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Entretien avec Piero Turchi – Directeur de l’ISTC

Entretien avec Piero Turchi – Directeur de l’ISTC

Les équipes de Planète Grandes Ecoles sont parties à la rencontre de Piero Turchi. Après une carrière de plus de 20 ans dans l’univers de la communication, il est depuis 2020 le Directeur de l’ISTC. il nous dit tout sur l’école, ses réussites et ses ambitions pour l’avenir!

 

Pouvez-vous commencer par vous présenter et revenir sur votre parcours jusqu’à aujourd’hui, à la direction générale de l’ISTC ?

Bonjour. J’ai cinquante ans et, avant de devenir directeur général de l’ISTC, j’ai connu deux expériences structurantes dans le monde de l’entreprise. La première s’est déroulée chez NordNet, fournisseur d’accès à Internet adossé à Orange. J’y suis entré dans le cadre d’un projet visant à démocratiser et diffuser l’usage d’Internet, à une époque où celui-ci restait encore peu accessible. L’entreprise avait alors un fort besoin de structuration et de développement de sa communication.

J’ai ensuite rejoint le groupe Publicis en tant que directeur de clientèle, puis directeur conseil et enfin directeur exécutif. Pendant près de dix ans, j’ai contribué au développement de l’activité e-commerce du groupe, dans un contexte de forte croissance et de transformation des usages.

Après vingt années en entreprise, la question du sens s’est naturellement posée. J’aspirais à m’engager dans un projet à taille humaine, en cohérence à la fois avec mes valeurs et mes compétences. Former les jeunes talents s’est imposé comme une évidence. L’opportunité qui s’est présentée à l’ISTC a pleinement répondu à cette aspiration. Depuis, je m’attache à construire des fondations solides pour l’école, avec une vision inscrite dans le temps long, à l’horizon des trente prochaines années.

 

En termes de formation, pouvez-vous revenir sur votre parcours académique ? Est-ce qu’il y a une formation “type” pour diriger une école comme l’ISTC ?

À l’époque de mon parcours académique, je ne crois pas qu’il existait de trajectoire prédéfinie pour diriger un établissement d’enseignement supérieur. Mon propre parcours en est l’illustration : je suis issu des humanités et de la littérature. J’ai suivi un DEA d’analyse littéraire et histoire de la langue, puis un master de lettres appliquées à la rédaction professionnelle et au marketing. Et aujourd’hui, je dirige une école de management et communication.

Cette trajectoire m’a beaucoup aidé dans mes contributions à la construction de la vision pédagogique que nous défendons à l’ISTC. Pour répondre aux enjeux contemporains, nous formons nos étudiants autour de trois piliers complémentaires :

  • Les humanités – littérature, philosophie, culture générale – indispensables pour comprendre et décrypter le monde ;
  • Les sciences de gestion, essentielles pour piloter les organisations et prendre des décisions éclairées ;
  • La communication et le marketing, bien entendu, au cœur de nos expertises.

C’est l’articulation de ces trois dimensions qui permet, selon nous, de former des professionnels capables à la fois de comprendre le monde et d’y agir de manière responsable.

 

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Vous insistez beaucoup sur le concept des humanités, est-ce que vous pourriez nous en dire davantage ?

Les humanités sont au cœur de la promesse pédagogique de l’ISTC. Elles se déclinent selon quatre axes structurants dans nos enseignements.

D’abord, un socle exigeant de culture générale. Les métiers de la communication requièrent créativité et capacité d’analyse. Or, la créativité ne peut s’exercer sans connaissances solides ni réflexion critique. C’est également vrai face à l’essor de l’intelligence artificielle : sans culture générale, il devient difficile de prendre du recul, de hiérarchiser l’information et d’en comprendre les enjeux.

Ensuite, le développement des compétences professionnelles, bien entendu.

Troisièmement, une ouverture affirmée à l’international, que je détaillerai plus loin.

