Rencontre avec Nicolas et Denis – Deux co-fondateurs de Time for the Planet

 Rencontre avec Nicolas et Denis – Deux co-fondateurs de Time for the Planet

L’engagement pour la planète est aujourd’hui une préoccupation pour la plus grande majorité des étudiants. Cependant peu savent comment agir. Il y a de ça peu de temps, nous avons pu échanger avec Nicolas Sabatier et Denis Galha Garcia, deux des six co-fondateurs d’une initiative qui permet à tous de s’engager pour répondre à l’urgence climatique : Time for the Planet.

Pouvez-vous nous parler de vos parcours ?

Denis : J’ai eu l’occasion de faire une prépa PCSI puis PSI* à Champollion (Grenoble), qui m’a ouvert les portes de SUPMECA à Toulon en 2004. Par la suite, j’ai suivi un Master 2 de Management et Administration des Entreprises Jean Moulin (Lyon III), où j’ai notamment pu rencontrer Nicolas. J’ai commencé ma vie active en travaillant dans le domaine du nucléaire, de l’énergie, du conseil en innovation et enfin j’ai pivoté vers l’entrepreneuriat environnemental à travers une entreprise de végétalisation des façades, mais en fin de compte, c’est pour son ambition et son côté fédérateur que j’ai rejoint le projet Time for the Planet (surnommé « Time »).

Nicolas : Après une licence de droit (droit privé) à l’université Jean Moulin (Lyon III) et un M1 en droit international et études juridiques internationales, je me suis inscrit à l’iaelyon School of Management. Cela dit, là où j’ai le plus appris du quotidien d’un entrepreneur, ce n’était pas à l’école mais bel et bien sur le terrain. J’ai notamment été co-fondateur de Vitacolo (association de colonie de vacances éducatives), fondateur de l’Atenium (bar), co-fondateur du Houblon du Moulin (production de houblon bio) et enfin co-fondateur de Time.

 

En quoi consiste l’initiative Time for the Planet ?

Denis : L’idée c’est de récolter toutes les innovations possibles. Ensuite, on sélectionne celles qui ont le plus gros et le plus fort potentiel. On les finance, on crée l’entreprise, on crée l’équipe etc. pour enfin les déployer. L’objectif final : c’est de mettre en open source toutes les innovations sous-jacentes à ces entreprises pour que des milliers d’autres entreprises copient des innovations durables afin de repasser sous le seuil des 2° (par rapport à l’ère préindustrielle).

Quelles sont les priorités et quelles échéances vous y voyez ?

Denis : Au début de Time, j’étais en charge du dossier scientifique qui doit, à l’aide de l’étude du rapport du GIEC définir les priorités de Time. À partir de là, on a défini 20 problématiques majeures sur lesquelles on veut agir : il y a 5 secteurs et 4 leviers d’action identifiés.

Les secteurs sont les cinq majeurs émetteurs de CO2 d’après les rapports du GIEC :

  • L’énergie
  • Le transport
  • L’industrie
  • Le bâtiment
  • L’agriculture

Quant aux 4 levers d’actions ont retrouve :

  • Développer de nouvelles solutions à zéro émission de gaz à effet de serre
  • Améliorer l’efficacité énergétique: améliorer le rendement et limiter les pertes
  • La sobriété: diminuer la demande finale pour diminuer l’impact de toute la chaine de valeur
  • La captation directe de carbone et son piégeage : le levier le plus important, car c’est en accélérant le cycle général du carbone que l’on pourrait redescendre sous les 2°, selon le rapport du GIEC

Nicolas : Cela étant dit, nous n’avons pas une date précise pour l’échéance de nos objectifs. En effet, notre POC (Proof of Concept), c’est le moment où on aura créé les 3 premières entreprises. Donc pour l’instant, on est encore dans la phase « expérimentale » de Time for the Planet, bien que l’on ait déjà parcouru un long chemin depuis nos premières conférences, où l’on nous posait souvent la question de savoir qui allait investir (dans un projet qui n’est pas stricto sensu rentable financièrement). Aujourd’hui, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Comment fonctionne la structure Time for the Planet ?

