L'Agence Média Grandes Écoles & Entreprises
Devenez attractif auprès des meilleurs
GameStop veut racheter eBay pour $55,5 milliards : le deal de l’année ?

GameStop veut racheter eBay pour $55,5 milliards : le deal de l’année ?

Ce dimanche 3 mai 2026, Ryan Cohen a envoyé une lettre au président du conseil d’administration d’eBay. Quelques heures plus tard, le monde de la finance ne parlait plus que de ça. GameStop a soumis une offre non contraignante de 55,5 milliards de dollars pour racheter eBay à 125 dollars par action, avec une prime de 46 % sur le cours du 4 février, jour où le groupe a commencé à accumuler sa position. Un vendeur de jeux vidéo en déclin qui veut avaler un géant du e-commerce quatre fois plus grand que lui. 

Lire plus : Paramount veut racheter Warner Bros pour 110 milliards : le deal qui pourrait tout changer à Hollywood


GameStop et eBay : deux entreprises en quête d’un second souffle

Pour juger si ce deal a du sens, il faut d’abord regarder où en sont les deux protagonistes.

GameStop, c’est le plus grand réseau de boutiques de jeux vidéo au monde. Ou du moins, c’est ce que c’était. Avec la dématérialisation, ses revenus s’effritent d’année en année et l’enseigne a dû fermer de nombreux magasins. Pour survivre, elle a pivoté vers les figurines et les cartes à collectionner, cherchant à capter les collectionneurs là où les ventes physiques de jeux s’évaporent. En 2021, elle a connu un moment de gloire inattendu : des milliers d’investisseurs particuliers organisés via Reddit ont fait exploser son cours pour contrer les fonds spéculatifs qui pariaient sur sa faillite. Cet épisode, immortalisé dans un film, a permis à GameStop de lever plusieurs milliards en émettant de nouvelles actions. C’est ce trésor de guerre qui finance aujourd’hui l’ambition de Ryan Cohen.

eBay, de son côté, est loin d’être mort. La plateforme compte environ 136 millions d’acheteurs actifs dans le monde et génère quelque 80 milliards de dollars de volume annuel. Mais depuis ses sommets de 2005, où elle valait 80 milliards de dollars, soit quatre fois plus qu’Amazon à l’époque, le site a décroché. Perçu comme lent à innover face à Amazon, Vinted ou Depop, eBay a repositionné sa stratégie sur les objets de collection et l’occasion haut de gamme. Les résultats sont là : le volume brut de marchandises a progressé de 18 % au premier trimestre 2026.

Deux entreprises en reconstruction donc, qui ont toutes les deux misé sur le même créneau : le recommerce et les objets de collection. C’est là que Cohen voit son opportunité.

Le rachat d’eBay par GameStop : le plan de Ryan Cohen

Ryan Cohen n’est pas un inconnu. Il a co-fondé Chewy, le leader américain de l’alimentation pour animaux en ligne, revendu 3,4 milliards de dollars à PetSmart en 2017. Il a ensuite pris le contrôle de GameStop en 2021 avec l’ambition de le transformer en acteur du e-commerce. L’ambition est restée, la transformation moins.

Dans sa lettre au conseil d’administration d’eBay, il propose 125 dollars par action, moitié cash moitié actions GameStop. Et il s’engage à prendre lui-même les rênes de la société fusionnée, sans salaire fixe, sans bonus, sans golden parachute : rémunéré uniquement sur la performance du groupe combiné. Un geste de conviction ou un coup de communication ? Probablement les deux.

La thèse repose sur deux arguments concrets. D’abord, des économies massives : 2 milliards de dollars d’économies annualisées dans les douze mois suivant la clôture, dont 1,2 milliard sur le seul budget marketing d’eBay (qui avait dépensé 2,4 milliards en 2025 pour gagner… un million d’acheteurs nets), 300 millions sur le développement produit et 500 millions sur les fonctions support. Ensuite, une synergie réseau : les quelque 1 600 boutiques GameStop aux États-Unis deviendraient des points d’authentification, de collecte et de livraison pour les vendeurs eBay. Un avantage concret sur un marché où la confiance dans l’authenticité des produits, notamment les sneakers, les cartes ou les montres, est décisive.

L’idée de fond est cohérente : créer un champion du recommerce capable de challenger Amazon. Sur le plan stratégique, certains analystes reconnaissent l’intuition. C’est sur le financement que tout se complique.

Lire plus : SFR bientôt démantelé : Orange, Bouygues et Free passent à l’offensive


GameStop rachète eBay : le problème du financement

L’image a été formulée par Eric Talley, professeur de droit et business à Columbia : c’est une petite société minnow qui tente de manger la baleine. Les chiffres le confirment. eBay valait environ 46 milliards de dollars avant l’annonce. GameStop, 12 milliards. Un acheteur quatre fois plus petit que sa cible, c’est rarissime dans l’histoire des grandes fusions.

Pour financer l’opération, Cohen met en avant 9,4 milliards de dollars de cash et d’investissements liquides sur le bilan de GameStop, plus une lettre de financement allant jusqu’à 20 milliards de TD Securities. Soit environ 30 milliards au total, loin des 55,5 milliards nécessaires. Pour le reste, Cohen a répondu sur CNBC avec une formule qui a immédiatement tourné dans les salles de marché : « nous avons la capacité d’émettre des actions pour boucler le deal. » Autrement dit, il compte sur de nouvelles levées auprès de sa base d’investisseurs retail, les mêmes qui ont soutenu GameStop en 2021. Parce que GameStop n’est pas une action ordinaire : c’est aussi un phénomène culturel, et sa communauté peut se mobiliser à des niveaux qu’aucun modèle financier classique ne sait anticiper.

La réaction des marchés dit tout. L’action eBay a progressé de +5,5 % le lundi suivant, tandis que l’action GameStop a chuté de 7,8 %, ramenant sa capitalisation à 11,1 milliards. Michael Burry, le célèbre investisseur du « Big Short » et ancien soutien de Cohen, a annoncé qu’il allait revendre sa participation dans GameStop, jugeant le pari trop risqué. eBay a indiqué qu’il allait examiner la proposition avant de se prononcer.


GameStop-eBay : deal du siècle ou coup de poker ?

La vraie question n’est pas de savoir si le rapprochement GameStop-eBay a du sens. C’est de savoir si Ryan Cohen peut financer un deal quatre fois supérieur à la valeur de son entreprise, dans des marchés de crédit tendus, avec une lettre de financement d’une banque canadienne et la promesse implicite que ses fans retail vont suivre.

C’est audacieux. Certains diraient téméraire. Mais peu parient contre lui. Et c’est peut-être ça, le vrai pari.