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Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : le Conseil constitutionnel censure la loi

Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : le Conseil constitutionnel censure la loi

La loi réseaux sociaux moins de 15 ans ne s’appliquera pas à la rentrée. Le Conseil constitutionnel a censuré, ce vendredi 14 août, l’article central du texte qui devait interdire l’accès des mineurs de quinze ans à TikTok, Instagram, Snapchat ou X à partir du 1er septembre. Les Sages jugent que cette interdiction des réseaux sociaux aux mineurs porte une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et de communication, et pointent également un risque pour le droit au respect de la vie privée. Trois semaines après un vote parlementaire massif et une communication présidentielle offensive, la mesure phare de fin de mandat d’Emmanuel Macron tombe. Voici ce que dit précisément la décision, ce qui reste applicable, et ce qui peut encore se passer.

 

Ce qu’a décidé le Conseil constitutionnel

Le Conseil constitutionnel avait été saisi les 23 et 24 juillet par deux groupes de plus de soixante députés, issus des rangs socialistes et de La France insoumise, sur l’article 1er de la loi visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux. C’est précisément cet article qui est déclaré contraire à la Constitution.

Sur le fond, les Sages reconnaissent l’existence d’une exigence constitutionnelle de protection de l’intérêt supérieur de l’enfant. Ils considèrent en revanche que le dispositif retenu par le législateur va au-delà de ce que cet objectif permet de justifier. L’interdiction, rédigée en termes très larges, était susceptible de s’appliquer à des services de communication en ligne dont les risques pour la santé et la sécurité des mineurs ne sont pas établis. Les exceptions prévues par le texte, à savoir les encyclopédies en ligne, les répertoires éducatifs ou scientifiques et les plateformes de partage de logiciels libres, ont été jugées trop limitées pour rattraper cette imprécision.

Deuxième reproche, plus structurant encore : la loi traitait tous les mineurs de la même façon, sans tenir compte de l’âge, de la situation familiale ou du degré de maturité. Elle n’organisait pas non plus les conditions dans lesquelles les titulaires de l’autorité parentale auraient pu lever l’interdiction, en limiter la portée ou autoriser l’accès à certains services. Autrement dit, le législateur a substitué une règle uniforme à l’appréciation parentale, sans prévoir de soupape.

Troisième grief, celui qui pèse probablement le plus lourd pour la suite : la vérification d’âge. En interdisant l’accès de tout mineur de quinze ans à certains services, la loi impliquait mécaniquement que toute personne, y compris majeure, justifie de son âge avant de se connecter. Le Conseil relève que le législateur n’a pas déterminé les conditions et les limites de cette justification, et qu’il n’a donc pas prévu les garanties légales nécessaires au respect de la vie privée.

 

Ce que prévoyait le texte et ce qu’il en reste

Mesure Contenu voté le 21 juillet Statut après la décision
Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans Application au 1er septembre 2026 pour les nouveaux comptes, 1er janvier 2027 pour les comptes existants Censurée
Vérification d’âge par les plateformes Dispositifs de contrôle d’âge, sous le contrôle de l’Arcom, avec amendes en cas de manquement Censurée avec l’article 1er
Encadrement horaire des comptes de mineurs Désactivation nocturne des accès, dispositif rattaché à l’article 1er Censuré avec l’article 1er
Interdiction du téléphone portable au lycée Extension aux lycées de la règle déjà applicable en école et au collège, à la rentrée 2026-2027 Non visée par la saisine
Exceptions éducatives Encyclopédies en ligne, répertoires éducatifs et scientifiques, logiciels libres Sans objet, l’interdiction tombe

L’élément à retenir pour les établissements scolaires : l’interdiction du téléphone portable au lycée figurait dans un article distinct, qui ne faisait pas partie du périmètre de la saisine. Les règlements intérieurs devront en fixer les modalités d’application et les exceptions, notamment pour les usages pédagogiques. Les lycées ont donc une consigne à appliquer à la rentrée, et une autre qui vient de disparaître.

 

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Huit mois de parcours parlementaire, trois semaines de contrôle

La chronologie éclaire la fragilité juridique du texte, car les signaux d’alerte étaient présents dès le départ.

