Marathon en arrêt maladie : licencié, il obtient plus de 60 000 euros d’indemnités
Un salarié en arrêt maladie prend le départ d’un marathon, son employeur le fait repérer par des détectives privés, puis le licencie sur-le-champ. Il obtient finalement plus de 60 000 euros d’indemnités pour licenciement abusif, rapporte La Dépêche le 6 octobre 2026. L’affaire ne s’est pas jouée en France : elle a été jugée aux Pays-Bas, en première instance à Rotterdam, puis en appel à La Haye.
Cet article détaille les faits, le raisonnement des juges, le montant des indemnités et ce que dit le droit français dans une situation comparable.
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Marathon en arrêt maladie : les faits
Le salarié travaillait sous contrat d’un an pour une entreprise de vente de voyages en ligne. Au bout de plus de cinq mois, il s’est déclaré malade, avec un avis du médecin de l’entreprise déconseillant la reprise du travail, selon ScheerSanders. L’employeur a eu des doutes, nourris par des observations : de courts trajets en voiture, une activité sur les réseaux sociaux et de la course à pied intensive. Il a fait appel à une agence de détectives.
Le salarié a couru le marathon de Rotterdam le 13 avril 2025. Il a été licencié sur-le-champ deux jours plus tard, d’après Dagelijkse Standaard, pour tromperie, refus de travailler, rupture de confiance et obstacle à la reprise du travail, selon ScheerSanders.
| Date | Étape |
|---|---|
| Décembre 2024 | Arrêt maladie du salarié |
| 13 avril 2025 | Marathon de Rotterdam, salarié suivi par une agence |
| 15 avril 2025 | Licenciement immédiat |
| 15 septembre 2025 | Décision du tribunal de Rotterdam : licenciement invalide |
| 22 septembre 2026 | La cour d’appel de La Haye confirme (décision publiée le 29 septembre) |
Pourquoi le licenciement est jugé invalide
Le juge néerlandais exige, pour un licenciement immédiat, un motif d’une gravité telle que l’employeur ne puisse plus raisonnablement poursuivre le contrat. Le tribunal de Rotterdam a estimé que ce n’était pas le cas. Ses arguments, selon ScheerSanders :
| Reproche de l’employeur | Réponse du tribunal |
|---|---|
| Courts trajets en voiture | Compatibles avec l’explication du salarié au médecin du travail : des petits trajets, mais pas de longs |
| Course à pied | Connue de l’employeur et du médecin du travail dès le début |
| Réseaux sociaux | Usage limité, sans comparaison avec un travail intensif sur écran |
| Refus de travail, rupture de confiance, obstacle à la reprise | Aucun de ces manquements n’est établi |
Le tribunal a aussi reproché à l’employeur de n’avoir pas évoqué ses doutes avec le médecin du travail ni avec le salarié, avant de couper le salaire et de faire surveiller l’intéressé. Il a jugé ce comportement gravement répréhensible, d’autant que la surveillance a provoqué beaucoup de stress chez un salarié fragilisé par la maladie. Selon Dagelijkse Standaard, la cour d’appel a confirmé la sanction.
Combien le salarié a-t-il obtenu ? Un peu plus de 60 000 euros
Les indemnités confirmées par la cour d’appel s’élèvent à plus de 60 000 euros bruts, selon Dagelijkse Standaard.
| Poste | Montant brut |
|---|---|
| Indemnité équitable pour comportement gravement répréhensible de l’employeur | 50 000 euros |
| Indemnité de transition | 1 820,42 euros |
| Indemnité pour préavis irrégulier | 8 250 euros |
| Total | 60 070,42 euros (somme des trois postes) |
Et en France ? Ce que dit le droit sur un marathon en arrêt maladie
Ce jugement ne s’applique pas en France, où les règles diffèrent. Pendant un arrêt maladie, le contrat de travail est suspendu, mais le salarié reste tenu à une obligation de loyauté envers son employeur. La Cour de cassation juge de longue date que l’exercice d’une activité pendant un arrêt maladie ne constitue pas en soi un manquement à cette obligation, d’après son arrêt du 26 février 2020 (n° 18-10.017) publié sur Légifrance. L’employeur doit démontrer une véritable déloyauté, par exemple une activité concurrente ou un préjudice pour l’entreprise, selon plusieurs avocats.
Un licenciement fondé sur l’état de santé reste interdit comme discrimination (article L1132-1 du Code du travail), d’après un cabinet d’avocats. Pour connaître les montants dus en cas de rupture, voir notre guide de l’indemnité de licenciement. À titre de comparaison avec le pays du litige, notre dossier sur le salaire moyen et le Smic aux Pays-Bas détaille le coût du travail local.
Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un avocat ou d’un conseiller prud’homal.
FAQ
Un salarié en arrêt maladie peut-il courir un marathon ?
Cela dépend de son état de santé et des instructions de son médecin. Dans l’affaire néerlandaise, le tribunal a jugé que la course ne prouvait pas la fraude, puisque l’employeur et le médecin du travail connaissaient cette activité dès le début.
Combien le salarié a-t-il obtenu ?
Plus de 60 000 euros bruts : 50 000 euros d’indemnité équitable, 1 820,42 euros d’indemnité de transition et 8 250 euros pour préavis irrégulier, selon Dagelijkse Standaard.
Où l’affaire a-t-elle été jugée ?
Aux Pays-Bas : le tribunal de Rotterdam a statué le 15 septembre 2025, et la cour d’appel de La Haye a confirmé le 22 septembre 2026.
Pourquoi le licenciement est-il jugé abusif ?
Le tribunal n’a pas retenu de motif grave : les trajets étaient compatibles avec les explications du salarié, la course était connue de l’employeur, et ce dernier n’a pas consulté le médecin du travail avant de le faire surveiller.
La même chose pourrait-elle arriver en France ?
Le droit français est différent. Le salarié reste tenu d’une obligation de loyauté, mais une activité pendant l’arrêt n’est pas en soi une faute. L’employeur doit démontrer une véritable déloyauté.
Ce qu’il faut retenir
Un salarié néerlandais en arrêt maladie, suivi par des détectives après un marathon, a obtenu plus de 60 070 euros bruts après son licenciement immédiat. Les juges ont estimé que l’employeur n’avait ni motif grave ni démarche proportionnée, notamment faute d’avoir consulté le médecin du travail.
L’affaire concerne le droit néerlandais. En France, l’obligation de loyauté demeure pendant un arrêt maladie, mais une activité n’est pas en soi une faute et l’employeur doit prouver la déloyauté.