Rencontre avec Vighen Papazian – Directeur Général d’Infodis

 Rencontre avec Vighen Papazian – Directeur Général d’Infodis

Nous avons rencontré M.Papazian, ancien étudiant de l’ESCP devenu entrepreneur à succès avec son entreprise Infodis qui emploie désormais plus de 400 personnes.

 

Bonjour M.Papazian, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ainsi que votre parcours ?

 

Je suis né le 8 mai 1954, je suis sorti de l’ESCP promotion 76, j’ai passé un bac scientifique (C à l’époque en 71). J’avais fait l’ESCP suite à une promesse à mon grand-père puisque nous sommes une famille d’entrepreneur, lui est arrivé en France en fuyant la répression bolchévique en Arménie. Ma famille est arrivée avec du caviar dans leur valise, ils connaissaient bien ce produit en ex-URSS, c’est comme ça que la maison Petrossian s’est créée. Elle est aujourd’hui centenaire et connue dans le monde entier pour l’alimentation de luxe comme le caviar, le saumon fumé. Je lui avais donc fait la promesse d’apporter ma contribution avec un  niveau d’étude suffisant. Ce que j’ai fait après l’ESCP, après quelques mois dans une banque pour apprendre les rudiments, je suis rentré chez Petrossian, en 77 et j’y ai travaillé jusqu’en 90. Toutefois en parallèle dès 85 j’ai créé Infodis et j’ai décidé de m’y consacrer pleinement après 90. Travailler dans l’entreprise familiale c’était une bonne expérience et un choix du cœur, mais ce n’est pas simple de travailler en famille. J’ai eu envie de me lancer mon propre challenge en développant Infodis.

 

Pouvez-vous nous parler de votre expérience entrepreneuriale ?

Entreprendre c’est avoir envie de créer, avoir envie d’être libre, même s’il n’y a pas pire contrainte que celles que l’on s’impose soi-même car tous les matins on se lève en se demandant si ça va fonctionner, est-ce que je vais pouvoir payer mes salariés voire me payer à la fin du mois.  C’est une vocation, il ne faut pas avoir peur. L’entrepreneur c’est un état d’esprit, différent du salarié et du « grand patron » ; quand j’ai créé l’entreprise, au lieu d’acheter une maison je me suis endetté. Je venais d’avoir mon troisième enfant, ma femme me traitait de fou de partir à l’aventure en quittant le confort d’une belle société.

C’est un niveau de risque qu’on ne mesure pas forcément au départ, quand ça marche c’est bien mais il faut savoir que ce n’est pas rose tous les jours. J’ai eu la chance ou la malchance de vivre tous les stades de l’entreprise, quand on a commencé nous étions deux, aujourd’hui nous sommes 450.

J’ai vécu toutes les difficultés de l’entreprenariat en France en passant les différents seuils, 10 salariés puis 20 puis 50 avec toutes les complications administratives, juridiques, RH. C’est sans doute le plus complexe, car même si la France a beaucoup évolué, ça reste compliqué. C’est une déperdition d’énergie qu’on ne mesure pas. Les 5 premières années sont surement les plus compliqués lorsque l’on entreprend.

C’est une école de persévérance et d’humilité car il faut savoir qu’on ne peut pas réussir seul mais en équipe, savoir bien s’entourer ce n’est pas évident. L’humilité est également une qualité car on ne sait pas tout faire soi-même, d’autres savent mieux que nous dans d’autres domaines, moi j’étais bon en gestion mais il me fallait quelqu’un de bon en commerce. En tant qu’entrepreneur, il faut avoir des très bonnes bases généralistes, ce que m’a apporté l’ESCP mais ensuite il faut s’entourer de spécialistes sur le métier, la technique, le commerce.

Il faut trouver les bonnes personnes, les fédérer autour de valeurs et ne jamais renier ses valeurs et les garder quel que soit les réussites ou les échecs, garder une façon de fonctionner qui repose sur des valeurs. Etre propre dans les affaires, respectueux des hommes et des femmes qui nous entourent restent parmi les plus importantes pour durer. Il ne faut jamais renoncer ni céder à la facilité. C’est la difficulté sur laquelle on peut se heurter par manque d’expérience. Si vous avez des valeurs fortes vous pouvez réussir, surtout pour réussir dans la durée. Infodis et moi en tant que président, j’ai été nominée plusieurs fois dans le grand prix de l’entrepreneur, nominée dans le top 100 des PME les plus performantes de 2001 à 2017 et encore une fois en 2020. C’est un prix décerné par le cabinet EY associé au journal l’Express pour choisir, sélectionner les PME les plus performantes. Personnellement je leur ai dit qu’il manque toujours un prix, celui de la longévité, réussir c’est bien, réussir dans la durée c’est beaucoup plus compliqué. On peut réussir sur 5 ans mais est-ce qu’on est capable de réussir sur 30 ou 40 ans en conservant une rentabilité correcte et une croissance c’est moins évident.

 

En quoi consiste votre métier selon vous et comment le définiriez-vous ?

