Travailler dans la fonction publique : le meilleur moyen de s’engager ?

Travailler dans la fonction publique : le meilleur moyen de s’engager ?

Alors que cette fin d’année a été marquée par des discours retentissants à HEC, à Polytechnique ou encore à AgroParisTech lors des cérémonies de remise de diplômes, tous avaient un point commun : ils appelaient à changer de système, poussaient tous les diplômés à questionner leurs impacts au sein de notre société. Le choix du premier emploi et de la carrière qui en découle est majeur dans le rôle que chacun veut jouer dans notre monde. Aujourd’hui, les étudiants de nos grandes écoles se dirigent de plus en plus vers la fonction publique, lieu autrefois jugé désuet et peu attractif. Cette tendance nous pousse à nous demander si la fonction publique n’est pas devenue la nouvelle destination pour avoir un vrai impact positif ? C’est la question que s’est posée Planète Grandes Ecoles.

 

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La fonction publique et les grandes écoles 

Il convient d’abord de distinguer les deux types de « grandes écoles ». Si l’on s’intéresse à des écoles comme l’INSP, l’ENAC, l’IRA ou toutes les écoles de la Fonction Publique, les élèves fonctionnaires se dirigent quasi-exclusivement vers le secteur public. C’est même une obligation pour des écoles comme l’INSP ou les Mines, les diplômés devant travailler au moins 10 ans pour l’Etat, sous contrainte de payer un dédommagement élevé – on se souvient tous des 50 000€ dûs par Emmanuel Macron lors de son départ chez Rothschild. 

De l’autre côté, les écoles privées de commerce et d’ingénieurs n’imposent aucune obligation de salariat. Ces dernières décennies, la tendance était plutôt à rejoindre des grands groupes, ou plus récemment des cabinets de conseil et d’audit. D’irréductibles engagés choisissaient pourtant le public malgré un niveau de salaire souvent bien inférieur. Cependant, ces irréductibles sont de plus en plus nombreux. Par exemple, alors que le rang du dernier admis dans le corps des fonctionnaires à Polytechnique était classé 360ème en 2017, celui de la promotion 2021 était classé 60ème. C’est donc le signe d’une attraction croissante de la fonction publique dans nos grandes écoles. 

Ce schéma est aussi visible dans les écoles de commerce avec de nombreux étudiants qui s’engagent dans des ministères ou différentes entités publiques. Pour Lucas Boillot, étudiant à Kedge BS et futur stagiaire au Parlement européen, la fonction publique est devenue une évidence, il revient pour Planète Grandes Ecoles sur ce choix. « J’ai commencé à éprouver un réel intérêt pour la fonction publique à travers mes engagements associatifs à KEDGE Business School. Je connaissais déjà bien ce monde puisque ma mère est professeure, mais je ne m’y étais jamais intéressé plus en profondeur. J’ai ensuite fait le choix d’intégrer le master « International Business & Geostrategy » qui a plutôt tendance à propulser les étudiants vers une carrière dans le domaine public que dans le monde de l’entreprise à proprement parler. J’ai très vite pris conscience du besoin que j’avais de me rendre utile aux autres, de trouver du sens dans ce que je faisais ».

 

La fonction publique : une quête de sens pour les étudiants 

C’est sans doute la volonté d’avoir un impact au sein de notre société qui motive le plus ces étudiants. L’idéal d’un monde de consommation infinie, les vacances à Punta Cana et le Porsche Cayenne ne sont plus les seuls objectifs aujourd’hui. Le sens est essentiel. C’est d’ailleurs l’élément le plus probant des discours de remise des diplômes cités au-dessus. Tous nous invitent à chercher l’utilité dans nos emplois futurs, à ne plus être un rouage du système, mais bien à façonner le monde de nos propres mains. Nos valeurs ne doivent pas seulement nous donner bonne conscience, mais nous pousser à l’action ! Et notre emploi est un levier majeur pour changer les choses. C’est d’ailleurs ce qui motive Lucas, il avance que « c’est exactement ce que j’ai retrouvé et ce qui m’a attiré dans la fonction publique. Elle me permet de joindre ce qui m’anime et me passionne, à savoir être utile à la fois aux autres et à la France.

La prise de conscience collective qui nous heurte aujourd’hui trouve un écho très fort dans les inquiétudes climatiques et politiques. Nous nous rendons compte que nous ne pouvons pas regarder la maison brûler et rester assis sur le bord du chemin. Si l’on veut façonner le monde de demain, c’est d’abord au travers de notre travail qui doit faire sens pour la société, et aucun secteur ne semble plus utile à la société que la fonction publique. Les enjeux et politiques éducatives, environnementales, sociales et économiques sont dessinés et adoptés dans les ministères ou dans les différents organes démocratiques. La réponse aux incendies, aux inondations et à l’aménagement du territoire se fait au niveau des collectivités locales et nationales. Les compétences que nous donnent nos grandes écoles peuvent donc s’exprimer à différents niveaux dans le public.

 

Fonction publique : un secteur encore trop peu connu 

Là où les entreprises privées sont bien représentées et présentes dans nos écoles, le secteur public est souvent à la traîne. Quels emplois ? Quelles carrières ? Trop peu d’étudiants peuvent précisément répondre à ces questions, pourtant beaucoup trouveraient dans la fonction publique le cadre de vie qu’ils recherchent. Bien qu’il existe en réalité trois fonctions publiques différentes (d’Etat – territoriale – hospitalière), toutes sont régies par des statuts de fonctionnaires. 

La catégorie A pour les BAC+3, B pour le post-bac et C pour les CAP. C’est justement en tant que fonctionnaire de catégorie A que des carrières ambitieuses peuvent se dessiner pour tous les étudiants de grandes écoles. De nombreux ministères recrutent aujourd’hui de jeunes talents en communication. Selon la spécialisation de votre master, vous pouvez ensuite vous orienter vers le Quai d’Orsay pour les doubles diplômes en géopolitique ; vers Bercy pour les doubles diplômes en économie ou avec les écoles d’ingénieurs. Pour Lucas, les perspectives de carrières sont riches et aussi variées que dans le privé, pour lui « d’autres étudiants devraient s’engager dans le public s’ils recherchent un mode de travail différent, non pas moins intense que dans le privé, mais plus flexible et adapté, et aussi si l’intérêt général les fait plus vibrer que la production et la consommation ». 

Les grandes entreprises publiques attirent également de plus en plus, La Poste, la SNCF ou EDF permettent de concilier emploi dans le privé et l’intérêt pour le public. De plus, ces entreprises publiques offrent de grandes perspectives de carrières, qui peuvent, par la suite, offrir de vrais ponts vers le monde politique. L’actuelle locataire de Matignon en est le parfait exemple…

 

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Pour être plus connues, nos administrations devraient participer aux forums métiers de nos écoles, publier plus d’offres de stage sur nos sites d’alumnis… Nos profils qualifiés leur sont plus que jamais nécessaires pour faire face aux différentes crises à venir. Elles se doivent aussi d’être exemplaires dans leurs engagements, c’est précisément ce que fait le gouvernement actuel en ayant annoncé fin juin vouloir former les équipes ministérielles aux problématiques environnementales. Une manière de faire un appel du pied à tous les jeunes diplômés souhaitant s’engager pour notre société et qui souhaitent apporter leur pierre à l’édifice des réponses aux défis qui nous sont aujourd’hui posés. Alors, à votre tour ? 

Etudiant à Neoma BS sur le campus de Reims- Membre du BNEM- Rédacteur PGE et Mister Prépa