Élections présidentielles 2027 : David Lisnard est-il le candidat qui monte ?
Guerre commerciale : le plan franco-allemand de Macron et Merz pour protéger l’Europe
Dans un contexte où le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine atteint environ un milliard d’euros par jour depuis l’an dernier, selon France 24, la France et l’Allemagne veulent doter l’Europe d’un nouvel outil de riposte. Dans une lettre adressée le lundi 5 octobre 2026 à Ursula von der Leyen, consultée par l’AFP, Emmanuel Macron et Friedrich Merz demandent à l’UE de pouvoir agir plus vite face à toute guerre commerciale.
Le plan franco-allemand propose, « si nécessaire », d’exclure immédiatement du marché intérieur les biens et les services d’un pays qui mène une guerre commerciale contre l’Union. Les deux dirigeants comptent le présenter au sommet européen de Bruxelles les 15 et 16 octobre. Cet article détaille ses points clés, le calendrier et ses limites.
Lire plus : G7 Évian 2026 : présidence française, agenda et enjeux du 52e sommet
Plan franco-allemand : ce que contient la lettre de Macron et Merz
Le courrier, d’une page, est accompagné d’un document informel de trois à quatre pages (un « non-paper », le format habituel par lequel les deux capitales contribuent à fixer l’ordre du jour de la Commission), selon Le Grand Continent. Paris et Berlin y décrivent un « choc industriel massif » qui frappe des secteurs au cœur du modèle européen : la pharmacie, l’automobile, l’aérospatiale, la machine-outil et la chimie.
| Proposition | Contenu |
|---|---|
| Mécanisme de réponse systémique | Régler l’accès au marché unique et envisager un « blocage immédiat » à l’égard d’un pays tiers |
| Majorité qualifiée inversée | La mesure de la Commission est adoptée, sauf si une majorité qualifiée d’États s’y oppose |
| Utilisation plus offensive des outils existants | Plus d’enquêtes ouvertes à l’initiative de la Commission, analyse de secteurs entiers |
| Normes et petits colis | Restrictions d’accès au marché en cas de non-conformité massive |
| Loi d’accélération industrielle et préférence européenne | À adopter d’ici fin 2026 dans les secteurs stratégiques |
| Taux de change | Reprendre le dialogue avec les autorités compétentes, au point mort depuis des années |
Un outil sans pays désigné : exclusion du marché et majorité qualifiée inversée
Le mécanisme est explicitement « agnostique » : il ne nomme aucun pays. Il viserait toute forme de distorsion, d’un produit isolé à un secteur entier, des subventions à la manipulation des devises. La Chine n’est pas citée dans les deux textes, mais le diagnostic évoque des surcapacités structurelles, des subventions excessives et de la manipulation monétaire, selon Le Grand Continent.
La nouveauté tient à son déclenchement. Le texte reprend la logique de la majorité qualifiée inversée : la proposition de la Commission passe à moins qu’une majorité qualifiée de pays ne la bloque, un seuil moins élevé que celui qui s’applique à certaines autres mesures commerciales, indique Reuters. Le document précise que la Commission pourrait déployer ces mesures rapidement, en quelques jours, selon des responsables allemands.
L’UE dispose depuis 2023 d’un « instrument anticoercition », surnommé « le bazooka », qui exige l’accord des Vingt-Sept à la majorité qualifiée et n’a jamais servi, rappelle France 24. Le Singulier voit dans la nouvelle proposition une inspiration de la Section 301 américaine, mécanisme permettant de surtaxer vite et de façon ciblée les produits d’un pays accusé de pratiques déloyales.
Mesures immédiates : produits chimiques, plastiques PET et véhicules hybrides
Sans attendre ce nouvel outil, Paris et Berlin demandent à la Commission d’utiliser les moyens existants « plus systématiquement et plus rapidement ». Elles souhaitent plus d’enquêtes lancées d’office, afin que les États plaignants ne supportent pas seuls les représailles, et une approche par secteurs entiers plutôt que par catégories de produits restreintes.
Selon Reuters, le document français et allemand fait état d’un besoin urgent de mesures sur les importations de produits chimiques, de produits plastiques PET et de véhicules hybrides. La France et l’Allemagne se disent prêtes à mettre en œuvre les mesures anti-dumping existantes. Côté matières premières, notre analyse des métaux critiques et terres rares détaille les dépendances européennes.
Pourquoi Paris et Berlin agissent maintenant : le déséquilibre avec la Chine
L’Élysée fait valoir que les déséquilibres avec certains partenaires sont devenus insoutenables. « En France et en Allemagne, il y a une demande très forte pour qu’on sorte de la naïveté », indique-t-on à la présidence, d’après Reuters.
Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC, cité par Le Grand Continent, avance plusieurs éléments : un déficit commercial de l’UE avec la Chine d’un milliard d’euros par jour en 2025, un soutien public aux entreprises chinoises trois à huit fois supérieur à celui de leurs concurrentes de l’OCDE, un yuan sous-évalué de 16 à 30 % et une consommation privée qui ne pèse que 40 % du PIB chinois (contre 53 % dans l’UE et 68 % aux États-Unis). Ces estimations sont celles de l’ancien responsable et non des gouvernements.
Calendrier : Pékin, sommet européen et propositions de la Commission
| Étape | Date |
|---|---|
| Lettre franco-allemande à la Commission | 5 octobre 2026 |
| Groupe de travail « Commerce et Investissement » à Pékin, avec le commissaire Maroš Šefčovič et son homologue chinois Wang Wentao | 8 et 9 octobre |
| Sommet européen à Bruxelles | 15 et 16 octobre |
| Propositions de la Commission | D’ici la fin de l’année |
Le commissaire Maroš Šefčovič espère rapporter de Pékin une « preuve de concept » sur trois sujets : les hausses soudaines des exportations chinoises dans des secteurs clés, l’accès des produits européens au marché chinois et les restrictions chinoises sur les exportations de matières premières, en particulier les terres rares. La Commission a averti que, faute de résultats tangibles, elle utiliserait ses instruments de défense commerciale, selon Le Grand Continent. Les discussions de Pékin seront présentées au Conseil européen. La proposition devra ensuite être approuvée par les États membres et par le Parlement européen, d’après Reuters.
Réactions et limites du plan franco-allemand
La Commission européenne a salué la lettre et le document, estimant qu’ils contribuent au débat sur les risques géoéconomiques et les déséquilibres mondiaux, selon Reuters. Pékin a promis de répondre « résolument », d’après des relais de presse.
Le document n’a pas de valeur juridique : il annonce une direction sans créer d’obligation nouvelle, souligne un cabinet d’avocats, et la mise en œuvre exigerait une législation. Le texte franco-allemand insiste aussi sur la nécessité de maintenir un dialogue constant avec les pays concernés par l’instrument, rapporte Rapporteur.com. Pour comprendre le rôle de la Commission dans ce dossier, voir notre portrait d’Ursula von der Leyen.
FAQ
Que proposent Macron et Merz pour la guerre commerciale ?
Un nouvel instrument juridique permettant à l’UE de réagir en quelques jours, jusqu’à exclure du marché intérieur les biens et services d’un pays qui mène une guerre commerciale contre elle. Il serait déclenché à la majorité qualifiée inversée.
Le plan franco-allemand vise-t-il la Chine ?
Les textes ne la citent pas et se veulent « agnostiques », mais leur diagnostic (surcapacités, subventions, manipulation monétaire) vise implicitement la Chine, selon la presse. Le déficit commercial de l’UE avec ce pays atteint environ un milliard d’euros par jour.
Qu’est-ce que la majorité qualifiée inversée ?
Une mesure proposée par la Commission est adoptée, sauf si une majorité qualifiée d’États membres s’y oppose. Ce seuil facilite l’action par rapport à une adoption qui exige un vote favorable.
Quand le plan sera-t-il examiné ?
Au sommet européen des 15 et 16 octobre 2026 à Bruxelles, après la mission du commissaire Maroš Šefčovič à Pékin. La Commission doit présenter des mesures d’ici la fin de l’année.
Quelle différence avec l’instrument anticoercition de 2023 ?
Cet outil, surnommé « le bazooka », exige un accord des Vingt-Sept à la majorité qualifiée et n’a jamais été utilisé. Le nouveau mécanisme jouerait à l’inverse : il passerait sauf blocage d’une majorité.
Ce qu’il faut retenir
Le 5 octobre 2026, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont demandé à la Commission un outil de riposte commerciale pouvant aller jusqu’à l’exclusion immédiate du marché intérieur, activé à la majorité qualifiée inversée et sans désigner de pays. Ils réclament aussi une utilisation plus offensive des instruments existants, des mesures sur les produits chimiques, plastiques PET et véhicules hybrides, une loi d’accélération industrielle et une préférence européenne d’ici fin 2026.
La proposition doit encore franchir plusieurs étapes : la mission de Maroš Šefčovič à Pékin les 8 et 9 octobre, le sommet européen des 15 et 16 octobre, les propositions de la Commission d’ici fin d’année, puis l’accord des États membres et du Parlement.