Et enfin, le développement des personnalités. C’est un axe fondamental de notre projet pédagogique, qui vise à accompagner chaque étudiant dans la construction de son identité, de son esprit critique et de son engagement.

 

La presse évoque un investissement à venir de près de 20 millions d’euros pour l’ouverture d’un nouveau campus. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Cet investissement s’inscrit dans une feuille de route stratégique globale à horizon 2028. En partenariat avec nos confrères de l’Université Catholique de Lille, nous allons en effet consacrer près de 20 millions d’euros à la création d’un nouveau campus.

Aujourd’hui, l’ISTC est implantée à Lille sur deux sites très proches. Demain, nous passerons d’environ 2 000 m² à 4 000 m² pour le nouveau campus. 

Nous souhaitons concevoir un campus qui soit à la fois :

  • un lieu d’étude ;
  • un espace ouvert sur la ville ;
  • un lieu d’échanges et de rencontres ;
  • un laboratoire d’innovation pédagogique ;
  • un espace dédié au développement de la recherche ;
  • un lieu dans lequel étudiants et équipes puissent se projeter vers l’avenir.

Bien entendu, ce projet peut constituer une opportunité d’accroître nos effectifs étudiants, mais l’enjeu principal à court terme reste l’amélioration de la qualité de l’expérience de vie sur le campus.

 

L’ISTC délivre à ce jour des diplômes nationaux de licence et de master. Quelles sont les prochaines étapes ?

Il s’agit en effet de l’un des premiers axes de notre feuille de route. Nous sommes aujourd’hui l’une des trois écoles de communication en France habilitées à délivrer les diplômes nationaux de licence et de master. Cette habilitation repose aujourd’hui sur un partenariat avec une université publique et le contrôle du rectorat d’académie. Nous ouvrirons dans les prochaines semaines une réflexion pour consolider ces acquis, et questionner à terme notre capacité à délivrer nos diplômes de manière souveraine.

L’adhésion à la Conférence des grandes écoles (CGE) constitue la suite logique de cette trajectoire. Nous remplissons à ce jour environ 85 % des prérequis. Nous travaillons déjà étroitement avec la CGE, notamment en tant que membres du Groupe d’ouverture sociale (GOS) et de la commission numérique.

Enfin, nous portons également l’ambition d’obtenir le label DDRS, qui reconnaît l’engagement des établissements en matière de développement durable et de responsabilité sociétale. Nous avons pour projet de déposer notre candidature au label avant la fin de l’année 2026.

 

Vous avez mentionné à plusieurs reprises votre feuille de route stratégique, pourrions-nous en savoir un peu plus sur les autres éléments qui la composent ?

Outre le nouveau campus et les enjeux de reconnaissance académique, le troisième pilier de notre feuille de route concerne la diversification des programmes et l’hybridation des compétences.

Aujourd’hui positionnée sur le management et la communication, l’ISTC développe de nouvelles formations, notamment une licence en droit et média en partenariat avec la Faculté Libre de Droit de l’Université Catholique de Lille. Nous travaillons également à des projets en commun avec d’autres établissements de notre écosystème, ainsi qu’à la création de programmes intégralement dispensés en anglais.

L’enjeu est double : internationalisation et hybridation des compétences. Cette dynamique est portée par notre nouvelle directrice des programmes, Svetlana Serdyukov, qui nous a rejoints en septembre dernier.

 

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Cela fait 6 ans que vous êtes à la tête de l’ISTC. Quels ont été les plus gros chantiers et les plus belles réussites ?

Je répondrai de manière chronologique.