Date Étape
Novembre 2025 Dépôt de la proposition de loi par la députée Laure Miller, dans le prolongement de la commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok
Janvier 2026 Avis du Conseil d’État, puis adoption en première lecture à l’Assemblée nationale
Mars 2026 Adoption par le Sénat, qui restreint l’interdiction aux plateformes inscrites sur une liste ministérielle
Juillet 2026 La Commission européenne juge certaines dispositions contraires au règlement sur les services numériques
21 juillet 2026 Adoption définitive par le Parlement, par 279 voix contre 81
23 et 24 juillet 2026 Double saisine du Conseil constitutionnel par plus de soixante députés
14 août 2026 Censure de l’article 1er

Le Conseil d’État avait prévenu dès janvier. Dans son avis, il estimait qu’une interdiction générale et absolue faite aux mineurs de quinze ans d’accéder à tous les réseaux sociaux, y compris ceux ne présentant aucun risque pour leur santé, serait disproportionnée au regard des droits de l’enfant et de ceux des titulaires de l’autorité parentale. La rapporteure avait elle-même reconnu, dans l’exposé sommaire de son amendement de réécriture, que la mesure présentait un risque de censure constitutionnelle. Le texte a malgré tout conservé une rédaction large jusqu’au bout.

Le Sénat avait tenté une parade en limitant l’interdiction aux plateformes susceptibles de nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral des mineurs, via une liste noire arrêtée par le ministre chargé du numérique. La commission mixte paritaire est revenue sur cette restriction, par crainte d’une incompatibilité avec le droit européen. Ce mouvement de balancier explique en partie la censure : en cherchant à éviter le conflit avec Bruxelles, les parlementaires ont produit un texte trop imprécis pour Paris.

 

L’ombre du droit européen sur la régulation nationale

Le dossier illustre une contrainte structurelle. Toute obligation nouvelle imposée aux plateformes par un État membre se heurte au règlement sur les services numériques, le DSA, qui harmonise les règles applicables aux très grandes plateformes à l’échelle de l’Union. La Commission européenne avait explicitement demandé aux parlementaires français de revoir leur copie le 7 juillet. Elle travaille par ailleurs à un dispositif européen de vérification d’âge, testé par plusieurs États membres dont la France, et défend une approche graduée de l’accès des mineurs.

Cette configuration n’a rien d’inédit. La loi de 2023 instaurant une majorité numérique à quinze ans avait déjà été adoptée sans jamais entrer en application, faute de conformité au droit européen. Deux tentatives nationales, deux échecs de mise en œuvre : le message envoyé aux plateformes est que la régulation efficace se joue à Bruxelles, pas au Palais Bourbon.

 

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Un débat public nourri par les chiffres d’usage

La censure porte sur la méthode juridique, pas sur le diagnostic. Le constat qui a motivé le texte reste entier : anxiété, dépression, troubles du sommeil, cyberharcèlement, exposition à des contenus dangereux. Le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur TikTok, déposé en septembre 2025, décrivait une mécanique d’addiction alimentée par les systèmes de recommandation.

Les données d’usage documentent l’ampleur du phénomène. Selon l’Arcom, les 12-17 ans passent en moyenne 1 h 21 par jour sur TikTok. Nous avons analysé en détail ces écarts de temps passé entre TikTok et Snapchat, qui en disent long sur les modèles d’attention de chaque plateforme. Autre donnée frappante mise en avant dans le débat : une étude publiée en juillet par le régulateur indiquait que plus des deux tiers des 10-14 ans se déclaraient favorables à l’interdiction. Les premiers concernés ne sont donc pas les plus hostiles à la régulation.

Cette réalité alimente aussi une réflexion plus large sur les usages numériques, que nous avons documentée dans notre enquête sur les mécaniques toxiques des réseaux sociaux. Du côté de l’enseignement supérieur, les établissements se sont saisis du sujet par le volet santé mentale, à l’image du partenariat entre la Conférence des grandes écoles et Nightline.

 

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Les scénarios possibles après la censure

Trois voies restent ouvertes, avec des horizons de temps très différents.

La première consiste à réécrire un texte national plus étroit. Il faudrait cibler explicitement les services dont la nocivité est documentée, prévoir une modulation selon l’âge et le degré de maturité, organiser un mécanisme d’autorisation parentale et surtout encadrer précisément les modalités de vérification d’âge, en limitant les données collectées. C’est le chemin le plus rapide sur le papier, mais il suppose un nouveau parcours parlementaire complet, avec un calendrier politique incertain.

La deuxième voie passe par l’échelon européen. Une majorité numérique inscrite dans le droit de l’Union réglerait à la fois la question de la compatibilité avec le DSA et celle de l’effectivité, puisque les plateformes seraient tenues sur l’ensemble du marché intérieur. C’est l’option la plus solide juridiquement et la plus lente politiquement.

