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- ÉCOLES D'INGÉNIEURS INTERVIEWS
- Adem Lachiheb
- 22 août 2025
Rencontre avec François Stephan, Directeur Général de l’ECE
Nous avons échangé avec François Stephan, directeur général de l’ECE , qui nous a partagé son parcours inspirant ainsi que les fortes ambitions de l’école pour les années à venir.
Pourriez-vous vous présenter et présenter votre parcours qui vous a mené jusqu’à l’ECE ?
Bonjour, je suis François Stéphan, directeur général de l’ECE, l’école d’ingénieurs du groupe Omnes Education.J’ai rejoint l’ECE il y a un peu plus de 4 ans, après plus de 30 ans d’expérience professionnelle dans le secteur des technologies de l’information. Avant de prendre la direction de l’ECE, j’ai occupé plusieurs postes à responsabilité dans des sociétés technologiques, des entreprises de conseil et de services, ainsi que dans des start-ups. J’ai également travaillé à l’Institut de Recherche Technologique SystemX, situé sur le plateau de Saclay.
Je suis diplômé de l’École Polytechnique et de Télécom Paris. Depuis l’année dernière, je suis également membre du réseau ADER, la réserve citoyenne de l’état-major de l’armée de l’air et de l’espace.
Pourquoi avoir choisi de diriger l’ECE plutôt qu’une autre école ?
C’est le groupe Omnes Education qui m’a proposé de prendre la direction générale de l’ECE, et j’ai trouvé le projet tout à fait motivant et enthousiasmant. Pour moi, c’était un nouveau métier, parce que je n’avais jamais été directeur d’école auparavant. Comme je l’ai dit, j’ai fait toute ma carrière dans des entreprises ou des centres de recherche.
Pour moi, c’était un nouveau parcours professionnel, la découverte d’un nouveau métier, dans une école centenaire mais en même temps très innovante, très liée aux besoins du marché du travail dans les secteurs de l’informatique au sens large.
J’ai rejoint l’ECE avec pour mission de piloter le développement d’une école d’ingénieurs spécialisée dans un domaine que je connais bien : l’ingénierie numérique. Mon objectif est de contribuer à faire de la France un leader mondial du numérique et de l’intelligence artificielle, en formant les talents dont notre pays a besoin dans des secteurs stratégiques.
Sur quels aspects avez-vous travaillé depuis votre arrivée à l’ECE ?
Être directeur d’école, c’est avoir beaucoup de responsabilités. D’abord, il s’agit avant tout de s’occuper des étudiants. Pour que les étudiants soient heureux à l’école, il est essentiel de veiller à ce que leur expérience au quotidien se passe bien, qu’ils s’épanouissent dans leur parcours.
Un autre aspect important, c’est le travail avec les responsables pédagogiques pour faire évoluer les programmes. Par exemple, nous avons lancé l’année dernière une nouvelle majeure d’approfondissement dans le cycle master du programme ingénieur, sur le thème de la défense et la technologie. Cette initiative est née d’échanges avec le ministère des armées ainsi qu’avec des entreprises du secteur. Nous avons constaté qu’il y avait un réel besoin de proposer aux étudiants une spécialisation sur ces sujets. Beaucoup souhaitent s’engager au service de la défense du pays, que ce soit dans les armées ou dans les entreprises qui travaillent pour elles.
Il y a également eu un travail de développement de l’école. À mon arrivée, l’ECE était présente sur deux campus : Paris et Lyon. Aujourd’hui, nous sommes en train de nous implanter à Bordeaux, Rennes, Toulouse et Marseille devrait suivre l’an prochain. Cette année, un nouveau campus ouvre aussi à Abidjan en Côte d’Ivoire.
Enfin, depuis un an et demi, avec l’ensemble des équipes de l’école et les étudiants, nous avons positionné l’ECE comme l’école d’ingénieurs pionnière en intelligence artificielle en France. Ce que nous faisons aujourd’hui dans ce domaine, aucune autre école d’ingénieurs en France ne le propose de cette manière.
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Comment justifiez-vous le rayonnement de l’ECE dans les classements en intelligence artificielle ?
Tout simplement parce que ce qu’on fait, c’est du concret. Ce n’est pas juste de la communication, c’est réel, c’est basé sur des résultats tangibles.
L’année dernière, deux de nos étudiants ont développé de nouveaux modèles d’intelligence artificielle en travaillant sur ce qu’on appelle la fusion de modèles. Accompagnés par nos enseignants, ils ont réussi en trois mois à placer un modèle open source top 1 mondial dans le classement Hugging Face. Ce sont de vrais champions.
