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Étude INSEE : la France comptera moins d’habitants en 2070
L’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) a publié ce lundi 8 juin 2026 ses projections de population à l’horizon 2070, et le constat est saisissant : pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale (hors période de conflit majeur), la France va connaître une décroissance démographique. Selon le scénario central de l’INSEE, la population française culminera à 69,8 millions d’habitants en 2037, avant d’amorcer une décrue progressive jusqu’à 65,9 millions en 2070 — soit 3,2 millions d’habitants en moins qu’en 2026.
Ce n’est pas le seul chiffre marquant. Un habitant sur trois aura plus de 65 ans en 2070, contre un sur cinq aujourd’hui. Le nombre de centenaires sera multiplié par quatre. Le déficit naturel (plus de décès que de naissances) est devenu négatif dès 2025, une première en France hors période de guerre. Décryptage de ce qui s’annonce comme l’une des transformations sociétales les plus profondes des cinquante prochaines années.
Une France qui décroît : ce que dit le scénario central de l’INSEE
L’INSEE ne fait pas de prévision ferme, mais publie un scénario central et des variantes basses et hautes selon les hypothèses sur la fécondité, la mortalité et les migrations. Le scénario central est celui qui prolonge les tendances actuelles. Il dessine une France à deux temps.
Première phase (2026-2037) : croissance ralentie
La population française augmenterait encore légèrement, mais à un rythme historiquement faible : +56 000 personnes en moyenne par an entre 2026 et 2037. La progression annuelle ne serait plus que de 0,08 %, soit dix fois moins que la moyenne des cinquante dernières années. Cette hausse résiduelle ne tient qu’au solde migratoire positif qui compense le déficit naturel. Le pic est attendu autour de 69,8 millions d’habitants en 2037.
Seconde phase (2037-2070) : déclin assumé
À partir de 2037, même le solde migratoire ne suffit plus à compenser le déficit naturel. La population française entre en décroissance, et atteint 65,9 millions d’habitants en 2070. C’est-à-dire 3,2 millions de personnes en moins qu’en 2026, et un retour à un niveau de population proche de celui observé au milieu des années 2010.
Selon les variantes retenues, la fourchette est large : entre 61 et 71 millions d’habitants en 2070, selon que les hypothèses sur la fécondité et le solde migratoire soient abaissées ou élevées. Le vieillissement, lui, est certain quelles que soient les hypothèses.
Le vieillissement : seul scénario certain
Si le déclin de la population reste « probable » selon l’INSEE, le vieillissement est certain. Quelles que soient les hypothèses retenues, la pyramide des âges va se transformer profondément en cinquante ans. Trois chiffres à retenir.
| Indicateur | 2026 | 2070 |
| Population totale | 69,1 M | 65,9 M (-3,2 M) |
| Part des 65 ans et plus | 22 % | 32 % (+10 points) |
| Nombre de 65 ans et plus | 15,3 M | 21,1 M (+5,8 M) |
| Nombre de moins de 45 ans | 36,3 M | 27,3 M (-8,9 M) |
| Nombre de 80 ans et plus | ~4 M | 9 M (x 2,2) |
| Nombre de centenaires | 37 000 | 160 000 (x 4,3) |
L’INSEE évoque une pyramide des âges qui prend progressivement la forme d’une « toupie » — symbole d’une société où les générations âgées pèsent de plus en plus lourd. Le nombre de centenaires sera multiplié par quatre, passant de 37 000 à 160 000 personnes. Le nombre de personnes de 80 ans et plus va plus que doubler, atteignant près de 9 millions.
À l’inverse, le nombre de moins de 45 ans baisse de 8,9 millions, soit une chute considérable. C’est le principal effet de boule de neige : moins de naissances aujourd’hui = moins de futurs parents demain, donc encore moins de naissances après-demain. L’INSEE souligne que la taille de la population en âge d’avoir des enfants diminuerait de 2040 à 2070, accélérant le phénomène.
Pourquoi cette projection diffère-t-elle des précédentes ?
Les projections de population 2026 corrigent en partie celles de 2021, qui s’étaient avérées trop optimistes. Trois éléments expliquent le retournement.
La chute de la fécondité plus rapide que prévu. En 2025, l’Indicateur Conjoncturel de Fécondité (ICF) s’élève à 1,56 enfant par femme, soit nettement en dessous de la valeur projetée pour 2025 dans le scénario central précédent (1,8 enfant par femme). C’est même en dessous du scénario de fécondité très basse retenu en 2021. La France suit ainsi le mouvement des autres pays développés (Allemagne, Italie, Espagne), avec un décalage historique qui s’estompe.