Denis : En théorie, Time for the Planet, c’est :

  • 11 746 actionnaires à ce jour pour 1 773 085 € récoltés
  • Plus de 1 000 bénévoles actifs sur le chat
  • Une dizaine d’ambassadeurs proactifs qui consacre plus de 20% de leur temps à Time
  • Un groupe de plus de 1 000 évaluateurs de tous horizons (seulement 50% sont des scientifiques, car tout le monde ne perçoit pas les mêmes opportunités) scrutant des innovations en amont du comité d’experts
  • Un comité de 14 experts pour évaluer les meilleures innovations
  • Une décision finale prise en assemblée générale avec l’ensemble des associés de Time

Nicolas : En pratique, Time for the Planet, c’est une start-up dynamique avec une superbe ambiance. S’il n’y a que très peu de réunions, il y a toujours des discussions sur le Discord. La start-up suit une gouvernance horizontale : il n’y a pas réellement de relation managériale, mais un engagement participatif fort.

 

Comment oser se lancer dans l’entrepreneuriat ?

Nicolas : Dans un premier temps, je trouve ça plus intéressant d’aider quelqu’un dans son projet, car effectivement il est toujours compliqué de se lancer dans son premier projet.

En revanche, un jour il faut se lancer. Que ce soit dans mes expériences entrepreneuriales ou lors que j’ai fait ma traversé de la France à pied et sans tente, j’ai sans cesse entendu les mêmes discours : « Vous êtes fous, ça ne marchera jamais ! ». Sauf que moi, je n’avais aucune preuve que l’on pouvait le faire ou non. Puisque je ne voyais aucune preuve d’échec, je me suis lancé. Et c’est en le faisant, que j’ai compris que c’était possible. Il faut oser se lancer ! Les gens cherchent toujours à se rassurer par des a priori, mais lorsque j’ai lancé mon bar à Lyon mes soi-disant « concurrents » étaient les premiers à m’apprendre comment servir des bières.

En fait, quand tu as ton idée, il ne faut pas attendre. Tu dois tout de suite prendre des risques : passer des appels, monter un pitch, appeler un banquier, demander des conseils et te lancer. En d’autres termes, une idée n’a pas de valeur: c’est le fait de se mettre en mouvement qui génère la vraie valeur de ton idée. Il faut arrêter de croire qu’on est le seul à avoir une bonne idée. Il y a surement plusieurs personnes qui ont déjà eu l’idée de Time, mais par contre en ce qui concerne la mise en exécution, on est l’un des seuls à y avoir réussi.

Comment rejoindre le mouvement et quel serait notre rôle ?

Denis : Pour rejoindre Time, il suffit de se rendre sur le site de Time for the Planet et cliquer en haut à droite sur « acheter des actions » puis sur « je deviens associé.e ». Mais vous pouvez aussi nous suivre sur LinkedIn, Facebook, Instagram, et même YouTube. Aussi, vous remarquerez qu’il y a plusieurs degrés d’implication. On peut soit participer au projet en tant qu’actionnaire (ce qui donne le droit de participer aux assemblées générale et aux investissements), soit en tant qu’associé pouvant communiquer autour de soi (notamment acheter des actions pour les offrir et ainsi détenir une partie de l’entreprise), soit en participant au process et aux évaluations, ou encore en rejoignant la galaxie de l’action (pour ceux qui veulent agir un davantage dans le projet : par le biais d’actions individuelles ou collectives ou encore par la présentation d’initiative au board de son entreprise afin qu’elle rejoigne le mouvement).

Un dernier conseil pour les étudiants ?

Denis : Posez-vous la question de savoir quel rôle vous voulez avoir dans la société au sens large : Tout le monde n’a pas vocation à devenir entrepreneur, mais il faut être sûr d’être en phase avec ce qu’on fait au quotidien.

Nicolas : Faites ce qui vous plait. Si vous aimez monter des projets alors montez en, encore, et encore, mais surtout n’oubliez pas ce pourquoi vous le faites. Pensez à quel est votre objectif dans la société ? S’il est l’argent, ne dérivez pas vers la chrématistique, car, selon Aristote, en société l’argent doit servir à aider la vie des autres. Et s’il est la tentative de préserver notre planète, n’hésitez pas à nous rejoindre et devenez des associés