L'Agence Média Grandes Écoles & Entreprises
Devenez attractif auprès des meilleurs
 Calendrier de l’Avent : histoire, tradition et business

Calendrier de l’Avent : histoire, tradition et business

Chaque 1er décembre, des millions de petites fenêtres s’ouvrent. Derrière ce geste anodin se cache un objet devenu incontournable, à la croisée de la tradition, de l’émotion et du business. Voyons comment le calendrier de l’Avent, longtemps réservé aux enfants, s’est transformé en un marché ultra-stratégique pour les marques.

 

Les origines du Calendrier de l’Avent

L’Avent trouve ses racines dans le christianisme ancien au VIᵉ siècle. Instaurée par le pape Grégoire Ier, cette période de quatre semaines précédant Noël symbolise l’attente de la naissance du Christ. L’historien François Walter, coauteur du livre Noël, une si longue histoire, précise que « Avent » vient du latin « adventus » et signifie « arrivée » du Christ. A l’époque, l’Avent correspondait à une période de jeûne, « considéré comme un deuxième carême ». Puis, au XIXᵉ siècle, en Allemagne, cette attente prend une forme ludique où chaque jour de décembre, les enfants reçoivent une image pieuse ou une incitation à la bonne action.

 

Le Calendrier de l’Avent moderne

L’évolution du Calendrier de l’Avent s’accélère en 1908 lorsque l’éditeur de livres médicaux allemand Gehard Lang commercialise le premier modèle cartonné et illustré. Ce n’est qu’en 1920 que le calendrier de l’Avent adopte son visage familier, celui de ces petites fenêtres que l’on soulève avec curiosité au fil des jours. Ce rituel s’est ensuite paré de gourmandise en 1958, année où le chocolat s’est glissé pour la première fois derrière les volets de carton. Enfin, c’est à partir des années 1990 que les Calendriers de l’Avent se mondialisent et s’ancrent massivement dans les habitudes grâce aux marchés de Noël et à la grande distribution.

 

Lire plus : Pourquoi les marques misent tout sur Noël

 

D’un rituel enfantin à un phénomène de masse

Aujourd’hui, le calendrier de l’Avent n’est plus un objet religieux ni même exclusivement destiné aux enfants. En France, 54 % des consommateurs prévoyaient d’en acheter un en 2025, contre seulement 27 % en 2017 selon YouGov. Chez les 25–34 ans, ce chiffre grimpe à 73 %, et atteint 75 % chez les parents d’enfants mineurs. Malgré l’inflation, l’attachement reste fort : pour beaucoup, le calendrier est devenu aussi important que les cadeaux de Noël. Résultat, selon Mickael Boulley, le marché français a dépassé 35 millions de calendriers vendus en 2024, en hausse de 30 % sur un an, confirmant une dynamique exceptionnelle pour un produit pourtant saisonnier.

 

Chocolat, jouet, beauté : les rois de l’Avent

Le marché des calendriers de l’Avent a connu un « énorme boom sur les cinq dernières années » relève Emily Mayer, directrice Business Insights chez Circana. Le chocolat demeure la catégorie reine des rayons. En grandes surfaces, 13 millions de calendriers chocolat ont été vendus selon les chiffres fournis au Figaro par Circana en 2024. Ces calendriers remplis de chocolat ont généré 100 millions d’euros de chiffre d’affaires soit une hausse de 2 % par rapport à 2023, avec un prix moyen de 7,80 euros. Le grand gagnant ? Kinder ! La marque capte à elle seule 38 % des ventes en valeur et plus de 60 % des part de marché volumes. En deuxième position, les calendriers de jouets ont généré 32 millions d’euros en 2024. D’après JouéClub, « plus d’un million de calendriers de l’Avent dédiés au jouet seront achetés cette année en France ». Dans cette catégorie, ce sont Playmobil et Lego, qui contrôlent environ 75 % du marché. Enfin, la beauté n’est pas sans reste avec une croissance supérieure à 50 % en valeur en 2022, pour un marché estimé à 35 millions d’euros. Malgré un prix moyen élevé de 45 euros, toutes les grandes marques en proposent : Lancôme, Yves Rocher, Saint Laurent ou encore Dior. Uniquement en parfumerie, le marché aurait pesé 20 millions d’euros en 2024 d’après Circana.

