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Mamadou Ndiaye : un acteur majeur du renforcement de la finance résiliente et souveraine en Afrique de l’Ouest
Après trente-cinq ans de service à la Banque Centrale, au cabinet du ministre des Finances, dans des institutions sous-régionales et à la présidence de l’Autorité des Marchés Financiers de l’UMOA, Mamadou Ndiaye a contribué au renforcement du cadre réglementaire financier en Afrique de l’Ouest.
Aujourd’hui retraité, il poursuit son engagement pour le développement de la finance islamique en Afrique de l’Ouest et au Sénégal.
Une vocation née dans les rangs de la Banque Centrale
Le parcours de Mamadou Ndiaye débute en 1989, année de son recrutement à la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), dans un contexte marqué au Sénégal par des tensions sociaux politiques.
Dès ses débuts à la BCEAO, Mamadou Ndiaye poursuit simultanément son parcours professionnel et universitaire : licence en 1989, maîtrise en 1990, puis obtention du Diplôme d’Etudes Supérieures de l’ITB (Institut Technique de Banque) en 1993. Il réussit ensuite le concours d’encadrement moyen en 1995, puis celui d’encadrement supérieur, chaque fois en se classant en tête. Ce parcours illustre une progression constante fondée sur l’exigence et la rigueur.
C’est dans le cadre d’un master en GPE (gestion de la politique économique) à Clermont-Ferrand, financé par une bourse conjointe de la Banque mondiale et du gouvernement japonais, qu’il effectue un stage déterminant à Washington. « J’ai eu accès à de nombreux articles et études sur la finance islamique », explique-t-il. Cette expérience contribue à orienter durablement ses centres d’intérêt professionnels et intellectuels.
De la réglementation bancaire aux marchés financiers : un artisan des cadres
De retour à Dakar, Mamadou Ndiaye progresse au sein de la BCEAO jusqu’à assurer la direction du Service de la Réglementation des Etablissements de Crédit et microfinance à la Direction de la Stabilité Financière au siège de la BCEAO . À ce titre, il contribue à l’élaboration de textes structurants, notamment la loi bancaire, la loi sur la microfinance et le fonds de garantie des dépôts, les Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT), l’Agence UMOA Titres… Cette expertise technique, à l’interface du droit et de la finance, conduit à son détachement auprès du Cabinet du Ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, où il intervient sur l’ensemble du secteur financier : banques, microfinance et assurances.
En 2017, il est nommé Président du Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marches Financiers (CREPMF), devenu depuis l’Autorité des Marchés Financiers de l’UMOA (AMF-UMOA), basée à Abidjan. Durant ses quatre années de mandat, il mobilise l’appui de partenaires tels que la Banque mondiale, le FMI et la Banque Africaine de Développement (BAD), l’Agence Française de Développement (AFD) pour conduire plusieurs chantiers structurants dont la révision des textes de base du Marché Financier Régional, la création d’un compartiment PME à la bourse régionale, le développement d’une bourse en ligne et l’élaboration d’un cadre réglementaire applicable aux sukuks, le renforcement du système de gouvernance ainsi que le contrôle des acteurs du Marché financier.
« Le Sénégal avait émis ses premiers sukuks en 2014, mais il n’existait pas de cadre réglementaire spécifique a ce type d’instrument. Je m’étais fait un point d’honneur d’en faire adopter un avant la fin de mon mandat. Aujourd’hui, ce cadre existe. » rappelle t-il
Il engage également le processus de changement de dénomination de l’institution, de CREPMF à AMF-UMOA, une réforme ensuite ratifiée par les huit parlements des États membres de l’Union. Cette évolution accompagne la modernisation du positionnement et des missions de l’institution à l’échelle régionale.
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La finance islamique en Afrique de l’Ouest : des avancées réelles, des défis persistants
Interrogé sur l’état de la finance islamique dans la zone UEMOA, Mamadou Ndiaye propose une analyse nuancée. Parmi les avancées observées, il cite le Sénégal, qu’il considère comme un pays pionnier : trois sukuks souverains émis depuis 2014, avec une quatrième émission envisagée, le programme PROMISE (Programme de développement de la Microfinance Islamique au Sénégal), devenu Fonds de Développement de la Microfinance Islamique (FDMI), ainsi que la révision des lois bancaire et de microfinance nouvelle loi bancaire et de la microfinance intégrant les opérations financières islamiques et les fenêtres islamiques, La Banque Islamique du Sénégal figure aujourd’hui parmi les principales banques du pays, après plus de quarante ans d’activité.
Il souligne toutefois l’absence, à ce stade, d’une stratégie nationale formalisée portée par les autorités publiques. « Ma conviction profonde : tant qu’on n’aura pas une stratégie nationale de promotion claire, avec une vision, des cibles, des objectifs, des indicateurs, il sera illusoire de penser à accélérer le développement de la finance islamique au Sénégal. La Malaisie a fait ce choix stratégique. Voilà pourquoi elle est là où elle est en la matière. »
Il cite aussi l’exemple de l’Indonésie et de la Malaisie, qui financent leurs infrastructures via des sukuks verts, à l’intersection de la finance islamique et de la finance durable. « Voilà une orientation qui pourrait intéresser l’Afrique de l’Ouest », insiste-t-il, le regard tourné vers l’avenir.
La retraite active : stratégie, formation et transmission
Le 18 octobre dernier, Mamadou Ndiaye a officiellement pris sa retraite après trente-cinq années au service de la Banque Centrale et de l’Etat sénégalais et des institutions sous régionales. Cette nouvelle étape s’accompagne néanmoins de la poursuite de son engagement professionnel et intellectuel. C’est d’ailleurs à cette période qu’il valide son Executive MBA en Finance Islamique auprès de Financia Business School/Paris. « L’idée de poursuivre les études ne m’a jamais quitté », précise-t-il.
Parmi ses priorités pour les cinq prochaines années figure l’achèvement d’une stratégie nationale de promotion de la finance islamique au Sénégal, chantier déjà engagé et auquel il souhaite continuer à contribuer activement.
Par ailleurs, il envisage, à l’issue de sa mission à la BRM (Banque Régionale de Marchés), de consacrer davantage de temps à l’enseignement et au développement de partenariats avec les institutions actives dans le champ de la finance islamique. La formation et la transmission des compétences occupent ainsi une place centrale dans cette nouvelle phase de son parcours.
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Un message aux nouvelles générations : aller plus loin, ensemble
À l’adresse des étudiants en finance islamique, Mamadou Ndiaye a un message d’une clarté cristalline. « Finissez votre MBA et venez apporter votre contribution. C’est une cause nationale, régionale, voire continentale. »
Il estime que l’Afrique de l’Ouest dispose des ressources nécessaires pour renforcer sa place dans le paysage mondial de la finance islamique. Les compétences se développent, les cadres réglementaires se consolident et les volontés politiques se structurent progressivement. L’un des principaux enjeux demeure toutefois l’accélération de la mise en œuvre collective. À ce sujet, il résume sa conviction en ces termes : « On va plus vite seul, mais plus loin ensemble. »
À travers un parcours marqué par la rigueur, la constance et le sens du service public, Mamadou Ndiaye illustre une contribution durable au développement du cadre institutionnel et réglementaire de la finance islamique en Afrique de l’Ouest. Son action, menée avec méthode et discrétion, met en évidence le rôle déterminant que peuvent jouer les réformes techniques et la construction institutionnelle dans les transformations de long terme.
La Rédaction — Cet article a été rédigé à partir d’une interview menée en collaboration avec les étudiants de l’Executive MBA Finance Islamique de Financia Business School.