Le métier évolue avec la taille de l’entreprise, au départ on est l’homme à tout faire, comptabilité, administratif, commerce, technique même si on s’entoure de gens qui savent il faut mieux être derrière. Désormais on est plutôt un bon chef d’orchestre, on doit être capable de fédérer les équipes, de garder un cap qui est constant. Moi je suis plus orienté gestion, pour moi il n’y a pas de pérennité sans assises financières fortes, ne pas oublier que l’entreprise doit faire des profits et ne pas oublier de faire de la croissance, toute l’ADN est fondé là-dessus, chacun doit être orienté sur la performance économique et technique tout ça dans le respect des valeurs humaines. La plus grande difficulté que j’ai rencontré en tant qu’entrepreneur ça reste les relations humaines, sans doute car on est une entreprise de service. Elles procurent les plus grandes satisfactions et les plus grosses déceptions. Satisfaction quand on a réussi à accompagner des gens, à faire émerger des gens, et déception quand on se sent trahi ou quand ils s’en vont trop tôt. Ça reste le point le plus complexe, la relation humaine, la difficulté de bien séparer vie professionnelle et vie privée, ça peut vite se mélanger. Il faut bien séparer les choses sachant que vos collaborateurs ne doivent pas être vos amis même s’il y a des affinités.

 

Y’a-t-il une journée-type dans votre métier ?

Journée type c’est compliqué, aujourd’hui je n’ai pas les mêmes journées types qu’il y a 20 ans ou 30 ans. Je n’avais pas de journée du tout c’était nuit et jour avec week-end compris. Aujourd’hui il faut comprendre que pour réussir il faut une somme de travail incalculable. J’ai sacrifié des vacances, j’ai presque sacrifié mes trois premiers enfants car quand j’ai créé l’entreprise je ne les ai pas vu grandir, ce sont des sacrifices forts. Les vacances il n’en y a pas eu pendant quelques années, partir un week-end c’était le bout du monde.

Aujourd’hui ma journée est plus dans le contrôle que dans l’action, au niveau des équipes gestion et équipes métier que je peux encadrer durant les réunions.

Après, je travaille beaucoup sur des croissances externes, des études de dossiers, qui sont importants pour le développement de la boîte.

 

Quelles qualités faut-il pour être entrepreneur ?

Je pense que j’en ai cité quelques-unes, la persévérance, une capacité de résilience forte, quelques soient les événements ils faut être capable de rebondir et de ne jamais être dans le découragement, il ne faut pas le montrer à ses équipes. La résilience c’est très important. L’humilité également, ce n’est pas parce qu’on réussit qu’on oublie d’où l’on vient et on ne peut pas réussir tout seul. Les autres qualités elles sont normales, il faut être loyal envers ses associés et ses collaborateurs, beaucoup trop d’entreprises ne résistent pas dans la durée à cause de ces conflits, il faut savoir parfois se séparer en bonne intelligence plutôt que de se heurter pour éviter que l’entreprise en pâtisse.

 

Infodis prend-elle des engagements responsables ? Si oui lesquels ?

Infos s’est créée avec l’avènement de la micro-informatique en 1985, le premier PC venait de naître deux ou trois ans avant, donc on a connu toutes les révolutions informatiques et technologiques des quarante dernières années. Le téléphone était à cadran et à fil, internet on oublie il n’existait pas. Aujourd’hui le plus simple smartphone est plus puissant que les PC que l’on avait à l’époque. On a traversé toutes ses révolutions technologiques, j’ai dû être capable tous les 5-6 ans de changer de métier, d’orientation, de services à fournir, de s’adapter aux besoins des clients. Se remettre en question en permanence est aussi une qualité. Ne jamais penser qu’il y a des choses acquises, savoir se remettre sans arrêt en question. Si Infodis n’avait pas pu changer de métiers plusieurs fois dans sa vie, on ne serait plus là. Ceux qui ne se forment pas aux nouvelles techniques, ne peuvent pas réussir, le monde d’aujourd’hui va trop vite.De plus en plus, on est attentif à la responsabilité, on adhère à beaucoup plus de principes, je pense que l’entreprise a un rôle sociétal important. On a un rôle citoyen, on participe à la richesse de la nation, sans jamais oublier nos origines, d’ailleurs Infodis soutient une fondation pour la paix et la sécurité dans le monde et en particulier en Arménie.

Tout comme on fait beaucoup d’engagements au niveau recyclage de produits de matériels… On adhère à la charte United Nation pour le travail responsable, les engagements envers l’égalité totale entre les hommes et les femmes, ça a toujours été un crédo, c’est quelque chose qui existe toujours, quand je parle de valeurs ça fait partie de ce type de raisonnement. Je regrette d’ailleurs d’avoir trop peu de femmes dans nos métiers. À tel point qu’au mois de mars on a fait un recrutement d’une dizaine de personnes dans le cadre d’un POI (Process de reconversion) et on a fait former et embaucher une dizaine de femmes qui ont voulu se reconvertir dans notre domaine. On a fait une discrimination en engageant que des femmes.

Enfin auriez-vous des conseils pour des étudiants intéressés par l’entreprenariat ?

Les conseils c’est qu’entreprendre c’est un magnifique métier, les étudiants de grandes écoles sont d’excellents généralistes, ils ont les bases pour pouvoir entreprendre, il ne faut pas avoir peur de se lancer, c’est quelque chose de gratifiant quand on réussit et difficile quand on ne réussit pas, on est un pays qui n’accepte pas l’échec, ici c’est compliqué par rapport aux E-U.

Il faut avoir une forte personnalité, une capacité de rebond, il faut croire en soi et moi je ne peux qu’encourager les étudiants à entreprendre. Mais ce n’est pas un long fleuve tranquille, c’est parsemé d’embuches avec des difficultés administratives, techniques…
J’ai même aidé mon fils à entreprendre, quelque chose qui n’a pas encore fonctionné comme je l’espérais mais il faut apprendre à rebondir tout le temps, un échec n’est jamais un échec, mais un apprentissage pour préparer la réussite à venir.