  • L’une de mes premières décisions a été de relancer un pôle de recherche ambitieux. L’ISTC a aujourd’hui la chance de pouvoir s’appuyer sur des enseignants-chercheurs de grande qualité, tout en intégrant des experts issus du monde professionnel.
  • Très rapidement, nous avons également ouvert l’école à l’apprentissage, afin de renforcer la professionnalisation des étudiants.
  • En 2022, nous avons conclu notre premier partenariat stratégique de recherche. Aujourd’hui, nous co-organisons six séminaires par an sur les technologies de surveillance avec le Centre Internet et Société (CIS) du CNRS.
  • En 2023, nous avons inauguré CEThicS, le premier centre de recherche en France et dans le monde francophone dédié aux technologies de surveillance, co-créé en partenariat avec le laboratoire ETHICS EA 7446 de l’Université Catholique de Lille.
  • Enfin, nous avons créé une direction de l’engagement sociétal, afin de mesurer, piloter et améliorer dans la durée l’impact de l’école sur la société, notamment en matière d’empreinte environnementale et d’ouverture sociale. 

 

Vous déclarez « Nous encourageons nos étudiants à élargir leurs horizons en leur offrant des opportunités d’expériences à l’international ». Comment cela se manifeste-t-il concrètement dans à l’ISTC ?

Nous avons structuré notre stratégie internationale autour de trois types de partenariats :

  • Tout d’abord, un réseau de plus de 70 universités partenaires à travers le monde. Tous nos étudiants de deuxième année ont la possibilité d’effectuer un semestre d’études dans l’un de ces établissements.
  • Ensuite, un double diplôme avec l’Université CEU San Pablo à Madrid, qui accueille chaque année quelques étudiants de l’ISTC.
  • Enfin, un partenariat étroit et un double diplôme avec l’université VIVES à Courtrai, en Belgique, géographiquement proche de nos campus. Cette coopération s’inscrit dans une logique d’ouverture sociale, car si les frais de scolarité des universités partenaires sont inclus dans les frais de scolarité que nous versent les étudiants, le coût du logement et de la vie à l’étranger peut parfois constituer un frein.

Au-delà de ces partenariats, l’international est pleinement intégré à la vie du campus à travers :

  • L’organisation de la semaine internationale chaque année, avec des professeurs d’universités partenaires invités à donner des cours à nos étudiants sur nos campus
  • L’accueil d’étudiants internationaux au sein de l’école
  • Et la possibilité d’effectuer des stages à l’étranger.

 

Vous déclarez vouloir développer à la fois les compétences de vos étudiants mais aussi leur personnalité. Comment cela s’illustre concrètement ?

C’est un point absolument central pour nous. Plusieurs dispositifs y contribuent.

  • Nous proposons des enseignements dédiés au développement personnel, notamment la prise de parole en public et la capacité à convaincre.
  • Des projets citoyens obligatoires jalonnent le cursus : engagement associatif, travail auprès de publics fragilisés, actions solidaires. Ces expériences sont systématiquement mises en perspective avec le projet personnel et professionnel de l’étudiant.
  • En deuxième année, les étudiants travaillent également avec des petites entreprises ou structures locales, souvent éloignées des grands acteurs de la communication. Là encore, ces projets sont pensés en cohérence avec leur trajectoire professionnelle.
  • La vie associative joue un rôle majeur dans l’apprentissage du travail collectif et de la conduite de projets.
  • Enfin, nous accompagnons étroitement les étudiants dans la construction de leur projet professionnel, en les aidant à clarifier leurs aspirations, à questionner leurs représentations et à tracer leur propre chemin.

 

Qu’est-ce qui distingue l’ISTC des autres écoles ?

Beaucoup d’éléments évoqués précédemment répondent déjà à cette question. Si je devais en retenir quelques-uns :

  • Les diplômes, d’abord : nous délivrons des licences et masters contrôlés par l’État, ce qui reste rare dans le paysage des écoles de communication.
  • Notre positionnement à double entrée – management et communication – avec un socle solide en sciences de gestion.
  • Les classements, qui reflètent cette singularité, puisque nous figurons régulièrement dans le top 5 des écoles de communication.
  • L’insertion professionnelle : plus de 70 % de nos étudiants trouvent un emploi avant même l’obtention de leur diplôme.
  • Enfin, notre modèle d’établissement : l’ISTC est labellisée EESPIG, établissement d’enseignement supérieur privé d’intérêt général. L’ensemble de nos ressources est réinvesti dans l’enseignement, la recherche et la vie étudiante.

