Rencontre avec Darius Seiller, fondateur et PDG de The SASI Co.

 Rencontre avec Darius Seiller, fondateur et PDG de The SASI Co.

Rencontre avec Darius Seiller, fondateur et PDG de The SASI Co., entreprise de conseil en développement durable.

Bonjour Darius, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je m’appelle Darius Seiller, je suis allemand et français mais j’ai grandi en Allemagne. Après avoir passé mon bac, je suis parti un an en Inde pour faire du bénévolat. Là-bas, j’ai développé des connaissances mais aussi ma passion pour le développement durable, puisque j’ai travaillé dans le secteur des installations d’énergies renouvelables. Quand je suis rentré, j’ai étudié au Danemark puis aux Etats-Unis dans les secteurs de la sociologie, le business et l’entreprenariat. J’ai ensuite travaillé dans les investissements et la gestion des énergies renouvelables. En 2016/2017, j’ai voulu faire un master dans le développement durable, et j’ai vu qu’HEC avait un master SASI (sustainable and social impact). J’ai postulé et j’ai été reçu. En 2017/2018, j’ai suivi ce master à HEC, entouré de 55 personnes ayant des nationalités et des backgrounds variés. Mon année d’étude a été intensive mais variée. Certains de mes professeurs venaient d’ONG, certains étaient sociologues et nous proposaient des critiques du capitalisme, certains travaillaient pour des entreprises de conseil. L’année a donc été courte mais riche en expériences.

J’ai surtout rencontré un groupe soudé avec qui j’ai fondé la SASI Co dont je suis aujourd’hui le PDG (46 des 55 de la promo m’ont rejoint dans ce projet entrepreneurial). C’est notre activité depuis 2 ans et demi, et nous avons développé un nouveau concept de conseil. Nous sommes 46 associés dont la plupart ne sont pas des conseillers dans la boite mais constituent un réseau, un guide spirituel, un groupe d’amis. On a un petit groupe de conseillers qui change régulièrement, car certains travaillent dans une grande boite puis décident de venir travailler à la SASI en tant que freelancer, et inversement. Nous avons donc créé un nouveau modèle de conseil ou tout le monde est associé.

L’objet de l’entreprise consiste à accompagner nos clients dans l’analyse de leur impact environnemental et sociétal, à trouver des bonnes certifications, à former leurs équipes dans leur transformation et dans leur transition. Nous avons récemment mis en place une nouvelle initiative, la SASI communauté, qui est une association qui va regrouper les projets non commerciaux. Le premier projet va être l’organisation d’un festival autour d’un thème du développement durable, en partenariat avec des étudiants de l’ESSEC.

Comment avez-vous trouvé vos stages et qu’en avez-vous retenu ?

Pour mon premier stage en Inde, j’avais la volonté de travailler pour faire quelque chose d’inspirant, de positif, qui a un impact. Je suis allé sur le site d’une petite boite, j’ai envoyé un mail en disant que je ne cherchais pas à gagner de l’argent mais que je voulais apprendre. Je ne conseille pas vraiment à quelqu’un de plus avancé dans sa carrière de suivre ce modèle, mais après le bac c’était parfait parce que je n’avais pas de connaissances, et j’ai donc pu apprendre beaucoup. J’étais entouré d’une équipe qui bougeait et qui construisait avec ses mains. En fonction de l’équipe, l’organisation, la pression pouvait être très différente.

Au moment de chercher mon deuxième stage, dans le secteur des énergies renouvelables, je savais que je voulais développer mes connaissances dans ce domaine. J’ai alors cherché dans une ville, dans un secteur, j’ai utilisé mon réseau pour trouver quelqu’un qui travaillait dans les énergies renouvelables et qui pourrait accueillir un stagiaire. J’ai envoyé un mail en disant qu’avec mon expérience en Inde j’avais beaucoup de compétences et je pouvais apporter une perspective nouvelle. Dans ce stage, j’ai appris les codes du monde du travail, comme le langage à utiliser dans un courriel, l’obligation de venir avec un beau costume, le langage à adopter avec ses supérieurs, choses que je n’avais pas apprises en Inde. L’activité d’une entreprise en détermine la culture, et il est important d’être en accord avec la culture d’une entreprise pour y travailler.

 

Comment s’est passée la création de votre entreprise ?

