Rencontre avec Léa Muller, membre de la Cellule Agro de Sensibilisation et d’Information sur la Sexualité d’AgroParisTech

 Rencontre avec Léa Muller, membre de la Cellule Agro de Sensibilisation et d’Information sur la Sexualité d’AgroParisTech

Fondée en 2019, la cellule Cassis, agit au sein de l’école AgroParisTech afin de sensibiliser et d’informer notamment sur les violences sexuelles et sexistes. Ce sujet, brûlant d’actualité, est toujours considéré comme tabou et peu d’étudiant.e.s sont finalement bien informé.e.s. La cellule Cassis brise les non-dits et libère la parole. Léa Muller, membre de la cellule, nous en parle.

Bonjour Léa, peux-tu te présenter ? Quel est ton rôle au sein de l’association ?

Je m’appelle Léa Muller, je suis étudiante en dernière année à AgroParisTech et actuellement en stage de fin d’étude. Je suis membre du pôle sensibilisation de la cellule Cassis. En ce moment je suis un peu moins investie, étant donné que je ne suis plus vraiment présente à AgroParisTech. Mais, je commence à m’investir dans des syndicats à Brest, là où je fais mon stage. Pour moi c’est important de faire le travail de Cassis même en dehors de la cellule.

 

Qu’est-ce que Cassis ?

Cassis, c’est la Cellule Agro de Sensibilisation et d’Information sur la Sexualité. Elle a été créé en fin d’année 2019, par des étudiant.e.s pour les étudiant.e.s. La cellule vise surtout à encourager une prise de conscience générale, à sensibiliser au respect de soi et d’autrui, à éduquer au consentement et essayer d’installer un climat de bienveillance à AgroParisTech.

 

Pourquoi avoir fondé cette association ?

Elle a été créée à la suite d’évènements graves qui se sont déroulés pendant une soirée à AgroParisTech, fin 2019. Suite à ça des groupes d’étudiantes se sont formés spontanément pour travailler sur ces problématiques, parce qu’elles se sont rendu compte qu’il n’y avait rien de mis en place à Agroparistech pour prendre en charge les personnes concernées par ce genre d’événement ou même pour les prévenir. Elles ont donc fondé Cassis et c’est grâce à elles que les choses ont bougé. Je peux les citer : merci à Margaux, Clémence, Louise, Coline, Anne, Zoé et aux autres.

 

Quelles sont vos principales actions ?

Cassis  est divisé en différents pôles. Le pôle sensibilisation, le pôle communication qui s’occupe de publier régulièrement des chroniques, sur les réseaux, visant à démonter les clichés et ouvrir la discussion, le pôle débat qui organise des débats internes à Cassis pour échanger et continuer d’apprendre les un.e.s des autres, mais aussi des débats ouverts aux étudiant.e.s d’AgroParisTech. Nous avons aussi un pôle évènement qui fait de la prévention en soirée et la cellule écoute. La cellule écoute est un dispositif particulier qui mêle des membres de Cassis, des membres de l’administration d’AgroParisTech et des professeur.e.s. Tou.te.s ont été formé.e.s pour écouter et accompagner les gens qui en éprouve le besoin, qu’i.elle.s aient été victimes ou témoins d’une violence sexuelle ou sexiste.
Le but de Cassis est de sensibiliser  tout au long de l’année, de part des conférences, des débats ouverts.. On cherche vraiment à ouvrir la parole sur des sujets dont on a pas l’habitude de parler, qui sont encore relativement tabous. Par exemple, en ce moment, on essaye de sensibiliser concernant les situations de violence qu’on peut retrouver lors des stages. On a aussi organisé pas mal de débats en ligne et nous avons pour projet de mettre en place une étagère dans la bibliothèque de l’école, dédiée à ce sujet.

 

Il existe d’autres associations luttant contre les violences sexuelles et sexistes, avez-vous déjà travaillé en collaboration avec elles ou est-ce un projet ?

