Consommation électrique des data centers : l’IA fait flamber la demande
Consommation électrique des data centers : l’IA fait flamber la demande
La consommation électrique des data centers est devenue l’un des grands sujets énergétiques de la décennie. En 2025, la demande électrique mondiale de ces centres de données a atteint 787,8 TWh, en hausse de près de 20 % sur un an, selon la Statistical Review of World Energy 2026 publiée par l’Energy Institute. Derrière cette accélération, un moteur unique et bien identifié : l’essor de l’intelligence artificielle et des infrastructures de calcul qui l’alimentent.
Ce phénomène change la donne pour les systèmes électriques mondiaux. Pendant des années, la demande d’électricité progressait lentement dans les économies avancées. L’irruption de l’IA générative a inversé la tendance, au point que les data centers deviennent un facteur structurant de la demande énergétique, aux côtés des véhicules électriques. Cet article fait le point sur la consommation électrique des data centers, ses moteurs, sa géographie et ses conséquences.
Consommation électrique des data centers : les chiffres 2025
Selon l’Energy Institute, la demande électrique des data centers a plus que doublé en cinq ans, passant de 410,8 TWh en 2020 à 787,8 TWh en 2025, soit une croissance moyenne de 13,9 % par an. Rapportée à la production électrique mondiale (environ 32 200 TWh en 2025), cette consommation représente de l’ordre de 2 à 3 % de l’électricité de la planète selon le périmètre retenu. C’est encore limité en part relative, mais la vitesse de progression est le vrai signal.
Le tableau ci-dessous détaille la répartition régionale de cette demande en 2025.
| Région | Demande électrique data centers 2025 (TWh) | Part mondiale |
|---|---|---|
| États-Unis | 312,6 | 39,7 % |
| Chine | 205,7 | 26,1 % |
| Europe | 144,6 | 18,4 % |
| Reste de l’Asie-Pacifique | 63,2 | 8,0 % |
| Amérique latine | 25,6 | 3,3 % |
| Moyen-Orient et Afrique | 29,9 | 3,8 % |
| Monde | 787,8 | 100 % |
Source : Energy Institute, Statistical Review of World Energy 2026.
Une précision de méthode s’impose, car elle explique les écarts que l’on trouve d’une source à l’autre. L’Energy Institute mesure la base installée de capacité sur 47 pays, refroidissement et systèmes annexes compris, ce qui donne 787,8 TWh en 2025. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), avec un périmètre plus restreint, estime cette consommation autour de 485 TWh la même année. Les deux chiffres décrivent la même réalité vue à des échelles différentes, et tous deux pointent la même trajectoire : une hausse rapide et durable. Cette dynamique s’inscrit dans un basculement plus large que nous avons détaillé dans notre panorama de la transition énergétique mondiale.
Pourquoi l’IA fait exploser la demande électrique
La cause de cette flambée est claire. Les serveurs dits accélérés, ceux qui embarquent les processeurs graphiques (GPU) nécessaires à l’entraînement et à l’exécution des modèles d’IA, consomment bien davantage que les serveurs classiques. Selon l’AIE, la consommation électrique de ces serveurs accélérés progresse d’environ 30 % par an, contre 9 % pour les serveurs conventionnels. Autrement dit, chaque avancée de l’IA générative se traduit mécaniquement par une hausse de la demande électrique.
Ce lien entre calcul et énergie est direct. Entraîner un grand modèle de langage mobilise des dizaines de milliers de puces pendant des semaines, puis chaque requête d’utilisateur consomme à son tour de l’électricité. La démocratisation d’outils comme ChatGPT ou Claude, que PGE a comparés dans son duel entre les deux assistants IA, multiplie ces requêtes à l’échelle de centaines de millions d’utilisateurs.
Un contre-exemple mérite d’être noté, car il tempère les projections les plus alarmistes. L’arrivée de modèles plus sobres, à l’image de DeepSeek dont PGE a analysé l’irruption sur le marché technologique, montre que des gains d’efficacité restent possibles. L’AIE elle-même identifie un scénario de haute efficacité où la consommation croît nettement moins vite. La trajectoire dépendra donc autant des progrès logiciels que du déploiement matériel.
États-Unis, Chine, Europe : la géographie de la demande
La consommation électrique des data centers est très concentrée géographiquement. Les États-Unis en captent à eux seuls près de 40 % au niveau mondial, loin devant la Chine (26 %) et l’Europe (18 %). Cette domination américaine a des conséquences très concrètes sur le réseau électrique du pays. Selon le Lawrence Berkeley National Laboratory, rattaché au département américain de l’Énergie, les data centers représentaient déjà 4,4 % de l’électricité consommée aux États-Unis en 2023, une part qui pourrait atteindre 6,7 % à 12 % dès 2028.
Les données de l’Energy Institute confirment cette bascule : avec 312,6 TWh consommés en 2025 pour une production électrique américaine d’environ 4 770 TWh, les data centers pèsent déjà autour de 6,5 % de l’électricité du pays. L’AIE va plus loin dans sa projection, estimant que les data centers représenteront près de la moitié de la croissance de la demande électrique américaine d’ici 2030. À cet horizon, les États-Unis consommeront davantage d’électricité pour leurs centres de données que pour la production combinée d’aluminium, d’acier, de ciment et de produits chimiques. Cette concentration explique pourquoi la question énergétique est devenue centrale pour les géants technologiques dont PGE a analysé le poids économique dans son décryptage des « Magnificent Seven ».