Nous avons fait un voyage de fin de master en Inde, et nous étions tristes de tous se quitter et de retourner travailler dans pays différents en ayant des carrières différentes. Dans cette énergie, j’ai proposé à l’équipe de commencer un projet ensemble qui pouvait marcher même si on était dans des pays et secteurs différents. J’ai tiré profit du besoin de tout le monde de rester en contact et de collaborer. Au problème de la peur de tous se perdre, la solution a été un projet commun, à savoir la création d’une boite de conseil, car je pensais que c’était l’activité la plus flexible, qui permettait de regrouper des profils différents. Ce n’était peut-être pas la meilleure idée, une association peut aussi avoir beaucoup d’impact, mais à ce moment-là tout le monde pensait que c’était une super idée.

Si je pouvais revenir en arrière, je créerais d’abord une association car le besoin de revenus n’était pas une force positive. C’était une pression supplémentaire, un besoin. Je créerais donc d’abord une association pour avoir une raison d’être non commerciale, puis seuls ceux qui étaient vraiment intéressés par le conseil auraient pu lancer la SASI Co, comme un enfant de l’association. Aujourd’hui, on fait dans l’autre sens, nous avons une entreprise puis nous créons une association. Pour travailler dans le domaine du conseil, il faut avoir une passion. Mais nous ne nous sommes pas posé la question de savoir si c’était le meilleur choix à faire de créer une entreprise dans ce domaine.

 

Comment définiriez-vous l’entreprenariat ? Comment se passe une mission ?

L’entreprenariat, c’est définir un problème qu’on veut résoudre, en répondant aux questions pour qui, pour quoi, comment, trouver des gens qui veulent se lancer dans ce même projet, et lever les fonds nécessaires à la création de l’activité. L’avantage du conseil et qu’on n’a pas eu besoin de fonds. Mais l’erreur qu’on a pu faire a été de ne pas résoudre un problème pour quelqu’un sur le marché mais pour nous-mêmes, puisque le problème était d’être séparés. Nous n’avons donc pas suivi les règles de l’entreprenariat.

Dans l’entreprenariat, il y a beaucoup de choses qu’on n’apprend pas à l’école. Il y avait beaucoup de détails à gérer que nous n’avions pas prévus, comme la forme juridique, est-ce qu’il fallait déposer la marque, comment se financer, comment payer les cotisations sociales, comment signer des contrats… la chose la plus dure est de vendre l’entreprise et de convaincre les clients que la SASI est la bonne solution pour eux. Il y a aussi beaucoup de petites tâches auxquelles on ne pense pas mais qui existent et qu’on ne peut pas oublier car on peut par exemple risquer une amende. Les tâches les plus pénibles restent la responsabilité du dirigeant. J’ai écouté beaucoup de podcasts d’entrepreneurs, qui disaient tous des choses similaires. Même si quand on commence, le chemin est long avant d’arriver à ce qu’on avait imaginé, on apprend beaucoup et on ne refait pas les mêmes erreurs.  

 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Après qu’un projet soit fini, le client et mon équipe sommes contents du résultat. La satisfaction d’avoir réalisé des projets est le but ultime et a un impact positif sur nous tout autant que sur nos clients. On essaie d’avoir une expérience agréable sur nos missions qui ont un impact positif sociétal ou environnemental. Mon métier m’apprend que dans le secteur du conseil, chaque projet est différent car on doit l’adapter à chaque client, qui se situe toujours dans une nouvelle industrie. A chaque mission, il faut comprendre comment fonctionne la boite et le secteur, et il y a beaucoup de sujets qu’on ne connait pas et pour lesquels on doit apprendre beaucoup d’un coup. On dit qu’on est des experts mais on doit apprendre beaucoup de choses au préalable, ce qui est difficile à prévoir dans le prix d’une mission.

En entreprenariat, j’apprends à travailler en équipe avec les profils différents des collaborateurs. C’est parfois difficile mais cela permet aussi de composer une équipe créative. Je commence à trouver le secret du management, qui est de choisir des personnes qui n’ont pas forcément les mêmes connaissances mais qui ont les mêmes rêves et manières de penser. On ne peut pas mettre deux personnes en équipe si on ne sait pas s’ils vont bien travailler ensemble. Par exemple, au niveau de la communication interne, certains aiment une communication directe, d’autre avoir plus d’autonomie. Alors comment trouver un modèle pour chaque personne ? Il faut former des équipes plus homogènes. Actuellement, dans mon équipe, j’aimerais que les profils soient plus variés car il est aussi difficile de travailler avec des personnes trop similaires. J’aimerais former une équipe plus diversifiée, venant d’écoles ou de milieux sociaux différents, car le plaisir de travailler ensemble vient quand on apprend des autres.

 

Quels sont les défis du conseil en développement durable ?