 

L’employabilité est un enjeu central pour les étudiants. Comment l’ISTC accompagne-t-elle ses étudiants dans ce domaine ?

C’est en effet une priorité stratégique. Nous avons structuré un écosystème dédié à l’employabilité.

  • Un pôle spécifique accompagne les étudiants, avec des cours consacrés à la création du CV, à la préparation aux entretiens ou encore à la posture professionnelle.
  • Nous organisons régulièrement des forums sur nos campus, ainsi que des « Inside » en entreprise, chez des partenaires comme Leroy Merlin, Doublet ou Decathlon.
  • À partir de la troisième année, l’accompagnement devient très individualisé, avec des entretiens de coaching centrés sur le projet professionnel.
  • Nous soutenons activement la recherche d’alternance. L’an dernier, plus de 600 offres ont été proposées pour environ 200 étudiants candidats. Au-delà du volume, nous veillons à la cohérence entre l’alternance et le projet de chaque étudiant.
  • Enfin, un « plan de sortie » est mis en place en fin d’alternance, afin d’accompagner soit l’intégration dans l’entreprise, soit la recherche d’une nouvelle opportunité. Des ateliers post-diplomation existent également pour ceux qui n’auraient pas trouvé leur voix, même s’ils restent peu fréquentés fort heureusement !

 

Point sur l’alternance : elle est centrale à l’ISTC, mais l’Etat se désengage de plus en plus. Quelles solutions ?

Nous agissons sur trois leviers. D’abord, en affirmant et en expliquant notre raison d’être – celle d’une école du management et de la communication –  auprès de l’ensemble de nos parties prenantes : étudiants, familles, partenaires. Ensuite, en défendant directement notre modèle auprès des pouvoirs publics, en tant qu’établissement d’intérêt général. Enfin, en diversifiant notre offre de formation, notamment avec des programmes hors alternance. Au-delà des contraintes réglementaires, cette diversification a du sens : l’alternance ne correspond pas à tous les profils, et certaines trajectoires gagnent à s’inscrire dans un cadre plus académique.

 

Quels secteurs sont représentés chez les diplômés ? Quels métiers, car la communication est un domaine large ?

La communication recouvre plus d’une centaine de métiers. Nos masters forment principalement aux grands secteurs suivants :

  • Le territoire de marque, en agence ou chez l’annonceur ;
  • Le e-commerce et data marketing ;
  • L’expérience client ;
  • L’entrepreneuriat ;
  • Et la communication responsable et RSE.

Nos alumni évoluent dans des parcours très variés, souvent au-delà du seul champ de la communication. Parmi eux, on compte par exemple le DG de l’agence BETC Fullsix, le directeur du développement chez EDF ou encore le directeur marketing stratégique de Radio-Canada.

 

Quel est votre plus beau souvenir depuis votre arrivée à l’ISTC ?

Sans hésitation, les moments forts partagés avec les étudiants. J’ai par exemple récemment eu l’honneur de diplômer la première promotion d’étudiants que j’ai accueillie à mon arrivée à l’ISTC en 2020. Voir nos jeunes se révéler, s’épanouir pleinement dans notre école et être prêts à aborder leur carrière professionnelle avec sérénité et enthousiasme est chaque année une émotion très forte.

 

Si vous deviez résumer l’école en un mot ?

Je dirais : l’avenir. Un avenir certes mouvant et profondément transformé, auquel nos étudiants seront préparés. Les métiers de la communication et du management connaissent une évolution constante, mais j’ai la forte conviction qu’ils demeureront centraux dans les organisations et dans la société de demain.

 

Que peut-on souhaiter à l’ISTC pour la suite ?

À court et moyen terme, la réussite de ses enjeux de reconnaissance académique, de responsabilité sociétale et de développement immobilier. À plus long terme, je lui souhaite de conserver sa créativité, son agilité et son exigence, afin de continuer à former des professionnels capables de comprendre le monde et d’y agir avec conviction et discernement.

 

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