Data centers et énergie : quel impact sur le climat ?
C’est le point le plus sensible. Cette nouvelle demande doit être couverte par de l’électricité, et sa source détermine son empreinte carbone. À court terme, l’effet n’est pas neutre. Aux États-Unis, la hausse rapide de la demande, tirée en partie par les data centers, a contribué en 2025 à un basculement du gaz vers le charbon dans la production électrique, après une flambée de 50 % des prix du gaz. Résultat, les émissions américaines de CO2 ont augmenté, et leur hausse en valeur absolue a été quatre fois supérieure à celle de la Chine, selon l’Energy Institute.
À plus long terme, l’AIE anticipe que les renouvelables et le gaz naturel couvriront l’essentiel de la croissance de la demande des data centers, le nucléaire montant en puissance vers la fin de la décennie. Les entreprises technologiques sont d’ailleurs devenues des acheteuses majeures d’électricité renouvelable et des soutiens actifs de nouvelles technologies bas carbone. Cet appétit énergétique de l’IA pourrait donc, paradoxalement, accélérer le déploiement des solutions propres qui structurent la transition. Pour comprendre ces technologies, PGE a consacré un dossier complet à la climate tech.
Cet impact énergétique va aussi de pair avec un impact sur le marché du travail et les compétences, une dimension que PGE a traitée dans son analyse des métiers menacés par l’IA.
Combien consommeront les data centers en 2030 ?
Toutes les projections convergent vers un doublement. Selon l’AIE, la consommation électrique mondiale des data centers passerait d’environ 485 TWh en 2025 à près de 950 TWh en 2030, pour atteindre autour de 1 200 TWh en 2035. À cet horizon 2030, les data centers représenteraient environ 3 % de la demande électrique mondiale, une part qui reste contenue mais dont la croissance dépasse de plus de quatre fois celle de l’ensemble des autres secteurs.
L’incertitude porte moins sur la direction que sur l’ampleur. L’AIE souligne que des goulots d’étranglement le long de la chaîne de valeur, des puces aux raccordements réseau, freinent les scénarios les plus agressifs à court terme. La consommation électrique des data centers continuera de grimper, mais son rythme exact dépendra de la disponibilité des équipements, des réseaux et de l’électricité elle-même, exactement la tension qui traverse aujourd’hui l’ensemble du système énergétique mondial.
FAQ
Quelle est la consommation électrique des data centers dans le monde ?
En 2025, la demande électrique mondiale des data centers a atteint 787,8 TWh selon l’Energy Institute, soit de l’ordre de 2 à 3 % de la production électrique mondiale. L’AIE, avec un périmètre plus restreint, l’estime autour de 485 TWh la même année. Les deux mesures décrivent une même trajectoire de forte croissance, tirée par l’intelligence artificielle.
Pourquoi l’IA consomme-t-elle autant d’électricité ?
Parce que les serveurs qui font tourner l’IA embarquent des processeurs graphiques très gourmands en énergie. Selon l’AIE, la consommation électrique de ces serveurs accélérés progresse d’environ 30 % par an, contre 9 % pour les serveurs classiques. L’entraînement des modèles puis chaque requête des utilisateurs consomment de l’électricité, à l’échelle de centaines de millions de personnes.
Quel pays consomme le plus d’électricité pour ses data centers ?
Les États-Unis, de loin. Ils captent près de 40 % de la consommation électrique mondiale des data centers, devant la Chine (26 %) et l’Europe (18 %), selon l’Energy Institute. Les data centers y représentent déjà environ 6,5 % de l’électricité du pays et pourraient peser jusqu’à la moitié de la croissance de la demande électrique américaine d’ici 2030 selon l’AIE.
Combien les data centers consommeront-ils en 2030 ?
Selon l’AIE, la consommation électrique mondiale des data centers devrait environ doubler pour atteindre près de 950 TWh en 2030, puis 1 200 TWh en 2035. Ils représenteraient alors environ 3 % de la demande électrique mondiale, avec une croissance plus de quatre fois supérieure à celle des autres secteurs.
Les data centers augmentent-ils les émissions de CO2 ?
À court terme, oui, quand la demande est couverte par des énergies fossiles. Aux États-Unis, la hausse de la demande a contribué en 2025 à un retour du charbon dans la production électrique. À plus long terme, l’AIE anticipe que renouvelables, gaz et nucléaire couvriront l’essentiel de cette demande, l’appétit de l’IA pouvant même accélérer le déploiement des énergies propres.
Ce qu’il faut retenir
La consommation électrique des data centers a franchi un cap en 2025, portée par l’intelligence artificielle, avec 787,8 TWh consommés dans le monde selon l’Energy Institute et une trajectoire vers un doublement d’ici 2030 selon l’AIE. Les États-Unis concentrent près de 40 % de cette demande, au point que les data centers y pèsent déjà plus de 6 % de l’électricité nationale. L’enjeu dépasse la seule facture énergétique : la source de cette électricité, fossile ou renouvelable, déterminera si l’essor de l’IA freine ou accompagne la transition énergétique mondiale. C’est aujourd’hui l’une des grandes inconnues du système électrique global.