Au début de l’année le pôle sensibilisation a organisé une conférence obligatoire en collaboration avec Consentis, une association luttant contre les violences sexuelles et sexistes en milieu festif. Malheureusement, beaucoup de nos idées ont dû être abandonnées à cause du covid. Nous avions contacté des juristes et des troupes de théâtres, dans l’objectif d’une représentation sur les sujets des violences sexuelles et sexistes et impliquant directement des étudiants. Malheureusement, avec le Covid on a dû annuler, mais ces idées sont toujours à envisager pour la suite.

 

Quel est le principal message que vous voudriez faire passer ?

Notre objectif est de participer à une prise de conscience des étudiant.e.s, faire comprendre, ou au moins amorcer des réflexions, concernant le fait que ces violences sont partout et qu’elles nous concernent tous et toutes. On essaye d’instaurer l’idée qu’on manque tous d’informations sur ces sujets-là, les membres de Cassis inclu.e.s, et on essaye de fournir des outils, des fiches ou des méthodes pour permettre aux gens de s’informer. Au début, nous avions mis en place un plan sur le long terme avec nos grands axes de travail et nous avions choisi de nous concentrer surtout sur la sensibilisation en milieu professionnel, en milieu festif, au quotidien et sur des sujets concernant le désir ou la sexualité par exemple. Si la cellule a été créée suite à des violences sexuelles et sexiste, elle balaye également d’autres sujets essentiels comme la sexualité, les genres, la féminité, la masculinité…

 

Vous êtes présents sur Instagram avez-vous vocation à toucher d’autres jeunes que les étudiants d’AgroParisTech ?

Je ne pense pas qu’on ait vocation à sensibiliser d’autres étudiants que ceux d’Agroparistech, c’est un projet qui reste dans l’entre-soi de notre école. Mais pour moi, ce sont les petits projets locaux qui vont permettre de participer aux changements sociaux qu’on connait aujourd’hui et qui sont cruciaux.

 

Avez-vous eu des retours concernant Cassis ?

Après les évènement de fin décembre, les initiatrices de Cassis ont envoyé un sondage aux étudiant.e.s pour leur demander directement ce dont i.elles avaient besoin et ce dont i.elles avaient envie par rapport à ça. Je ne sais plus les chiffres exacts mais je crois que près de 80% des étudiant.e.s disaient avoir besoin d’être sensibilisé.e.s et informé.e.s sur ces sujets tous les ans. C’est ce qui a motivé la création de cette cellule, elle est pour Ell.eux. De plus, quand on a commencé à organiser des évènements, on a cherché à s’améliorer. Donc on fait des sondages pour savoir ce que les étudiant.e.s en pensent et ce qu’on doit améliorer. On tient à être à l’écoute de notre public. Et comme nous sommes des étudiant.e.s, on est au contact des gens à longueur de temps et on est directement concerné.e.s. Alors oui nous avons souvent des retours et on essaye de les valoriser le mieux possible.

 

Penses-tu que l’association parvient à changer les mentalités et éveiller les consciences ?

Je pense qu’on a pas forcément changé les mentalités mais on participe au changement. La simple présence de la cellule, même si tout le monde ne participe pas à tous les évènements, éveille la curiosité des gens , les pousse à s’informer et à en parler. Cassis ouvre le champs des possibles pour certaines personnes et permet de délier les langues pour d’autres. Pour moi, c’est à la fois un moteur et un soutien.

 

Que tires-tu de cette expérience ?

Faire partie de Cassis m’a énormément appris sur ces sujets. J’étais déjà un peu sensibilisée mais le fait de m’impliquer m’a vraiment enrichi. Finalement, on apprend autant qu’on essaye d’informer les autres. On cherche à proposer des contenus de qualité en présentant les différents acteur.ice.s impliqué.e.s dans ces sujets, alors, même pour nous c’est un apprentissage en continu. Je suis très fière de faire partie de Cassis, parce que c’est aussi cette cellule qui donne la force de continuer d’échanger sur ces sujets qu’on aborde pas assez librement en général. De plus, quand on sort de l’entre-soi des écoles, quand on commence les stages ou qu’on entre en milieu professionnel, on se rend compte qu’il y a aussi beaucoup à faire.

Lucille Vigneron