Et ce n’est pas un cas isolé. En octobre dernier, cinq autres étudiants ont travaillé sur des modèles compacts, ce qu’on appelle les Small Language Models (SLM). Là encore, grâce à un travail acharné avec leurs enseignants, ils ont réussi à placer deux modèles en top 1 mondial.
C’est avec nos étudiants et nos enseignants que nous avons positionné l’école à ce niveau sur l’intelligence artificielle. On s’est rendu compte que nos étudiants apprennent énormément par la pratique, sur des cas d’usage concrets avec des entreprises.
C’est ce qui nous a amenés à créer un équivalent d’un FabLab, mais pour l’IA. On l’a appelé l’Intelligence Lab, ou FabIA. L’idée est simple : offrir aux étudiants et enseignants un espace pédagogique physique, où ils peuvent travailler ensemble avec des entreprises, des chercheurs, et sur des infrastructures techniques de pointe (cartes GPU, etc.), pour apprendre l’IA par la pratique.
Et surtout, nous avons été les premiers à le faire. C’est une initiative qui est née grâce à nos étudiants, mais elle est pensée dans une logique ouverte. Je discute avec beaucoup d’autres écoles d’ingénieurs pour leur proposer de venir travailler avec nous, de lancer des projets communs, notamment sur l’IA générative. L’idée, c’est de former ensemble des ingénieurs augmentés par l’IA, mais aussi des ingénieurs capables de créer l’IA.
Comment le projet Milo s’intégrera-t-il dans les cursus de vos étudiants ?
Milo, ce n’est pas un assistant virtuel, c’est une étudiante IA, et ça fait toute la différence.
Il y a pas mal d’écoles qui ont développé des assistants IA, mais nous avons voulu faire quelque chose de différent. On s’est dit : l’intelligence artificielle va transformer profondément ce qu’on enseigne, mais aussi la manière dont on l’enseigne. Je prends un exemple : un étudiant qui apprend à développer du logiciel. Aujourd’hui, il y a plein d’outils d’IA qui permettent d’aider au développement. Donc, la vraie question, c’est : comment on apprend à nos étudiants à coder en utilisant ces outils ?
Et comme nous sommes des ingénieurs dans l’âme, nous avons choisi d’expérimenter. Parce que c’est ça, notre culture : l’expérimentation, la méthode scientifique. Nous nous sommes dit : au cœur de notre activité, nous allons placer une IA sous forme d’étudiante, que nous avons appelée Milo. Milo suit les cours, interagit avec les étudiants, interagit avec les enseignants, et elle va nous aider, tous ensemble, à mieux comprendre ce qu’il faut enseigner, et comment il faut l’enseigner, en s’appuyant sur la pratique.
C’est ça, le projet Milo : comprendre les interactions entre l’IA, les enseignants, les étudiants, et expérimenter sur le terrain. Et Milo, c’est une première mondiale, la première étudiante IA en ingénierie au monde. Aucune autre école d’ingénieurs, aucune université technologique dans le monde, ne fait cela. Nous en sommes très fiers.
Quel type d’étudiants recrutez-vous à l’ECE ?
C’est une question importante. À l’ECE, nous avons trois grandes familles de programmes de formation, ce qui nous permet d’accueillir différents profils d’étudiants selon leur parcours et leur projet.
D’abord, il y a le programme Grande École d’ingénieur. C’est un programme post-bac, ce qui veut dire que nous recrutons principalement des lycéens après le bac, via Parcoursup. L’ECE est ce qu’on appelle une école à prépa intégrée, même si, pour être précis, on parle plutôt chez nous de cycle préparatoire, car les étudiants ne sont pas en classe prépa traditionnelle, ils sont directement étudiants à l’ECE. Ils passent cinq ans chez nous : deux ans en cycle préparatoire, puis trois ans en cycle ingénieur. C’est dans ce cycle qu’ils peuvent choisir leur spécialisation, par exemple en défense, en énergie, en data, en cybersécurité, en intelligence artificielle, et d’autres encore.
