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Justine Ryst, directrice générale de YouTube France, marraine de la promotion 2026 de NEOMA

Justine Ryst, directrice générale de YouTube France, marraine de la promotion 2026 de NEOMA

Justine Ryst est revenue sur le campus rémois où elle a fait ses études il y a plus de vingt-cinq ans. Directrice générale de YouTube France et Europe du Sud, diplômée de l’école, elle est la marraine de la promotion 2026 du Programme Grande École de NEOMA. Discours de rentrée devant les nouveaux admis, puis séance de questions-réponses : nous étions sur place et nous avons pu l’interroger.

 

Justine Ryst, de Sup de Co Reims à la direction générale de YouTube France

Justine Ryst dirige YouTube France depuis février 2019 et a vu son périmètre s’élargir à l’Europe du Sud en 2024. Elle coordonne l’ensemble des équipes de la plateforme sur son territoire : création, partenariats, technique, commercial, relations avec les régulateurs. Elle siège par ailleurs au conseil d’administration de la Compagnie du Mont-Blanc et au comité consultatif d’Adeo.

Le point de départ est rémois. Justine Ryst appartient à la promotion 1999 de Sup de Co Reims, l’établissement devenu Reims Management School puis NEOMA après la fusion avec l’ESC Rouen en 2013. Elle y arrive après une année de médecine non concluante et un passage éclair par un BTS. Un détail qui compte pour les admissions parallèles : son entrée en grande école s’est faite par une bifurcation, pas par une voie tracée. Elle garde de ces années le week-end d’intégration à Port Barcarès, la diversité des profils et un échange de six mois à l’université de Belgrano, en Argentine. Son premier emploi la mène chez Competeer, une société de e-learning devenue leader de son secteur en Amérique latine.

Chez Endemol France, producteur de Star Academy et de Secret Story, elle occupe le poste de directrice du Digital et de la Diversification et développe les déclinaisons numériques des formats télévisés. En 2013, elle rejoint Twitter et participe depuis la Silicon Valley à la construction du bureau français, aux côtés de Karie Stanton, ancien bras droit de Barack Obama pour sa campagne digitale de 2008. Elle raconte que c’est cette rencontre, plus que l’aventure californienne, qui a emporté sa décision. Le détail de sa trajectoire confirme cette logique de rencontres successives.

Année

Étape

1999

Diplômée de Sup de Co Reims (aujourd’hui NEOMA)

Années 2000

Premier emploi chez Competeer, société de e-learning

Jusqu’en 2013

Directrice du Digital et de la Diversification, Endemol France

2013 – 2017

Développement de Twitter France, bureau co-construit depuis la Silicon Valley

2017

Arrivée chez YouTube, partenariats de contenus Europe du Sud

Février 2019

Directrice générale de YouTube France

2024

Directrice générale YouTube France et Europe du Sud

Devant les étudiants du campus de Reims, elle a résumé sa méthode en une phrase : elle n’a jamais eu de plan de carrière. « Je suis très dans l’instant et dans l’instinct », a-t-elle expliqué, avant de filer une métaphore de coureuse à pied, elle court sans téléphone et sans itinéraire, là où l’instinct la mène. Interrogée sur ces bifurcations, elle a livré une observation qui a fait réagir la salle : elle n’a jamais cherché de poste, les entreprises sont venues à elle, à chaque fois parce que quelqu’un avait parlé d’elle. Sa conclusion tient en une consigne de comportement professionnel : après trente ans de carrière, tout le monde se connaît, et les personnes croisées en montant sont les mêmes que l’on retrouve en descendant.

 

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YouTube France, l’écosystème que pilote Justine Ryst

Le périmètre qu’elle dirige a changé de nature. En novembre 2025, lors du YouTube Festival, la plateforme a annoncé que son écosystème français avait franchi le cap du milliard d’euros de contribution au PIB en 2024, selon un rapport d’Oxford Economics fondé sur environ 1 100 créateurs et 600 entreprises interrogés. Elle a qualifié auprès de l’AFP cette année de pivot pour la création française.

Ce basculement est particulièrement important : 43 millions d’utilisateurs mensuels de plus de 15 ans en France selon Médiamétrie, plus de 450 chaînes générant au moins 100 000 euros par an via le partage de revenus, environ 24 000 emplois soutenus. À l’échelle mondiale, YouTube a reversé plus de 100 milliards de dollars aux détenteurs de chaînes sur quatre ans. La bascule est aussi qualitative : les grands créateurs sont devenus, selon elle, des producteurs capables de sortir des formats XXL. Cette économie de la création fonctionne désormais comme une filière, au même titre que le cinéma ou la télévision.

Elle participe également à la stratégie de modération de YouTube. Elle indique que l’apprentissage automatique filtre 90 % des contenus contrevenant aux règles de la plateforme, dont deux tiers avant même dix vues, et détaillait le système d’étiquetage des contenus réalistes assistés par IA mis en place face aux deepfakes.

 

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Marraine de promotion à NEOMA : « accompagner sans faire à la place »

Interrogée sur la manière dont elle compte accompagner ses filleuls, Justine Ryst a affirmé qu’il était difficile d’accompagner chaque étudiant, au vue de la taille de la promotion. Elle a donc choisi l’exercice qui lui semble le plus utile, se demander ce qu’elle aurait aimé entendre à cet âge et le dire à tout le monde en même temps.

Elle décrit le rôle comme une responsabilité de transmission et d’écoute, avec un objectif : accompagner sans se substituer, donner le juste retour d’expérience pour que chacun trace ensuite son propre chemin. Une de ses filles était dans la salle, et elle assume s’être adressée aux étudiants comme elle s’adresse à ses enfants.

