Rapport HIRSCH : Les conclusions de l’enquête du BNEM

 Rapport HIRSCH : Les conclusions de l’enquête du BNEM

Retour avec Séverin Koszul, responsable de la commission ERA (Études, Recherche et Analyse) du BNEM et Margaux Kaemmerlen, secrétaire de la sous-commission Enquête et Investigation de la commission ERA du BNEM, sur l’importante enquête menée par le BNEM sur les modalités d’éventuelles modifications des concours

 

Peux-tu présenter le BNEM ?

Margaux K : Le Bureau National des Étudiants en école de Management (BNEM) est l’association qui vise à porter la parole et à défendre les intérêts des étudiants des grandes écoles de Management au sein de l’écosystème de l’enseignement supérieur (Directions, Conférence des grandes écoles, Ministère de l’Enseignement supérieur, etc.). Après seulement 6 mois d’existence, ce sont déjà plus de 25 écoles qui siègent au sein de notre organisation. En interne, le BNEM est composé d’un Conseil d’Administration au sein duquel les étudiants de chaque école sont représentés par l’intermédiaire d’un binôme paritaire. Parallèlement, nous avons également lancé 5 groupes de travail destinés à traiter des grands enjeux de notre temps (Lutte contre les violences sexuelles et sexistes, Diversité sociale, Enjeux écologiques, etc.). Ouvertes et accessibles à tous, ces commissions ont pour objectif de placer les étudiants au cœur du débat public et de faire entendre notre voix sur les problématiques qui nous concernent. Pour nous rejoindre, c’est par ici.

En partenariat avec Planète Grandes Ecoles, vous avez réalisé une enquête auprès des étudiants concernant le rapport Hirsch. Quel a été de taux de participation ?

Margaux K : Le rapport Hirsch est un document qui propose des solutions pour démocratiser l’accès à nos écoles et pour faire en sorte que nos promotions soient plus représentatives de la société française dans sa diversité sociale. Rédigé par un comité présidé par Martin Hirsch, à la demande de la Ministre de l’Enseignement supérieur, il a été rendu public en décembre 2020. Parce qu’il nous semblait primordial que les étudiants des grandes écoles soient consultés sur un sujet qui les concerne directement, nous avons diligenté une enquête auprès d’un échantillon représentatif de 2200 étudiants, issus de 25 établissements. Sur cette base nous avons publié une tribune dans le Figaro, pour faire valoir l’avis des étudiants sur les mesures proposées.

Pourquoi avoir voulu faire cette enquête ?

Margaux K : La vague médiatique qui a suivi la parution du rapport Hirsch a donné l’occasion à plusieurs syndicats universitaires, dont la connaissance de notre filière est manifestement très relative, de soutenir des positions pour le compte de l’ensemble des étudiants, sans prendre en compte les spécificités des grandes écoles. Par cette étude, nous souhaitons donc donner l’occasion aux étudiants d’école de commerce de contribuer au débat et d’exprimer leur opinion sur une réforme qui les concerne directement.

Seul 10% des étudiants en Grande École de commerce sont issus de famille modeste, quelles solutions pour y remédier ?

Margaux K : On ne soigne pas un arbre malade en se préoccupant de sa cime. On soigne d’abord ses racines. Dans le cadre de l’accès aux grandes écoles, c’est pareil : il faut agir en amont de nos filières, dans les collèges et les lycées car c’est là où les inégalités se constituent. Dans ce cadre, nous soutenons la mise en place d’un service public d’égalité des chances selon lequel un étudiant, rémunéré, interviendrait dans des classes pour sensibiliser les jeunes aux études longues, aux grandes écoles et aux enjeux de l’orientation. Nous croyons beaucoup à la transmission et au mentorat. Cette idée, proposée notamment par Martin Hirsch dans son rapport a recueilli près de 80% d’avis favorable de la part des étudiants.

 

Pour ou contre des points supplémentaires au concours pour les étudiants boursiers ?

Margaux K : Contre, très clairement ! D’après nos travaux, plus de 70% des étudiants en école de management s’opposent à la bonification directe en faveur des boursiers sur les épreuves des concours. Une telle mesure n’aurait vraiment pas de sens. Un concours c’est comme une compétition sportive. Vous en connaissez beaucoup où certains concurrents commencent avec 500 mètres d’avance ?

Et un quota pour ces étudiants ?

Margaux K : C’est également une mesure de discrimination positive et les étudiants sont largement opposés à cette idée. Mettre en place des quotas ne contribuerait en rien à réformer structurellement le système actuel. Nous ne voulons pas de mesures postiche.

Le financement des frais de scolarité est un problème pour beaucoup d’étudiants, y’a-t-il de réelles alternatives ?

Margaux K : Évidemment dans nos écoles, avec des frais de scolarité qui augmentent chaque année, le financement des études est un véritable sujet. Dans ce cadre, nous proposons la mise en place d’un prêt contingent au revenu, à taux 0 et garanti par l’Etat. Déjà largement utilisé dans les pays anglo-saxons, ce système se fonde sur la contraction d’un prêt dont le remboursement débute une fois que les revenus en sortie d’école ont atteint un certain seuil. Alors que le prêt bancaire est déjà une réalité dans notre filière (57%), cette solution permettrait aux étudiants de limiter l’impact des intérêts d’emprunt sur leurs finances et de disposer d’un délai pour rembourser si leur salaire est inférieur au seuil défini.

La classe préparatoire et les programmes grandes écoles sont de plus en plus concurrencés par les écoles post-bac, comment valoriser ces filières d’excellence ?

Séverin K : Avant même de d’aborder les différentes voies d’accès, c’est la filière Grande École qui doit être valorisée. Trop d’élèves pensent encore, qu’entreprendre des études supérieures, qui plus est payantes, leur est inenvisageable. La déconstruction de ces barrières psychologiques souvent inculquées par l’environnement social est le premier combat à mener. Si l’intérêt pour la filière Grande École s’amplifie, celui pour les voies d’accès se suivra naturellement. Cela nécessite donc une action d’envergure bien en amont dans le processus d’orientation des élèves.

La conclusion du BNEM par rapport à l’enquête qui a été menée ?

Séverin K : Nous souhaitions consulter les étudiants sur ce sujet de plus en plus évoqué dans le débat public. Il ressort de notre étude un engagement unanime des étudiants dans la promotion de la diversité. Certains outils proposés dans le rapport Hirsch sont très bien accueillis, en particulier ceux agissant en amont des concours permettant de valoriser la filière et de lutter contre l’autocensure. D’autres outils, en particulier ceux reposant sur le principe de discrimination positive, soulèvent quant à eux la méfiance des étudiants. Sur la base des conclusions de cette enquête, nous dialoguons désormais avec diverses parties prenantes afin de faire en sorte que la voix des étudiants des grandes écoles de commerce soit entendue. Dans ce cadre, nous avons récemment rencontré Stanislas Guérini, Député de Paris et Directeur général de LREM qui a récemment évoqué l’idée d’un « Capital jeune ».