Le déficit naturel acté dès 2025. Pour la première fois en dehors d’une grande guerre, la France enregistre en 2025 un nombre de décès supérieur à celui des naissances. C’est un basculement structurel, dont les conséquences se cumulent année après année.
La révision à la baisse des hypothèses migratoires. Les flux migratoires restent positifs mais ne suffisent plus à compenser le déficit naturel sur le long terme, selon les hypothèses prudentes retenues par l’INSEE.
Le rapport de dépendance démographique : le vrai indicateur à surveiller
C’est probablement la donnée la plus importante de l’étude pour comprendre les conséquences économiques et sociales. Le rapport de dépendance démographique mesure le nombre de personnes âgées (65 ans et plus) pour 100 personnes en âge de travailler (20-64 ans). C’est l’indicateur clé pour le financement des retraites, des dépenses de santé et du modèle social.
| Année | Personnes de 65+ pour 100 personnes de 20-64 ans |
| 1970 | ~20 |
| 2026 | 40 |
| 2040 | 49 |
| 2070 | 62 |
Le rapport va donc passer de 40 à 62 en cinquante ans. Concrètement, cela signifie qu’il y aura deux fois plus de retraités à financer par actif en 2070 qu’en 1970, et 1,5 fois plus qu’aujourd’hui. C’est un bouleversement majeur du contrat social, qui appelle des arbitrages politiques de très grande ampleur : âge de départ à la retraite, durée de cotisation, financement de la dépendance, productivité du travail, immigration de main-d’œuvre, automatisation.
Quelles conséquences concrètes attendre ?
Pour les étudiants en école de commerce ou d’ingénieur, cette étude est plus qu’un simple sujet d’actualité. Elle dessine le terrain de jeu économique et sociétal des prochaines décennies. Plusieurs conséquences sont déjà identifiables.
Sur le marché du travail, la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs (santé, BTP, services à la personne, restauration) va s’aggraver. Les entreprises devront repenser leurs modèles : recours accru à l’automatisation, à l’IA, à l’immigration qualifiée. Les métiers de la silver économie (services aux seniors, médico-social, ingénierie de l’autonomie) vont exploser. À l’inverse, les secteurs liés à la petite enfance et à la jeunesse devront se réinventer.
Sur le système de retraites, le débat 2023-2024 sur la réforme reviendra inévitablement. Avec 62 retraités pour 100 actifs en 2070 contre 40 aujourd’hui, le modèle de répartition tel que conçu en 1945 atteint ses limites. Les arbitrages possibles : reculer encore l’âge de départ, augmenter les cotisations, baisser les pensions, ou recourir à des fonds de pension à la française. Chaque option a ses partisans politiques, mais aucune n’est neutre.
Sur l’aménagement du territoire, les disparités vont s’accentuer. La France des métropoles attractives (Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nantes) continuera de croître, tandis que la « diagonale du vide » et certaines régions rurales se dépeupleront fortement. Cela pose des questions concrètes : maintien des services publics, fermetures d’écoles, désertification médicale, transports.
Sur la consommation et l’économie, le poids des seniors dans le PIB va devenir prépondérant. Les entreprises devront ajuster leurs gammes (alimentation, automobile, immobilier, loisirs, voyages, services financiers) à une population dont le pouvoir d’achat est concentré chez les 60-75 ans. C’est déjà une réalité dans le luxe et le tourisme.
Comparaison européenne : la France pas seule
La France n’est pas un cas isolé. L’Allemagne perd des habitants depuis 2003 (et compte sur une immigration record pour stabiliser sa population), l’Italie connaît une décroissance brutale (-1 million d’habitants depuis 2014), l’Espagne et le Portugal voient leur population stagner. Le Japon est devenu le cas d’école avec une décroissance de près de 800 000 habitants par an ces dernières années.
La France conserve une particularité : sa fécondité, même tombée à 1,56 enfant par femme, reste l’une des plus élevées d’Europe (Italie : 1,21 ; Espagne : 1,16 ; Allemagne : 1,38). C’est notamment ce qui a longtemps permis à la France d’éviter le scénario japonais. Mais l’écart se réduit, et le déficit naturel acté en 2025 marque un tournant.
FAQ – Tout savoir sur les projections INSEE 2070
Combien d’habitants la France comptera-t-elle en 2070 ?
