Mickael Sadoun, ou l’art discret de concilier l’ambition d’un entrepreneur et la quête de sens
Un banquier devenu entrepreneur
À l’heure où la finance peine souvent à convaincre sur le terrain de l’éthique, certains parcours rappellent que responsabilité et performance ne sont pas incompatibles. Celui de Mickael Sadoun en est un. Banquier en prise avec le quotidien de ses clients devenu entrepreneur engagé, il incarne une ambition sobre, façonnée par la fidélité à ses valeurs et le refus des postures.
Issu d’un milieu modeste, orphelin de père à l’âge de 9 ans, Mickael n’a pas grandi dans les cercles élitistes des Grandes Écoles. C’est à Tours, loin des quartiers d’affaires parisiens, qu’il forge sa résilience. Après un DUT en alternance, il gravit progressivement les échelons du secteur bancaire : guichetier, conseiller, directeur d’agence, puis directeur de groupes d’agences au CIC. Pendant 18 ans, il affine son regard sur l’économie réelle à travers le prisme des problématiques que rencontrent les entrepreneurs et les familles qu’il suit, il développe ainsi sa lecture des leviers à leur disposition comme des limites auxquelles ils font face, loin des abstractions financières.
Son parcours est aussi marqué par sa passion pour le sport. Dans sa trentaine, il co-fonde une salle de sport à Orléans, menant de front cette aventure entrepreneuriale et sa carrière bancaire. Plus qu’un simple loisir, le sport devient pour lui une école de discipline et un support à son équilibre personnel. Mais lorsque les divergences de vision avec ses associés apparaissent, Mickael prend une décision lucide : quitter le projet sans regretter l’expérience. Il préfère conserver des relations saines avec ses amis plutôt que s’obstiner dans un projet dont il pressent les limites.
Cette première aventure lui enseigne les réalités parfois complexes de l’entrepreneuriat collectif. Il enchaîne alors avec la création d’une société de conseil dédiée aux entrepreneurs débutants, tout en restant directeur d’agence bancaire, ce qui lui permet d’explorer les frontières entre sécurité salariale et indépendance entrepreneuriale. Une transition progressive, réfléchie, loin des clichés de l’entrepreneur solitaire.
Quitter le confort du salariat pour devenir entrepreneur à plein temps
En 2018, il fait le grand saut : il quitte le salariat pour racheter un portefeuille d’assurance. Pourquoi ce virage ? « Parce qu’au fond, je voulais créer un projet qui me ressemble, aligné avec mes valeurs », confie-t-il. Ces valeurs sont nourries, entre autres, par une foi personnelle qu’il a choisie à l’adolescence après un parcours spirituel atypique, loin des dogmes. Une foi qui lui rappelle que l’argent n’est qu’un moyen, et que le succès ne vaut que s’il est partagé.
Son approche du métier est pragmatique mais exigeante : conseiller sincèrement plutôt que vendre coûte que coûte, mettre la transparence au cœur de la relation client, privilégier la responsabilité durable sur la rentabilité à court terme. En cinq ans, il triple la taille de son portefeuille d’assurance.
Contrairement aux discours enjolivés de certains entrepreneurs « par vocation », Mickael revendique un chemin beaucoup plus pragmatique. « Je ne suis pas tombé amoureux de l’assurance », dit-t-il avec humour. « J’ai choisi ce secteur parce qu’il permettait de bâtir rapidement une activité viable, dans un domaine que je connaissais bien. ». Pour lui, il ne s’agit pas de construire une image de soi mais de prendre les responsabilités qu’implique son choix d’indépendance.
Ainsi, lorsque Mickael Sadoun s’intéresse à la finance islamique, ce n’est pas ni par militantisme ni par communautarisme, mais parce qu’il y trouve des principes de bon sens : interdiction des pratiques abusives, partage du risque, valorisation du travail et rejet de la spéculation déconnectée de l’économie réelle. Des repères qui, loin des étiquettes religieuses, interpellent quiconque cherche à réconcilier finance et responsabilité. « Ce qui compte, c’est ta manière de mettre à profit les compétences que tu as acquises pour construire. On peut faire de la finance un levier de progrès, à condition d’y mettre de l’éthique et du sens. », explique-t-il.
Pour Mickael, la foi n’est pas un étendard mais une exigence intérieure: « je ne possède rien définitivement. Je ne suis qu’un gestionnaire temporaire. » confie-t-il. Ce regard humble et lucide irrigue ses décisions professionnelles, non pour afficher une morale, mais pour rester fidèle à une certaine vision de la responsabilité humaine face à l’argent et au pouvoir.
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Une croissance organique, et un rapport ambivalent à l’argent
Dans un monde obsédé par la visibilité numérique, Mickael Sadoun prend le contrepied : « je ne suis pas présent sur les réseaux sociaux, pas même sur LinkedIn. Mon réseau, je l’ai bâti sur le terrain, au fil des années. » Il fait le pari du relationnel authentique : des clients, des partenaires, des amis d’enfance qui savent qui il est et ce qu’il vaut.
Ce réseau local, profondément enraciné, a été le levier principal du lancement de son activité. Une démarche qui rappelle que le capital social réel reste, pour beaucoup d’entrepreneurs ancrés dans leur territoire, un actif plus solide et durable qu’une notoriété virtuelle, souvent éphémère.
Un autre paradoxe, plus intime, traverse son parcours : son rapport ambivalent à l’argent et au luxe. Fils d’un père flamboyant mais sans fortune réelle, Mickael confie avoir hérité de ce goût du beau et du raffiné, tout en veillant à ne pas reproduire les excès paternels. Son rapport à l’argent est ainsi fait de cette tension entre plaisir matériel et ascétisme.
Un entrepreneur aux racines retrouvées faisant germer de nouveaux projets
Ce positionnement subtil vis-à-vis de l’argent influence aussi ses choix professionnels. Là où d’autres verraient une simple opportunité, lui cherche du sens. C’est ainsi que l’Algérie, terre retrouvée sur le tard, s’impose peu à peu comme un territoire d’engagement à long terme: « L’Algérie reste un marché largement sous-développé. J’aimerais y apporter ma pierre, avec des projets utiles, pas seulement rentables. » Entre mémoire familiale et ambition entrepreneuriale, il imagine déjà des ponts à construire.
Au-delà de ses projets, Mickael Sadoun pense à ce qu’il souhaite transmettre à ses enfants et aux jeunes qui l’entourent. Il défend une vision simple : « L’état d’esprit est déterminant. Même quand on échoue, si on garde une posture positive, on finit par avancer. » Sa trajectoire est marquée par cette idée que l’on ne choisit pas toujours d’où l’on part, mais que l’on peut choisir où l’on va.
À ceux qui, parmi vous, cherchent leur voie, Mickael Sadoun livre un conseil simple : « Ne vous laissez pas enfermer dans des cases. Prenez le temps de savoir ce qui vous anime profondément. Et osez créer votre propre chemin, même s’il ne ressemble pas à celui qu’on attendait de vous. ». Un rappel utile dans un monde où l’on ne manque pas de compétences, mais de conscience.
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La Rédaction – Cet article fait partie d’une série inédite en collaboration avec les étudiants du MBA du département Finance Islamique de Financia Business School.