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Doaa Bayoumi : de Paris à Mascate, régulatrice à la Banque centrale d’Oman, l’itinéraire d’une régulatrice engagée
Doaa Bayoumi est Regulatory Executive à la Banque centrale d’Oman. Diplômée d’un master en finance et ancienne consultante réglementaire à Paris, elle a intégré l’Executive MBA en Finance Islamique de Financia Business School avant de rejoindre Mascate avec sa famille. Rencontre avec une professionnelle qui a choisi de mettre ses compétences au service de ses convictions.
Pouvez-vous nous présenter votre parcours en quelques mots ?
« J’ai un profil réglementaire. J’ai travaillé pendant des années en conseil en France : reporting financier, normes IFRS, rapports annuels. Juste avant de faire le MBA, je m’étais mise en freelance pendant deux ou trois ans, dans le même métier mais avec mon propre réseau. Et c’est par l’intermédiaire du MBA que j’ai décroché un poste à la Banque centrale d’Oman, où je suis depuis un peu plus de six mois. »
Comment avez-vous découvert la finance islamique, et pourquoi vous y êtes-vous intéressée ?
« Je suis d’origine égyptienne. En Égypte, les premières banques islamiques se sont développées il y a très longtemps. Mais pendant longtemps, je ne voyais pas vraiment la différence avec les banques conventionnelles. Et puis, au fur et à mesure qu’on évolue dans sa foi, on a envie de faire les choses bien. J’ai suivi un enseignement qui disait qu’il vaut mieux essayer de travailler dans la finance islamique si on en a la possibilité. Et je me suis dit : mais qu’est-ce qui ne va pas dans ce que je fais ? »
« Si on travaillait juste à faire le ménage dans un magasin qui vend de l’alcool, on trouverait ça choquant. Mais dans une banque conventionnelle, on ne le trouve pas choquant. Au contraire, c’est presque prestigieux. Le monde d’aujourd’hui est fait de sorte qu’on arrive difficilement à percevoir ce qui est “haram” (non conforme à l’islam) »
Pourquoi avoir choisi de partir à Oman plutôt que de rester en France ou de rejoindre Dubaï ?
« Je ne l’ai pas vraiment choisi spécifiquement même si ça avait l’air très intéressant. J’avais envoyé mon CV à une vingtaine de contacts rencontrés lors du Roadshow du MBA, dans tous les pays, sans faire de sélection. Le seul qui m’a répondu, c’est la Banque centrale d’Oman. Cinq mois après l’envoi. J’ai eu un entretien de vingt minutes que je pensais avoir raté. Et une semaine après, j’avais une proposition de contrat. »
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Comment avez-vous convaincu votre famille de vous suivre ?
« J’avais toute ma famille contre moi. Mon mari était sceptique. Mes enfants me disaient qu’ils avaient leurs copains en France. Et moi j’étais seule contre tous. Ce qui m’a donné le courage, c’est de me dire que je faisais ça pour répondre à mes convictions profondes. Je voulais que mes enfants grandissent dans une société où ils se sentent libres, où ma fille se sent en sécurité. Quand on sait pour qui et pourquoi on prend une décision, on n’a plus peur de rien. »
En quoi consiste concrètement votre travail à la Banque centrale d’Oman ?
« Je travaille sur les cadres réglementaires qui s’appliquent à l’ensemble du secteur financier — banques islamiques et conventionnelles. Mon poste, c’est vrai, n’est pas exclusivement centré sur la finance islamique. Mais c’est un choix stratégique. Pour développer la finance islamique, on ne peut pas se dire qu’il n’y a que la finance islamique. Il faut considérer le reste du marché pour pouvoir évoluer. Et en comparant les deux, on voit comment les banques islamiques s’en sortent face aux mêmes réglementations. C’est très instructif. La possibilité d’appuyer les banques conventionnelles à ouvrir des fenêtres islamiques constitue également pour moi un autre levier de contribution au développement de la finance islamique. On leur ouvre les portes, on leur montre qu’un autre chemin est possible, il suffit de l’emprunter. »
Quels sont les principaux enjeux réglementaires pour la finance islamique à Oman ?
« L’un des grands enjeux, c’est l’absence de marché secondaire pour les sukuks. Ici, si j’achète un sukuk, je ne peux pas le revendre avant sa maturité. C’est un frein à la liquidité. Et c’est lié au manque de profondeur du marché. Oman n’a que cinq millions d’habitants, dont deux millions d’Omanais, le reste ce ne sont que des expatriés. Il faut un certain volume pour faire vivre un marché secondaire, qui n’existe pas aujourd’hui dans le pays. »
« L’autre enjeu, c’est la culture financière. La population omanaise ne connaît pas forcément la finance islamique, la plupart des gens ne savent pas ce qu’est un sukuk. Certains me demandent même quelle est la différence entre une banque islamique et une banque conventionnelle. On travaille avec des universités pour former les étudiants, et on organise des événements dans les villages pour sensibiliser les populations. »
Quel conseil donneriez-vous aux étudiants en finance islamique qui cherchent leur voie ?
« Ne pas abandonner. Il y a peu d’opportunités, c’est difficile, je le sais. Mais il faut continuer à postuler, à parler, à entretenir son réseau. La promo elle-même est déjà un réseau. Et se former en continu, pas forcément avec de grandes formations payantes, mais en lisant des petits articles, en suivant les bonnes personnes sur LinkedIn. Rester curieux, c’est essentiel. »
« Et si vous faites le Roadshow, prenez les cartes de visite de tout le monde. Envoyez un mail récapitulatif à chacun en rentrant. Moi, j’avais vingt contacts. Le seul qui m’a répondu, c’est la Banque centrale d’Oman. Voilà comment je suis là où je suis. »
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Quelle est votre vision de la réussite ?
« Pour moi, la réussite c’est faire ce que l’on a envie de faire. C’est sentir que l’on a personnellement réussi, car on a tout fait pour atteindre ses objectifs et que l’on a considéré chaque point de blocage comme un challenge à relever. Il faut faire ce que l’on a à faire de manière constante et alignée avec nos convictions profondes. Quand on a une bonne raison de faire les choses on ne peut pas abandonner, et la réussite est au bout de l’effort. »
Quelle est votre vision de l’échec ?
« L’échec, c’est l’abandon ! Il faut toujours continuer et se donner les moyens d’atteindre ses objectifs. »
Un mot de la fin ?
« Considérez ce que vous faites comme un effort personnel, presque spirituel. On ne combat pas avec des armes. On combat le système international de la dette en posant notre petite brique pour faire avancer une finance éthique, une finance équitable et qui sert tout le monde, ouverte à tous, pas seulement aux musulmans. Et j’espère que notre génération sera celle qui changera vraiment la vision des gens sur la finance islamique. »
La Rédaction – Cet article a été rédigé à partir d’une interview menée en collaboration avec les étudiants de l’Executive MBA Finance Islamique du Département de Finance Islamique de Financia Business School