Selon le scénario central de l’INSEE publié ce 8 juin 2026, la France comptera 65,9 millions d’habitants en 2070, soit 3,2 millions de moins qu’en 2026 (69,1 millions). La fourchette des variantes possibles s’étend de 61 à 71 millions, selon les hypothèses sur la fécondité, le solde migratoire et l’espérance de vie.
Quand la France va-t-elle commencer à perdre des habitants ?
La population française atteindrait son pic en 2037 à environ 69,8 millions d’habitants, avant d’amorcer une décrue progressive jusqu’en 2070. Avant 2037, la croissance se poursuit mais à un rythme historiquement faible (+56 000 personnes par an en moyenne), soutenue uniquement par le solde migratoire positif. À partir de 2025, le solde naturel (naissances moins décès) est négatif, une première en France hors période de guerre.
Quelle sera la part des seniors en 2070 ?
En 2070, un Français sur trois (32 %) aura 65 ans ou plus, contre 22 % aujourd’hui. Le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus passera de 15,3 millions actuellement à 21,1 millions en 2070 (+5,8 millions). Le nombre de personnes de 80 ans et plus passera d’environ 4 à 9 millions, et le nombre de centenaires sera multiplié par quatre(de 37 000 à 160 000).
Pourquoi la fécondité baisse-t-elle si vite en France ?
L’Indicateur Conjoncturel de Fécondité (ICF) est tombé à 1,56 enfant par femme en 2025, contre 1,99 en 2010. Plusieurs facteurs expliquent cette baisse : recul de l’âge à la première maternité, choix de vie individuels, inquiétudes pour l’avenir (climat, économie, géopolitique), précarité financière des jeunes adultes, difficulté à concilier vie professionnelle et parentalité. Selon l’INSEE, la France suit ainsi le mouvement amorcé plus tôt par l’Italie, l’Allemagne et le Japon, avec un décalage historique qui s’estompe.
Que dit le rapport de dépendance démographique ?
Le rapport de dépendance démographique mesure le nombre de personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes de 20-64 ans (en âge de travailler). Il était de 20 en 1970, est de 40 en 2026, passera à 49 en 2040 et 62 en 2070. Concrètement, cela veut dire qu’il y aura deux fois plus de retraités à financer par actif en 2070 qu’en 1970, et 1,5 fois plus qu’aujourd’hui.
Quelles conséquences pour les retraites ?
Avec un rapport de dépendance démographique qui passe de 40 à 62 en cinquante ans, le système de retraites par répartition tel que conçu en 1945 atteindra structurellement ses limites. Les arbitrages politiques inéluctables : reculer encore l’âge de départ, augmenter les cotisations, baisser les pensions, recourir à des fonds de pension. Chaque option a ses partisans, aucune n’est neutre socialement et politiquement.
La France est-elle un cas isolé en Europe ?
Non, mais elle conserve une certaine spécificité. L’Italie connaît une décroissance brutale (-1 million d’habitants depuis 2014), l’Allemagne perd des habitants depuis 2003 (compensée par l’immigration), l’Espagne stagne. Mais la France conserve une fécondité parmi les plus élevées d’Europe (1,56 enfant par femme vs 1,21 en Italie, 1,16 en Espagne, 1,38 en Allemagne). Le Japon est devenu le cas d’école hors Europe avec environ 800 000 habitants perdus par an.
Ce qu’il faut retenir
L’INSEE a publié ce lundi 8 juin 2026 ses projections de population à l’horizon 2070, et le constat est historique : pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale (hors période de conflit majeur), la France va connaître une décroissance démographique. La population culminerait à 69,8 millions d’habitants en 2037, avant de retomber à 65,9 millions en 2070 — soit 3,2 millions de moins qu’en 2026. Le vieillissement est certain : un Français sur trois aura plus de 65 ans en 2070 (contre un sur cinq aujourd’hui), le nombre de centenaires sera multiplié par quatre, et le rapport de dépendance démographique passera de 40 à 62 retraités pour 100 actifs. Pour les étudiants en grande école, c’est un cadre d’analyse essentiel pour les prochaines décennies : marché du travail tendu, silver économie en boom, retraites à réinventer, aménagement du territoire à repenser, modèles de consommation à ajuster. La France suit ainsi le mouvement amorcé par l’Italie, l’Allemagne et le Japon, mais conserve une fécondité (1,56 enfant par femme) parmi les plus élevées d’Europe.