 

Lire plus : Lego ouvre le plus grand parc Legoland du monde

 

Tout est désormais “calendriérisable”

Depuis plusieurs années, le marché des calendriers de l’Avent connait une diversification spectaculaire. Bières, thés, vins, CBD, bijoux, bricolage, saucisson, sextoys ou même calendriers pour animaux : plus de 30 catégories différentes existent aujourd’hui, contre à peine sept il y a cinq ans. À Reims, un artisan a produit 80 000 calendriers de mini-saucissons en 2024, contre 300 seulement quatre ans plus tôt. Google Trends confirme cette mutation : parmi les recherches les plus fréquentes figurent désormais « calendrier de l’Avent homme », « saucisson », « chocolat », « maquillage » et « enfant ».

 

Lire plus : Le marché florissant des calendriers de l’Avent revisités

 

Calendrier de l’Avent : arme redoutable de marketing émotionnel

Si le calendrier de l’Avent fonctionne si bien, c’est qu’il active plusieurs leviers de l’économie comportementale. Chaque case ouverte déclenche une attente, puis une récompense, souvent associée à une surprise aléatoire. Cette mécanique stimule la dopamine et crée un plaisir répété durant les 24 jours précédant Noël. Les marques y ajoutent une promesse de valeur perçue avec un calendrier dont le contenu vaudrait plus que le prix payé. Peu importe si tous les produits ne sont pas utiles, l’impression de “bonne affaire” domine. Pour les marques, chaque mini-produit fonctionne également comme une publicité miniature. Chacune des cases permet de faire découvrir un produit culte, une nouveauté ou une exclusivité, tout en augmentant la probabilité d’un achat ultérieur en grand format. Le calendrier de l’Avent est une manière pour les marques de recruter de nouveaux consommateurs, renforcer leur visibilité et occuper l’espace avant Noël. Certains prolongent même la magie en proposant des calendriers de « l’Après » afin de maintenir l’engagement au-delà des fêtes.

 

Lire plus : Comment les entreprises intègrent la période de Noël dans leur stratégie marketing ?

 

Calendrier de l’Avent : réseaux sociaux, premiumisation et IA

La viralité amplifie encore le phénomène. Sur TikTok et Instagram, les vidéos d’unboxing génèrent des millions de vues. En 2024, le hashtag #calendrierdelavent avait dépassé 1,4 milliard de vues. Parallèlement, les achats se digitalisent, selon Yougov, 37 % des Français envisagent d’utiliser l’intelligence artificielle pour trouver des idées cadeaux, un chiffre qui grimpe à 53 % chez les 18–25 ans. Le calendrier devient ainsi un point d’entrée dans un parcours d’achat hybride, mêlant émotion, technologie et influence. Autre tendance forte : la premiumisation. Si le prix moyen d’un calendrier atteint 45 euros, certaines versions luxe dépassent allègrement les 500 euros. Dior, Guerlain, Louboutin ou Pierre Hermé transforment l’objet en coffret d’exception, parfois proche de l’œuvre d’art. Cette montée en gamme permet aux marques de segmenter leur offre, d’élargir leur cible et d’augmenter leur chiffre d’affaires sur une période très courte, concentrée entre septembre et novembre.

 

Un succès durable mais sous tension

En définitive, le calendrier est passé de l’objet religieux à un produit d’appel ultra-rentable, reflet de notre rapport contemporain à la consommation : expérience, émotion et storytelling. Pour durer, les marques devront préserver la magie sans la dénaturer, en conciliant créativité, sincérité et responsabilité. Tant que cet équilibre sera respecté, les petites fenêtres continueront de s’ouvrir… et de séduire… Néanmoins, face à une offre pléthorique comprenant plus de 500 références en France, le risque de banalisation est réel. Déceptions sur la valeur perçue, bad buzz ou préoccupations écologiques rendent les consommateurs plus vigilants.

Etudiant en Master 2 à TBS Education & Rédacteur Mister Prépa et Planète Grandes Ecoles