Par ailleurs, nous proposons un Bachelor en informatique, en trois ans. Là, nous formons des ingénieurs juniors, très opérationnels, qui sont de plus en plus recherchés par les entreprises. À l’issue de ce bachelor, certains choisissent de poursuivre leurs études en Master of Science pour aller jusqu’à bac +5, voire même intégrer ensuite le programme ingénieur. Mais beaucoup entrent directement sur le marché du travail, car les entreprises ont aujourd’hui un besoin immense d’experts dans le numérique, l’IA, la cyber, la data, etc. En France, il faut savoir que ce n’est pas le diplôme qui fait l’ingénieur, ce sont les compétences. Et les diplômés du bachelor de l’ECE sont très souvent recrutés comme ingénieurs juniors, notamment en cybersécurité ou en intelligence artificielle. Ce programme bachelor, contrairement au programme ingénieur, ne recrute pas sur Parcoursup. Nous recrutons toute l’année, et il reste encore des places. Donc si certains étudiants ont été déçus par Parcoursup, ou ne se sentent pas à leur place dans l’école qu’ils ont choisie, ils peuvent encore rejoindre l’ECE, se spécialiser en IA, en data, en cybersécurité, et même faire de l’alternance dès la troisième année.
Enfin, nous avons une troisième famille de programmes : les Masters of Science. Ce sont des formations spécialisées de niveau bac +5, sur les grands domaines technologiques que nous couvrons, comme l’intelligence artificielle, la cybersécurité, le développement logiciel ou encore les données. Ces masters s’adressent à des étudiants bac +3 qui ont déjà fait un BUT, une licence universitaire en informatique ou équivalent, et qui souhaitent se spécialiser davantage.
Vous voyez, l’ECE propose une grande diversité de parcours. Nous recrutons des profils très variés, du post-bac jusqu’au bac +4, toujours dans une logique d’excellence technique et d’adaptation aux besoins du marché, en particulier dans les métiers du numérique et de l’intelligence artificielle.
L’international à l’ECE : comment cela se traduit-il concrètement ?
L’international, c’est effectivement quelque chose de très important à l’ECE, et ça le devient même de plus en plus. Pourquoi ? Parce que les ingénieurs de demain vont forcément évoluer dans un environnement international, même s’ils travaillent en France. Ils seront amenés à collaborer avec des clients, des partenaires, des fournisseurs venant du monde entier.
Concrètement, cela se traduit par deux volets. Le premier, c’est que nos étudiants partent à l’international. Dans le programme ingénieur, par exemple, ils peuvent effectuer jusqu’à trois semestres à l’étranger s’ils le souhaitent. Ils partent en échange ou en double diplôme un peu partout dans le monde : Amérique, Asie, Afrique, Europe, Australie… On leur ouvre vraiment des perspectives globales. Et c’est aussi le cas dans le programme bachelor, où des mobilités à l’international sont également possibles.
Le deuxième volet, c’est que nous accueillons de plus en plus d’étudiants internationaux. Pour vous donner un ordre de grandeur, à la rentrée prochaine, nous allons accueillir entre 1300 et 1400 nouveaux étudiants, et 30 % d’entre eux seront internationaux. Beaucoup viennent d’Inde, donc de pays anglophones, ce qui nous a amenés à développer des programmes enseignés en anglais.
Tout cela fait que l’ECE devient une école de plus en plus internationale. Sur nos campus, on parle de plus en plus anglais, car certains étudiants ne parlent pas français, tandis que d’autres le parlent couramment. Il y a donc une vraie richesse culturelle, et une ouverture qui grandit d’année en année. Nous sommes en train de devenir, très clairement, une école d’ingénieurs à dimension internationale.
L’ECE en 2030 : à quoi cela ressemblera ?
L’ECE en 2030 sera une école qui accueillera presque 6000 étudiants. Nous serons en France sur au moins six campus, voire peut-être un peu plus. Nous aurons bien développé notre campus à Abidjan, je pense que nous aurons entre 100 et 200 étudiants là-bas. Nous aurons aussi développé nos Bachelors et nos Masters of Science un peu partout en France. On comptera dans nos effectifs entre 20 et 30 % d’étudiants internationaux anglophones.
L’ECE sera toujours reconnue comme une école pionnière de l’IA parce qu’elle aura gardé son avance. L’école aura noué de nombreux partenariats avec d’autres écoles et des entreprises et acteurs publics autour de l’IA, avec notre Intelligence Lab. Voilà un peu à quoi ressemblera l’école dans cinq ans, c’est-à-dire demain en fait.
Un mot pour décrire l’ECE, et pourquoi?
Aujourd’hui, l’ECE est vraiment l’école d’ingénieurs pionnière de l’IA en France. Je tiens à le dire parce que pour moi, l’IA, c’est une révolution majeure de notre société. Ce n’est pas juste une transformation numérique. Là, on vit une vraie transformation par et avec l’IA. C’est pour cela qu’on se positionne là-dessus. Donc si vous me demandez de décrire l’ECE en une phrase, ce serait : l’école d’ingénieur pionnière sur l’IA aujourd’hui en France.