir une solidité financière via un business model rentable dès le début et qui permet de se lancer en toute sérénité. 

Tout dépend de la manière dont on veut entreprendre : 

  • Créer des produits ? C’est le plus difficile. Cela demande des moyens financiers et avoir accès à des comités sharia’ maîtrisant le marché et la réglementation française, comme des solutions pour le leasing qui n’existent pas encore en France. 
  • Produire du contenu ? C’est plus accessible, mais il faut être excellent en marketing. Il faut aussi bien comprendre les produits et être formé à la finance islamique. Il y a une responsabilité importante mais c’est essentiel pour donner de la visibilité aux créateurs de produits.
  • Devenir Conseiller en Investissements Financiers ? C’est simple : il suffit de se former, passer des certifications, obtenir des diplômes et payer des licences chaque année. En revanche, le modèle économique peut être très difficile à rentabiliser.

D’un point de vue réglementaire, ce n’est pas compliqué, surtout depuis les instructions publiées par la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) du 25 juillet 2010 sous le mandat de Christine Lagarde en tant que ministre de l’Économie ; Et le vrai travail qui a été fait, notamment par l’AIDIMM (Association d’Innovation pour le Développement économique et Immobilier), pour développer la finance islamique en France. Le vrai problème, c’est le marketing. Nous avons des acteurs, mais peu d’innovations et une faible capacité à fédérer. Nous devrons démocratiser et utiliser le digital comme levier.

Le digital est un atout majeur, mais il faut un scénario, une stratégie et une compréhension du marché. Sinon, on reproduira les échecs, comme au Royaume-Uni où une banque islamique a fermé il y a deux ans par manque d’adhésion de la clientèle ». 

 

Pensez-vous que les musulmans de France ne sont pas des consommateurs actifs de produits financiers islamiques ? 

« Effectivement, les musulmans consomment principalement des produits conventionnels. Le problème, ce n’est pas l’absence de demande, mais le fait que nous ne leur donnons pas envie de consommer en France ou qu’ils ignorent tout simplement notre existence ». 

 

Démocratiser la finance islamique

Selon vous, combien de temps faudrait-il pour former la population et obtenir des résultats ? 

« Si nous faisons mal les choses, même 100 ans ne suffiront pas. À l’inverse, regardez ce qui s’est passé récemment : en 3 ou 4 ans, des créateurs de contenu et des fintechs ont complètement bouleversé le marché de la finance traditionnelle et attiré des millions de personnes. » 

« Les clients veulent du concret. Tout le reste, c’est de la théorie : utile pour nous, les professionnels, mais sans intérêt pour eux. ». [C’est bien ce que l’on peut lire dans le contenu de Wadoud : simple et abordable.] 

« Tout entrepreneur devrait avoir un média. Ce n’est même pas un sujet de discussion ».

 

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C’est pour quand votre chaîne YouTube alors ?

« J’ai enfin ouvert ma chaîne, elle démarre dans deux jours. Ce qui m’a freiné pendant longtemps, c’est la responsabilité : je craignais les incompréhensions ou de dire des erreurs ». 

 

Vous avez été formé à la finance islamique pourtant !

« Certes, j’ai des diplômes en finance islamique, mais il y a toujours des divergences entre les savants. Cette divergence m’a longtemps fait hésiter à créer du contenu et prendre une certaine responsabilité liée à ma parole. Mais finalement, je me suis dit qu’il vaut mieux produire du contenu imparfait que pas de contenu du tout. Et ne pas laisser la communauté musulmane aux discours des acteurs de la finance traditionnelle ». 

 

Qu’est-ce que réussir pour vous ? Comment inspirer les jeunes en quête de sens et d’éthique ? 

« Ma vision de la réussite dans l’entreprenariat est de réussir à y passer un jour de plus et de continuer à apprendre ».

 

Que dire aux jeunes diplômés BAC+5 qui quittent rapidement leur premier poste prestigieux ? 

« Foncez, partez, ne restez pas dix ans à vous ennuyer ».

 

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La Rédaction – Cet article a été rédigé à partir d’une interview menée en collaboration avec les étudiants de l’Executive MBA Finance Islamique de Financia Business School

 

Co-fondateur du média, je gère les relations avec les entreprises partenaires et les Grandes Ecoles. Diplômé de Sciences Po Paris et emlyon business school, j'interviens aussi régulièrement dans des business schools (data, entrepreneuriat et personal branding).