Le plus difficile est de travailler avec des clients qui veulent être durables mais dont la priorité est de gagner de l’argent. Est-ce qu’ils veulent être durables pour embellir leur communication ou est-ce qu’ils ont une vraie volonté ? Certains clients (surtout les plus grands) veulent une bonne image pour le consommateur, ils sont prêts à payer mais pas toujours à changer, tandis que d’autres ont des vrais projets. Le greenwashing est une vraie déception en tant que consultant car les clients demandent parfois de changer les recommandations pour quelque chose ayant moins d’impact mais qui est mieux pour leur image. On est au service du client donc on ne peut pas toujours lui dire non. Heureusement, je n’ai jamais travaillé avec des boites trop problématiques. Les plus petites boites ont souvent des bonnes intentions, on peut les convaincre plus facilement et développer des projets forts et inspirants, tandis que les grands groupes sont plus retissant au changement. C’est un point sur lequel nous avons un potentiel d’amélioration.

 

Pensez-vous continuer à faire carrière dans ce poste ou autres projets en tête pour plus tard ?

Je pense continuer avec l’équipe SASI car l’association que nous sommes en train de créer permet de contribuer aux projets à côté d’une carrière professionnelle. Je ne pense pas rester PDG longtemps, j’ai fait un bon travail pour lancer l’entreprise mais une autre personne avec une autre vision des choses pourrait l’améliorer. J’ai d’autres projets entrepreneuriaux plus concentrés sur les particuliers et les produits proches de la vie quotidienne. J’aimerais développer quelque chose de plus concret qui peut toucher tout le monde. Je suis quand même très content d’avoir fait cette expérience, et de toute façon tout expérience bonne et mauvaise aide à former de nouvelles passions et énergies pour s’améliorer. Je n’ai pas de regrets, The SASI Co est une étape dans ma quête du secteur dans lequel j’aurai le meilleur impact. Il est essentiel de savoir reconnaitre quand on doit partir et laisser la place à quelqu’un d’autre qui pourra faire un meilleur travail. L’entreprise a besoin de quelqu’un d’extérieur pour lui donner un nouveau souffle. Nous avons un gros réseau que nous allons pouvoir utiliser. Mais j’ai l’intention de rester dans l’association et de guider l’entreprise de loin.

 

Que vous a apporté votre vie associative dans votre vie professionnelle ?

Quand j’étais au Danemark, j’ai travaillé deux ans et demi dans un café avec des bénévoles dont les profits étaient reversés à une organisation similaire à la croix rouge. Ce poste m’a permis de comprendre pourquoi moi et d’autre personnes aiment faire un travail en dehors de la rémunération. On travaille car on a besoin d’argent, mais dans l’associatif on ne gagne pas d’argent, donc pourquoi les gens le font ? C’est une question pertinente dans nos sociétés, car c’est essentiel de choisir un travail parce qu’on en a la volonté, car il est important, engageant, car on travaille avec des gens qu’on aime bien, pour une cause engageante. J’ai appris que l’argent n’est pas la première motivation. Via la création d’une entreprise engagée, on pourrait gagner beaucoup d’argent si les gens travaillent avec la même énergie que dans une association. J’aimerais que business et monde associatif ne soient pas autant séparés, que tout le monde fasse ce dont il a envie mais gagne un salaire qui lui permette de nourrir sa famille.

 

Des conseils pour des étudiants intéressés par l’entreprenariat/le conseil en développement durable ?

Pour s’engager dans l’entreprenariat, on doit être prêt à souffrir pour sa vision, mais le jeu en vaudra la chandelle. Il faut garder en tête que la création d’une entreprise est difficile, il y a beaucoup de travail et de tâches pénibles au début, des disputes entre les collaborateurs, mais le projet fonctionne si la mission de l’entreprise est importante pour vous. Si une autre boite fait déjà un travail que vous voulez soutenir, rejoignez une boite comme ça d’abord, mais si vous pensez qu’il manque quelque chose dans le monde, alors c’est le moment de se lancer. Il ne faut pas entreprendre parce qu’on a envie d’être entrepreneur mais parce qu’on ne peut pas vivre avec le problème qui existe. J’ai un peu fait la faute, je n’ai pas déterminé quel problème je voulais résoudre mais ce que je voulais faire avec mes potes. Ce starting point ne donne pas assez d’énergie pour les tâches pénibles.

Pour travailler dans le secteur du conseil, on doit être prêt à mener un travail de haute qualité mais au service du client. Parfois, on ne fait pas le travail qu’on a envie de faire mais si c’est ce que le client veut, il faut l’accepter. On apprend beaucoup dans ce secteur car l’environnement est dynamique, changeant. La rémunération est également attirante. Mais l’essentiel est de savoir pourquoi on a envie de faire du conseil.

 

Nous remercions grandement Darius Seiller pour le temps qu’il nous a accordé !