Un point revient plusieurs fois dans ses réponses : l’environnement psychologique de cette génération. Éco-anxiété, disparition des voies royales, fin du CDI comme horizon, guerres à deux heures d’avion. Elle constate que le CDI était le Graal de sa génération et que ce repère a disparu, et place la fonction de rassurance au cœur du parrainage. Elle a également évoqué, sans en avoir parlé sur scène, la difficulté de ses retours de congé maternité et le travail nécessaire pour reprendre sa place.

Les trois messages de son discours, qu’elle a redits en entretien, sont directs : choisir les pentes les plus difficiles, parce qu’un choix exigeant aujourd’hui élargit le champ des possibles demain ; prendre sa place sans attendre qu’on en donne l’autorisation ; donner du sens à ses actions et garder l’humain et la planète au centre, à une époque de moyens technologiques démultipliés.

 

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Rentrée 2026 à NEOMA : la dernière sur le campus historique de Reims

Cette rentrée a une valeur particulière pour l’école. Elle est la dernière organisée sur le site rémois actuel, avenue Pierre Taittinger. La promotion suivante sera accueillie dans le nouveau campus de Port Colbert, 35 000 m² pour un investissement de 146 millions d’euros, dont l’ouverture est prévue en janvier 2027 à quinze minutes à pied de la gare. Le projet, signé du cabinet danois Henning Larsen, est le second grand chantier immobilier piloté par Delphine Manceau après le campus parisien inauguré en 2021.

Le calendrier donne au parrainage de Justine Ryst une résonance supplémentaire : elle est revenue sur les lieux de sa propre intégration à quelques mois de leur fermeture. Elle a dit son émotion à retrouver un campus inchangé, où elle a construit des amitiés qu’elle a encore aujourd’hui, et a insisté sur ce que représente une école de commerce loin de chez soi, une famille que l’on commence à se construire. L’école, qui compte près de 10 000 étudiants et se maintient dans le haut du classement des écoles de commerce, aborde ce déménagement comme un changement d’échelle.

 

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Les conseils de carrière de Justine Ryst aux étudiants

Sur la question du choix, sa réponse va à rebours de l’injonction à la planification. Elle invite à ne pas s’imposer l’obligation de trancher, décrit une société d’injonctions parfois paradoxales, et recommande de s’écouter davantage. Rester en alerte pour saisir les opportunités, sans transformer cette vigilance en pression permanente.

Sur le choix d’un stage ou d’un premier poste à l’international, elle distingue deux niveaux. Les critères objectifs d’abord, missions et destination. Puis le facteur déterminant selon elle : on ne choisit pas une entreprise, on choisit les personnes avec qui on va travailler. Sa recommandation pratique consiste à interroger les collaborateurs sur l’ambiance de l’équipe plutôt que sur celle de la société, et à accorder du poids au ressenti sorti des entretiens. Son propre passage chez Twitter en est l’illustration : la Silicon Valley l’effrayait, la personne venue la chercher l’a convaincue.

Elle a enfin repris à son compte une image entendue plus tôt dans la matinée lors d’une intervention en neurosciences : un échec n’est qu’une information pour faire mieux ensuite.

 

Delphine Manceau et Justine Ryst durant la rentrée 2026 de NEOMA

 

Comment intégrer YouTube ou Google : ce que regarde Justine Ryst

La question du recrutement est venue directement de la salle. Sa réponse commence par un constat de sélection : à ce niveau, les CV académiques se ressemblent tous, les profils sont tous brillants, et la différenciation se fait ailleurs que sur le diplôme.

Elle cite ses propres équipes : des athlètes quasi semi-professionnels, des champions d’échecs, un musicien d’orchestre philharmonique. Ce qui l’intéresse dans ces engagements, c’est ce qu’ils démontrent en matière de discipline, de résilience, d’esprit d’équipe et de capacité à durer, autant de qualités directement transposables en entreprise. Sa formule : les étudiants sont des diamants bruts et leur travail consiste à sculpter leur singularité plutôt qu’à entrer dans un moule.

Côté méthode, elle rappelle que Google et YouTube recrutent en volume, que les sites carrière sont la porte d’entrée normale, que la candidature spontanée fonctionne, et que LinkedIn est devenu un outil d’accès direct aux opportunités. Elle note d’ailleurs que son fils aîné a trouvé ses stages seul par ce canal. Pour les étudiants qui se projettent sur ces trajectoires tech et médias, les niveaux de rémunération à la sortie de NEOMA donnent un premier repère de comparaison.

 

Ce qu’il faut retenir

Justine Ryst incarne un profil que les grandes écoles mettent rarement en avant : une trajectoire construite sans plan de carrière, entrée en école par une bifurcation, et arrivée à la tête d’une plateforme dont l’écosystème pèse désormais un milliard d’euros dans le PIB français. Son parrainage de la promotion 2026 de NEOMA arrive au moment où l’école s’apprête à quitter son campus historique de Reims pour Port Colbert.

Trois messages ressortent de son intervention. Choisir les options exigeantes tôt, parce qu’elles élargissent le champ des possibles ensuite. Prendre sa place sans attendre l’autorisation. Et privilégier, dans le choix d’un poste, les personnes avec qui l’on va travailler plutôt que le nom sur la façade. Sur le recrutement chez Google et YouTube, sa conviction est nette : à diplôme égal, ce qui départage relève de la singularité et de ce qu’un engagement personnel dit d’une personne.

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