La troisième voie est celle de la vérification d’âge comme brique technique préalable. Tant qu’il n’existe pas de dispositif permettant de prouver sa minorité sans exposer son identité, toute interdiction par l’âge butera sur le même obstacle de vie privée. Les travaux européens sur une application de vérification d’âge et les solutions d’estimation par intelligence artificielle constituent le préalable technique de toute régulation future.

Dans l’immédiat, aucune obligation nouvelle ne pèse sur les plateformes au 1er septembre. Les familles restent renvoyées aux outils de contrôle parental et aux applications de limitation du temps d’écran, comme Mirror.

 

Ce que cette décision dit du métier de la régulation numérique

Pour les étudiants et jeunes diplômés qui s’orientent vers les affaires publiques, le droit du numérique ou la conformité, ce dossier est un cas d’école. Il montre qu’un texte peut être voté à une très large majorité, porté par le chef de l’État, adossé à un consensus scientifique sur le diagnostic, et échouer sur la proportionnalité et sur la précision de sa rédaction.

Il éclaire aussi la montée en puissance de fonctions encore mal identifiées par les étudiants : responsable conformité DSA dans une plateforme, juriste en protection des données, consultant en affaires publiques spécialisé sur le numérique, expert en identité numérique. Chaque itération réglementaire, qu’elle aboutisse ou non, crée de la demande sur ces profils, à l’intersection du droit, de la technique et de la stratégie d’influence. Savoir décrypter une décision du Conseil constitutionnel devient une compétence professionnelle, y compris pour ceux qui ne se destinent pas au droit.

 

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FAQ – loi réseaux sociaux

Les réseaux sociaux seront-ils interdits aux moins de 15 ans en septembre ?

Non. L’article de la loi qui prévoyait cette interdiction a été censuré par le Conseil constitutionnel le 14 août. Il ne peut donc pas entrer en vigueur au 1er septembre comme prévu. Aucune nouvelle obligation d’âge ne s’impose aux plateformes à cette date.

Pourquoi le Conseil constitutionnel a-t-il censuré cette loi ?

Pour deux raisons principales. D’une part, l’interdiction visait des services dont la dangerosité pour les mineurs n’est pas établie et ne tenait compte ni de l’âge, ni de la maturité, ni de la possibilité pour les parents d’autoriser l’accès. D’autre part, le mécanisme de vérification d’âge obligeait tous les utilisateurs, y compris majeurs, à justifier de leur âge sans garanties suffisantes pour la vie privée.

Le téléphone portable reste-t-il interdit au lycée ?

Cette disposition figurait dans un article distinct de la loi, qui n’était pas visé par la saisine des députés. Elle prévoit d’étendre aux lycées la règle déjà applicable dans les écoles et les collèges, à compter de la rentrée 2026-2027, les règlements intérieurs fixant les modalités et les exceptions pédagogiques.

Une nouvelle loi peut-elle voir le jour ?

Oui. Le Conseil constitutionnel n’a pas remis en cause l’objectif de protection des mineurs, seulement les moyens employés. Un texte plus ciblé, prévoyant une autorisation parentale et un encadrement précis de la vérification d’âge, resterait envisageable. La régulation à l’échelon européen constitue l’autre piste, plus lente mais plus solide juridiquement.

Qui avait saisi le Conseil constitutionnel ?

Deux groupes de plus de soixante députés, issus des rangs socialistes et de La France insoumise, ont déposé des recours les 23 et 24 juillet, quelques jours après l’adoption définitive du texte par le Parlement.

 

Ce qu’il faut retenir

La loi réseaux sociaux moins de 15 ans est privée de son cœur. Le Conseil constitutionnel a censuré l’interdiction d’accès aux plateformes pour les mineurs de quinze ans ainsi que le dispositif de vérification d’âge qui la rendait applicable, en invoquant une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et un défaut de garanties pour la vie privée. Adoptée par 279 voix contre 81 le 21 juillet, la mesure devait entrer en vigueur le 1er septembre : elle n’entrera pas en vigueur du tout.

Reste l’interdiction du téléphone portable au lycée, contenue dans un article distinct, qui s’appliquera à la rentrée 2026-2027 selon les modalités fixées par chaque établissement. Reste surtout un diagnostic que personne ne conteste sur les effets des plateformes sur la santé mentale des adolescents, et l’obligation de trouver un instrument juridique capable de le traiter sans transformer chaque connexion en contrôle d’identité. La suite se jouera probablement autant à Bruxelles qu’à Paris.

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