C’est au tour de l’EDHEC : un discours engagé de remise des diplômes

C’est au tour de l’EDHEC : un discours engagé de remise des diplômes

Lors de la journée de remise des diplômes de la promotion 2022 de l’EDHEC – la Graduation Afternon session -, un discours a retenti par sa teneur et sa sincérité. Tout juste alumna, Anne-Charlotte Sauveplane invite ses camarades à l’action, à l’anticipation et à construire le monde de demain. Ce discours fait écho aux interventions de fin d’année à AgroParisTech, à HEC ou encore à Sciences Po.
Vous pouvez retrouver le discours sur ce lien.


Lire plus : le discours retentissant à la remise des diplômes d’HEC 

 

 

Le dialogue avec un berger 

C’est par cette histoire aussi banale que révélatrice qu’Anne-Charlotte débute son discours. Ce berger, c’est son oncle. En plein milieu de l’été, elle décroche son téléphone pour prendre de ses nouvelles et lui faire part de ses inquiétudes : sa recherche d’emploi, ses ambitions à la Défense… Lui se livre sur son quotidien : les fortes chaleurs, la peur de perdre des bêtes et les conditions d’élevage de plus en plus arides et difficiles. C’est comme si deux mondes qui ne se côtoient jamais se rencontraient. Le choc du quotidien, des habitudes et des inquiétudes force à un constat : celui d’un modèle économique en bout de course. Cette année, six des neufs limites planétaires ont été dépassées, une étude récente du CRNM (Centre National de la Recherche Météorologique) révèle que les températures augmenteraient en moyenne de +3,8°C d’ici 2100 ; et faut-il rappeler que plus de 60% des animaux sauvages ont disparus ces quarante dernières années ?
« Les écosystèmes souffrent, et nous comme toutes les autres espèces, en faisons partie ». C’est le constat posé par Anne-Charlotte au début de son discours.

 


La déconnexion des étudiants en école de commerce

Ici, l’objectif n’est pas de culpabiliser, d’incriminer et de condamner, mais plutôt de faire prendre conscience à notre génération que nous nous devons d’agir. « We are the generation » a dit Anne-Charlotte dans son discours intégralement en anglais. Il nous faut cesser de vivre en vase clos, préoccupés par notre prochain voyage ou par l’obsession de salaires à 5 chiffres en se disant que les risques sont hypothétiques et lointains. 

« Il est encore possible de limiter les effets » du réchauffement climatique, alors « Let’s make an impact » a proclamé Anne-Charlotte. Le slogan de l’EDHEC ne doit pas être qu’une phrase sur un flyer, mais bien un état d’esprit que tous les étudiants et alumnis doivent partager. Il est venue l’heure de remettre en question nos priorités et nos convictions ; d’utiliser notre esprit critique pour avancer, évoluer et construire le monde de demain. « Nous sommes tous acteurs : individus, gouvernements et entreprises ».


Soyons idéalistes 

Alors que la critique facile d’une génération idéaliste retentit souvent dans la bouche des personnes aux discours rassuristes et se cachant derrière « le progrès », Anne-Charlotte invite à dépasser ce pessimisme paralysant et à passer à l’action réaliste. La finance verte, la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) ou, à gros traits, la croissance verte ne remettent pas en cause les fondements de notre système. Ils sont comme des artifices qui viennent cacher la forêt. La jeune diplômée invite étudiants, alumnis, professeurs, employés et parents à repenser leurs modes de vie et leur travail. « Soyons disruptifs et réinventons un système économique viable », car oui, les mentalités changent. Anne-Charlotte avance avoir été « prise pour une hippie dégénérée en étant végétarienne au lycée ; aujourd’hui, c’est un choix tout à fait respecté. Je n’aurais jamais pu imaginer voir les pouvoirs publics soutenir la diminution de sa consommation par exemple. Ni parler ouvertement de la crise climatique ou de l’effondrement de la biodiversité en tant qu’enjeux centraux de nos sociétés. Et pourtant, c’est enfin en train d’arriver ! »

 

Appel à la décroissance

Par-delà les constats et les critiques, le discours d’Anne-Charlotte ouvre surtout une voie pour demain. L’insouciance des années passées se doit d’être révolue, l’abondance oubliée et notre responsabilité réaffirmée. L’heure de la décroissance (ou de la post-croissance) semble avoir sonnée, non pas dans l’objectif de revenir à une période archaïque, mais bel et bien pour retrouver la notion de nécessité dans notre quotidien. Les futurs managers et responsables que sont les jeunes diplômés de grandes écoles se doivent de s’impliquer avec lucidité et engagement dans la société. Dans notre société. La cause climatique est également une affaire de justice sociale, c’est ce lien que permet la post-croissance : lier économie, politique et écologie.

De ce triptyque, les diplômés de l’EDHEC devront s’inspirer pour utiliser « les responsabilités qui leur seront confiées comme des leviers d’action » au sein d’entreprises, d’ONG ou d’associations. Anne-Charlotte pose cette question à la fin de son discours « Quoi de plus prestigieux et de plus épanouissant que travailler chaque jour sur des sujets qui ont un impact positif sur les populations et sur le monde ? ». A vous de vous le demander.

 

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Etudiant à Neoma BS sur le campus de Reims- Membre du BNEM- Rédacteur PGE et Mister Prépa